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CHAPITRE X

Le beau et le mauvais temps.

, Nous avons vu que dans les régions équatoriales, à part les jours où l'on signale un cyclone, la pression atmosphérique est extrêmement régulière: Il n'en est pas de même dans nos régions.

Dans toute 1 Europe occidentale, les variations accidentelles deviennent la règle pour ainsi dire. Elles sont souvent liées à l'approche d'un changement de temps, mais il faut avoir une quantité d'observations simultanées, pour arriver à des prévisions certaines.

, Pour atteindre ce but, les grandes nations ont installé des services météorologiques centralisés dans divers pays et qui reçoivent quotidiennement des dépêches de tous les points du globe.

L'un des mieux organisés est certainement le Weather Bureau (Bureau du Temps), aux Etats-Unis, qui fonctionne militairement sous la direction d'un général en chef.

En France, où les ressources pécuniaires ne permettent pas d'établir un « office » de ce genre, nous possédons cependant un Bureau central météorologique entretenu par l'Etat et dont le siège est Rue de l'Université à Parie.

' La direction en a été confiée à un émirent météorologiste, M. A. Angot qui

a sous ses ordres toufô une pléiade de pavants bien connus et dont il suffira s e citer les noms : MM. R. Dongier, Chau veau, Ch. Gouthereau, etc.

Dans chaque département des commissions météorologiques, grâce au zèle bénévole des instituteurs, des gardes-forestiers et des agents des Ponts et Chaussées centralisent les observations générales sur la température, la pluie, les orages, les vents et les pressions barométriques dans notre pays, et communiquent ces données au Bureau central dont l'organisation et le bon fonctionnement sont encore assurés par un secrétaire, M. J. Guillaume.

Dès le matin de chaque jour la situation atmosphérique est télégraphiée à Paris où l'on reçoit une soixantaine de dépêches des principaux postes de France, l'Algérie et de Tunisie, et une centaine environ des stations réparties sur l'Europe, l'Amérique, les Açores, les Iles Féroé et l'Egypte.

Après l'arrivée des télégrammes, M.

Gouthereau, chef du service des avertissements, est chargé de dresser la carte générale servant à la prévision du temps probable pour le lendemain.

Ces cartes s'obtiennent en notant la

Spécimen simplifié d'une carte quotidienne dressée par le Bureau central météorologique de france.

Bu réunissant les points d'égale pression, on obtient les isobares à un moment donné. La disposition des isobares dans cette carte montre qu'une dépression ayant son centre sur la mer du Nord traverse l'Europe, fi'estdu mauvais temps probable pour la partie Sud de la dépression, c'est-à-dire pour la Belgique et la France, du beau temps pour la Suéde, le Danemark, l'Espagne et l'Algérie.

hauteur'du baromètre dans chaque station, après avoir ramené tous les chiffres au niveau de la mer.

En réunissant tous les points ayant la même cote, on obtient des lignes d'égale pression que nous avons déjà appelées isobares.

Or, on constate souvent que ces isobares sont disposées en cercles concentriques, plus ou moins réguliers; elles sont donc réparties comme à l'intérieur des cyclones, avec cette différence qu'elles s'étendent sur des surfaces autrement considérables. La pression, faible au centre, se relève à mesure qu'on gagne les bords extérieurs.

Cet état particulier, nous l'avons vu au Chapitre VIII, a reçu le nom de dépression atmosphérique. Comme dans les cyclones, les couches d'air affluent de l' extérieur vers le centre, pour prendre en cet endroit, une direction ascendante.

Nous pourrons donc constater en chaque point de la région affectée, des vents plus ou moins intenses, mais soufflant de façon à se diriger en spirale vers le centre de la dépression.

D'où viennent ces tempêtes qui font baisser nos baromètres? En général, elles abordent notre continent par les îles Britanniques et le

Appareils néphoscopiques de M. Besson.

Pour apprécier la direction des nuages et leur vitesse.

(Modèle construit par Richard.)

parcourent en écharpe, le plus souvent de l'Ouest à l'Est ou du Sud-Ouest au Nord -Est.

Au temps de Leverrier, qui prit l'initiative de recueillir a Paris des renseignements simultanés pour la prévision du temps, on s'était imaginé que ces dépressions n'étaient autres que les transformations des cyclones équatoriaux, prenant naissance vers la région des Antilles, et on s'était bercé de l'espoir d'annoncer leur arrivée, tout comme nous prévoyons l'entrée d'un paquebot dans le port du Havre, si nou6 connaissons sa vitesse et l'heure de son départ de New- York. Mais on s'est aperçu depuis que la plupart du temps, la dépression atteignant nos côtes, n'a rien de commun avec celle qui a quitté l'Amérique; souvent même elle s'est renouvelée un grand nombre de fois au cours du voyage et la dernière^ celle qui nous intéresse, a simplement pris naissance au-dessus de l'Océan.

Vous vous rappe lez l'explication des cyclones : Jgrandes surfaces échauffées dans les contrées tropicales ou régions de calmes, colonnes d'air chaud, à mouvement ascendant, entretenu par la condensation de la vapeur d'eau. Certains météorologistes frappés par l'analo-

gie de nos tempêtes avec les manifestations cycloniques avaient pensé qu'une même cause produisait le6 mêmes phénomènes. Mais les multiples expériences des ballons-sondes et des cerfs-volants ont montré que nos dépressions n'offrent pa6 de centre chaud. A mesure même qu'on gagne les couches situées au-dessus, l'air devient de plus en plus froid, suivant en cela la règle générale.

Autres différences : nos tempêtes ne se forment jamais dans les régions calmes ; enfin, elles apparaissent surtout aux époques où la circulation aérienne est la plus active, c'est-à-dire pendant les périodes froides de l'année.

La chaleur ici ne peut donc jouer qu'un rôle secondaire et c'est 6ans doute l'humidité différente des deux couches superposées et animées de vitesses inégales qui cause nos dépressions en détruisant l'équilibre atmosphérique.

La rotation de la Terre interviendrait pour donner à l'ensemble un mouvement tourbillonnaire s'effectuant chez nous dans le sens contraire aux aiguilles d'une montre. Enfin, comme il est hautement probable que ces dépressions affectent une hauteur assez grande, on conçoit aisément que leur marche participera en quelque 6orte à celle de la circulation générale de l'atmosphère qui, dans nos latitudes, s'effectue de l'Ouest à l'Est.

Et pratiquement, c'est bien ce que nous constatons toutes les fois qu'une tempête aborde les côtes de France.

Au surplus, il est facile, lorsque le baromètre baisse, de trouver de quel

M A. Angot,

Directeur du Bureau Central météorologique de France.

côté il faut Chercher le centre do la dépression. La loi de rotation des cyclones s'applique encore ici : t Tournons-nous face au vent, le centre de la dépression est à notre droite ».

Supposons, par exemple, un observateur placé à Paris. La colonne barométrique baisse régulièrement. Le vent dirigé d'abord du Sud au Nord, souffle bientôt du Nord-Ouest, puis franchement de l'Ouest.

La région centrale de la tempête, après avoir suivi la Manche, passe sur Lille et la Belgique, Paris est au Sud de la dépression ; 6on éloignement du centre sera d'autant plus grand que la vitesse du vent sera plue faible.

Ceci admis et constaté, il est facile de prédire le temps probable de toutes le6 parties affectées par la dépression.

Cette dernière, en effet, est généralement précédée par des bandes de cirrus animées d'un mouvement rapide, ce qui justifie le vieux dicton populaire qui, pour toutes sortes de raisons ne serait plus de mise aujourd'hui :

Temps -pommelé, femme fardée, Ne sont pas de longue durée.

Ces nuages accompagnés fréquemment d'un voile gris ou blanchâtre de cirrostratus — cirrus en couches superposées — puis de cirrus élevés, nommés altostratus, tous formés de particules de glace qui favorisent l'apparition de couronnes autour du soleil et de la lune, sont l'indice du mauvais temps dans la partie sud des dépressions atmosphériques.

L'Hiver en février.

Miniature des « Très Riches Heures du Due de Berry (xve siècle; ».

Musée Condé, à Chantilly [Cliché Giraudon.)

Lorsqu'une dépression atmosphérique"approche, elle est souvent précédée par un voile gris d'alto-stratus sous lequel on remarque des fracto-nimbus annonçant les nimbus et la pluie.

On voit, en effet, apparaître aprèe les cirrus, des cumulus de toutes formes qui annoncent la pluie.

I Enfin, il n'est pas rare de noter des orages dans la partie Sud-Est, surtout en été.

Toutes ces indications peuvent être corroborées par le baromètre, à condition qu'on sacbe s'en servir.

Tout d'abord, ne pas se fier aux inscriptions imprimées sur le cadran de l'appareil, mais étudier sa marche continue, montée ou descente.

Voici quelques règles générales :

1° Le baromètre descend.

S'il le fait lentement et d'une façon constante, regardez d'où vient le vent et cherchez à vou6 rendre compte du centre de la dépression.

Si le vent vient d'Ouest, la dépression passe au Nord; avec un vent violent, le centre est prè6 de vous, et vous pouvez annoncer la pluie.

Une baisse brusque de quelques millimètres vous prédira un mauvais temps passager et souvent un orage en été par « temps lourd ».

2° Le baromètre monte.

Si l'ascension est lente et accompagnée de pluie, vous pouvez prévoir un beau temps prochain et d'assez longue durée.

Si au contraire la montée est brusque, le beau temps ne persistera pas.

Autre règle pour ceux qui possèdent un baromètre enregistreur : on a remarqué que les courbes sont le plus souvent symétriques de part et d'autre, au point le plus bas et le plus élevé.

Une ascension continue pendant huit jours, par exemple, indiquerait donc que le mauvais temps ne surviendra qu'une semaine après le moment du maximum barométrique. Cette règle est souvent applicable à des durées plus longues.

L'Océan aéiien

Je l'ai souvent observée dans les si tuations atmosphériques nommées anticyclones, et qui sont le contraire des dépressions : on remarque, en effet, une pression très élevée au centre et les isobares sont encore disposées concentriquement, mais la pression va en diminuant, du centre vers les bords. Régime très froid, en hiver, très chaud en été. dan6 nos contrées européennes.

Toutefois le cas le plus général pour la prévision du temps, reste toujours celui de la dépression atmosphérique pour nos régions. .

Le mieux sera donc de rechercher îa centre de cette dépression et de savoir dans quel secteur nous nous trouvons à un moment donné.

Le tableau suivant indiquera le tempa à annoncer d'une façon générale.

Cristal de neige vu au microscope.

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