‹ L'Océan aérienChapitre 11 sur 16 · AV · texte numérisé non relu

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sitée plusieurs fois depuis 1780 par de terribles cyciones, fut de nouveau complètement ravagée.

a Rien, nous dit Reid, ne peut donner une idée de la force destructive du fléau. Pendant toute la durée de l'ouragan, on ne put un seul instant distinguer nettement le bruit du tonnerre.

Le rugissement et les sifflements du veut, les bruits de l'océan, dont les vague:) effroyables menaçaient d'engloutir tout ce que l'ouragan laissait debout, le choc des tuiles, la chute des toits et des murs et mille autres bruits confus formaient un fracas horrible, épouvantable.

Ceux qui n'ont pasassisté à de pareilles- 6cènes d'horreur ne peuvent se faire une idée de l'effroi et du découragement qui saisissent l'homme en présence d'une telle rage de destruction.

Le lendemain, dès que le jour parut, on put apercevoir l'étendue des dégâts. Partout Tonne découvrait que des ruines, des amoncellements informes de matériaux. Toute trace de végétation avait disparu; les quelques arbres restés debout, dépouillés de leurs branches et de leur feuillage, avaient le même aspect qu'en hiver. La terre semblait avoir été parcourue par une immense trombe de feu. »

En avril 1899, au moment du passage d'un ouragan à Kirksville, dans le Missouri, on put voir les portes, les volets et les toitures des habitations enlevés à une hauteur de 90 à 120 mètres. La roue d'une voiture et deux personnes furent transportées à une altitude prodigieuse, une maison tout entière fut soulevée à 30 mètres et là, elle parut éclater en mille morceaux qui s'envolèrent tourbillonnant

tornade à Kirksville ril 1899;

au milieu des autres débris. Trois personnes se sont senties emportées par la tempête qui les déposa indemnes sur le sol après un voyage de 400 mètres ; de gros arbres furent également « transplantés »

à des distances analogues, cependant qu'un cheval, soulevé par la rafale parcourut trois kilomètres sans mettre pied à terre.

Mais le plus épouvantable cyclone qui ait été observé de mémoire d'homme est cehti qui a dévasté les îles voisines du delta du Gange, le 31 octobre 1S76.

A partir de onze heures du soir, trois vagues véritables raz de marée, balayèrent successivement une surface de 80 000 hectares, noyant les deux tiers des habitants surpris dans leur premier sommeil. Aucune habitation ne demeura debout, il n'y eut de sauvées que les personnes qui purent se réfugier sur quelques arbres.

En moins d'une heure 115 000 insulaires périrent ainsi.

Rien n'avait annoncé l'approche du terrible météore.

Les jours suivants, le choléra, développé par les exhalaisons des cadavres, puis la famine, augmentèrent encore dans de fortes proportions les premiers ravages, et d'après les documents les plus modérés, le chiffre des victimes atteignit au moins 250 000.

Enfin il y a un point capital sur lequel insistent presque tous les narrateurs : c'est le tremblement de terre consécutif aux cyclones et aux ouragans violents.

« Les maisons, dit Reid, dans la narration que nous avons reproduite, étaient ébranlées jusque dans leurs fondements et le sol trembla. » Même remarque de la part de Sir Rodney à propos du cyclone de 1780.

Baisse rapide du Baromètre pendant le

cyclone de l'Amazone aux Antilles.

(10 Octobre 1871).

On a essayé, ou de nier ces faits, ou de les attribuer à des causes extra-terrestres, lexplication paraît simple cependant.

La pression atmosphérique, nous le savons, diminue notablement sur le passage d'un cyclone; il se produit donc comme une sorte d'aspiration, un moi;vement de succion qui tend à soulever la couche supérieure du sol.

Ce mouvement e6t encore favorisé par les gaz internes qui se précipitent à l'assaut des parois de leur prison.

Cette pression intérieure est facile à calculer, au moins d'une façon approximative.

Dans le cyclone des îles Bahama, en 1866, la pression atmosphérique centrale était de 703 millimètres seulement, alors qu'on constatait 754 millimètres à 460 kilomètres du centre. La pression à l'intérieur était donc de 51 millimètres plus basse qu'à la circonférence.

Un cyclone de 150 kilomètres de rayon avec une diminution moyenne de 30 mil-

ElTets d'un cyclone à Cravant (Loiret).

(4 juillet 1905) {Photographie de M. Luzet.)

limètres nous donnerait pour la force de la poussée tendant à soulever l'écoroe du globe une valeur de

29 000 000 000 000 kilogrammes;

soit 29 trillions de kilogs ou 29 milliards de tonnes.

En supposant un rayon de 50 kilomètres seulement nous aurions encore une diminution de pression de près de 3 milliards de tonnes.

On comprend que dans ces conditions le sol puisse trembler.

Les effets mécaniques des oura-

Trombe marine caractérisée par un appendice vermiculaire plongeant dans l'océan.

gans s'expliquent non moins facilement.

Prenons l'exemple du cyclone qui a ravagé Cuba en 1844. La vitesse du vent d'après les calculs du Dr Reye était en moyenne de 40 mètres à la seconde à l'intérieur d'un cylindre de 150 kilomètres de rayon.

Si nous nous bornons à considérer le mouvement de ce cylindre sur une hau-

teur de 100 mètres seulement, nous voyons que le volume déplacé atteint le chiffre îormidable de 450 millions de mètres cubes par seconde. Pour faire mouvoir une telle masse il faudrait une machine de près de 500 millions de chevaux-vapeur, et l'ouragan dura trois jours entiers accumulant les ruines sur son passage, depuis Cuba jusqu'à Terre-Neuve.

Cette puissance inimaginable qui transporte ainsi pendant trois jours 500 millions de kilogrammes, est 15 fois supérieure à celle que pourraient développer danB le même espace de temps toutes les machines dont dispose l'industrie humaine : moteurs à vapeur, turbines, locomotives, roues hydrauliques, moulins à vent, moteurs à gaz, toutes les forces dont sont capables les hommes et les animaux du monde entier.

Ces nombres seuls peuvent nous aider à accepter des récits comme ceux qu'on vient de lire et que nous retrouvons quotidiennement dans les relations de ces météores destructeurs.

Faut-il rattacher aux cyclones des phénomènes qui présentent avec eux plus d'une analogie? Nous voulons parler des trombes marines qui sur la terre prennent le nom de tornades.

La trombe marine est signalée la plupart du temps par un nuage noir terminé par une sorte d'appendice rappelant dans l'ensemble un véritable entonnoir.

Souvent, l'extrémité inférieure plonge dans la mer dont l'eau semble violemment aspirée.

Dans bien des cas, le tout se déplace avec une grande vitesse en tournoyant et mène un bruit de ferrailles plus effrayant que dangereux.

Les phénomènes électriques accompagnant les trombes nous feraient croire que leur origine, encore très discutée, se rattache au mécanisme de la formation des orages.

M. Weyher est parvenu, au moyen d'appareils très ingénieux, à reproduire les trombes avec toutes leurs apparences, mais rien ne prouve encore que nous tommes en présence de la véritable expli-

Dans nos contrées, les ouragans violents sont quelquefois accompagnés de véritables trombes dont les effets destructeurs rappellent de loin les grands cyclones des Antilles; sur le passage de la trombe le baromètre baisse brusquement, il se produit donc en cet endroit, un véritable vide comme dans une immense machine pneumatique. Les pavés sont soulevés du sol, les portes des maisons projetées à l'extérieur, du côté du passage de la tempête; on a même vu des habitations éclater littéralement lorsque les murailles n 'étaient pas suffisantes pour résister à la brusque poussée de l'air, des tonneaux se rompre du dedans au dehors, des objets divers, du linge placé sur une table dans un appartement, s'engouffrer dans une cheminée, aspiré pour ainsi dire par une sorte de véritable suçoir.

Aux Etats-Unis, où ces météores sont fréquents, ils sont connus sous le nom de tornados ; leur largeur ne dépasse guère quelques centaines de mètres prèe du sol, mais leur hauteur est variable !

Les tornades affectent quelquefois la forme des trombes marines.

iPhotog. prise à Stattford en Amérique.)

Partout où ils passent, ils commettent des ravages incroyables. Rien ne résiste à leur violence. Les maisons sont détruites; les forêts rasées sur leur parcours, les plantes arrachées. Les tornades rappellent même souvent les trombes marines par leur aspect conique dont l'appendice vermiculaire ressemble à la trompe d'un éléphant gigantesque « lorsque cet animal, dit Pelletier, presse la terre pour saisir un petit objet ».

Suivant bon nombre de météorologistes il n'y aurait donc qu'une différence de degrés, pour ainsi dire, entre les cyclones, les bourrasques, les violentes tempêtes en Europe, les trombes et les tornados. Mais dans ces dernières, en raison de leurs dimensions restreintes, nous verrions apparaître souvent des phénomènes accessoires dont l'étude relèverait des manifestations de l'électricité atmosphérique.

Que de mystères encore dans le domaine exploré par la Météorologie, dans cette mince envelopppe gazeuse au milieu de laquelle nous vivons !

Aulr3 forme de trombe marine observée sur la côte américaine.

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