‹ L'Océan aérienChapitre 7 sur 16 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

lies grands courants aériens.

Ce que nous avons appris des propriétés inhérentes à la matière sous ses différents états, aurait pu nous amener à conclure que les gaz sont surtout caractérisés par une grande instabilité de leurs molécules.

Alors que dans les solides, les plus petites parties de la matière sont réunies par une sorte d'attraction moléculaire que les physiciens appellent cohésion, dans les liquides la cohésion vaincue par la chaleur n'existe pour ainsi dire plus, tellement elle

paraît réduite; il s'y produit donc des phénomènes de glissement analogues à ceux que nous observons dans la poussière d'un sablier.

Les gaz présentent la même particularité avec, encore, une véritable exagération. On sait toutes les précautions qu'il faut prendre pour verser d'un récipient dans un autre le gaz carbonique plus lourd que l'air et qui se maintient au fond d'un vase. L'expérience prend même une forme tout à fait élégante si l'on a soin, sur le

trajet de la cascade de gaz carbonique, de disposer un léger moulin à ailettes en papier.

Cette instabilité de tous les gaz, nous pouvons encore la mettre en évidence au moyen de la chaleur.

Un poêle allumé dans une chambre, ou mieux une simple lampe à pétrole, établit des courants d'air bien marqués. Audessus du foyer le gaz se dilate, en effet,

Au-dessus d'un sol échauffé on constate l'existence de courants

dont la direction est indiquée par les flèches: il y a appel d'air

dans une sorte de cheminée verticale.

devient plus léger et gagne les parties supérieures de l'appartement.

Les enfants profitent souvent de la circonstance pour placer au-dessus d'une lampe une hélice en papier que le courant ascendant fait tourner d'une façon continue. Il y a donc à chaque instant un appel d'air froid pour remplacer le vide ainsi produft .

L'existence de ces courants devie7i( plus visible encore dans une chambre bien chauffée : entrebaillez la porte, vous aurez 3 sa partie supérieure un courant chaud du dedans au dehors. En bas au contraire, l'air extérieur entrera dans la pièce et déterminera un courant froid. La flamme d'une bougie présentée sur tout le parcours de l'ouverture vous indiquera, par ses inclinaisons différentes, l'existence et la direction de ces courants.

Telle est l'explication simple qui va nous permettre de comprendre le mécanisme des vents, ces grands courants aériens, dont nous constatons la présence sur le globe terrestre.

Là aussi nous avons un foyer, le soleil, dont les ardents rayons frappent sans discontinuer une masse gazeuse considérable.

Imaginons donc une coupe de l'atmosphère dans les régions les plus chaudes de la Terre à l'endroit où le Soleil envoie perpendiculairement ses rayons sur le sol. Audessus de la surface échauffée, nous aurons, tout comme dans les exemples précédents, une colonne ascendante d'air chaud et au niveau du sol des courants froids qui accourront de toutes parts pour combler les vides.

Mais la Terre tourne ; à chaque instant les points frappés par le Soleil se succéderont, et finalement le mécanisme donnera naissance à une large bande d'air chaud constamment renouvelée par les courants froids venus des latitudes plus élevées et voisines des pôles.

Ainsi nous devons con6ta.-

ter des vents assez réguliers

du Nord au Sud dans notre hé-

et du Sud au Nord dans Thé-

soufflant misphère misphère austral.

Or, en y regardant de plus près, les choses ne se passent pas du tout ainsi. Ces vents réguliers que nous appelons alizés ne suivent pas les différents méridiens et sont inclinés par rapport à eux.

Pourquoi cela?

Cherchons l'explication du phénomène dans les circonstances mécaniques de la rotation de la Terre.

La vitesse d'un objet situé aux pôles est nulle ; si nous occupions cet endroit de la Terre nous ne ferions que pirouetter sur nous-mêmes.

A l'équateur, où nous décrivons la circonférence du globe eu vingt-quatre heures, notre vitesse, le calcul est facile à faire, serait de 1 670 kilomètres à l'heure environ.

Mais un habitant de Paris décrivant une circonférence plus petite ne ferait que 1 098 kilomètres dans le même temps.

Lors donc que l'air se déplace de Paris

vers l'équateur, il rencontre sans cesse sur sa route des régions animées d'une vitesse de rotation plue grande que celle qu'il avait au départ et qu'il conserve, d'après les lois de la Mécanique; il reste donc constamment en arrière par rapport aux points de son parcours, si bien

l'Amérique les caravelles de Christophe Colomb; soufflant constamment de l'Est, ces vents furent pendant toute la traversée, leffroi des compagnons de ce hardi navigateur.

Lorsque les matelots constatèrent leur constance et leur régularité, ils com-

Sou6 l'influence de la rotation de la Terre combinée avec l'appel d'air dans les régions échauffées à l'Equateur

les vents alizés soufflent dans une direction inclinée par rapport aux méridiens.

qu'il rejoint l'équateur avec un retard considérable.

La direction n'est donc plus du Nord au Sud, mais le courant paraît avoir obliqué et venir du Nord-Est. Le contraire a Heu pour l'hémisphère austral.

Et c'est ce que les marins avaient constaté autrefois, mais ils n'en soupçonnaient aucunement la cause, parce qu'à cette époque la rotation de la Terre n'était pas prouvée.

Co pont les alizés qui ont poussé vers

par rapport

mencèrent à craindre sérieusement que leurs navires ne pussent jamais les ramener dans leur patrie.

Mais bientôt la navigation à voiles escompta leur présence et en tira le plus merveilleux profit; c'est pourquoi les Anglais, toujours pratiques, donnèrent aux alizés (mot qui veut dire réguliers), le nom plus significatif de trade-winds, vents de commerce.

Arrivés dans la zone torride, les courants horizontaux d'air froid arrêtent leur

devient l'air

rnarcne en avant pour prendre une direction ascendante. On constate, en effet, sur une large bande un calme extraordinaire que les marins redoutaient fort autrefois

Heureusement que cette région des calmes n'est pas tout à fait fixe; grâce à l'inplinaison de la Terre, le Soleil va d'un tropique à l'autre pendant le cours de l'année, 0 déplace donc avec lui la bande d'air cbaud qui provoque le calme relatif de l'atmosphère en d'autres régions.

Et maintenant que échauffé qui monte dans les couches supérieures ?

On croyait autrefois, et nous trouvons encore le fait affirmé dans nos Géographies, que, dans les hautes régions, il se formait un contre-courant en sens inverse du premier : c'était le contre-alizé qui allait, en s'abaissant peu à peu, rejoindre les régions polaires. Ainsi la circulation aérienne tout entière eût été intéressée dans ce grand mouvement de l'atmosphère.

Eh bien ! les explorations des ballons-sondes n'ont pas confirmé cette manière de voir.

Que 6e pa6se-t-il dans ces régions élevées ? Que devient l'air chaud ? Quelle route suit-il pour redescendre? autant de points d'interrogation auxquels notre science actuelle ne peut répondre.

Faut-il croire que le contre-alizé se tient beau-

Anémomètre Richabd

commandant un appareil enregistreur.

Cet appareil portatif construit par la Maison Richard permet d'apprécier à un moment donné la vitesse du vent en mètres par seconde.

coup plus élevé que le niveau atteint par nos sondages; ou bien admettre avec M. Vialay, que nous sommes en présence de circulations compliquées et que l'un des oouraats de retour, loin de se su perposer dans l'atmosphère aux vents inférieurs, emprunte une voie se tenant au même niveau et va rejoindre la Sibérie en traversant la Méditerranée et le Nord de l'Afrique? Il y a là une série de problèmes que seules peuvent résoudre des expériences nombreuses et conduites d'une façon systématique.

Mais il est un fait certain, quelle que soit l'explication qu'on en donne, c'est que dans beaucoup de régions boréales, en Europe aussi bien qu'en Asie et en Amérique, les vents soufflent le plu6 souvent dans une direction voisine de l'Ouest.

Que se passerait -il très exactement si les surfaces continentales étaient plus régulièrement distribuées, c'est ce que nos théories sont impuissantes à nous dire. A l'heure actuelle, nous sommes cependant en mesure d'affirmer que les irrégularités du relief et des océans font naître des vents parculiers aux diverses régions de la Terre.

Sous l'influence des rayons solaires, les grands continents s'échauffent en effet, plus vite que les mers, de là des appels d'air vers ces régions, pendant tout le temp?

que le Soleil les éclaire.

Direction des vents dominants France.

L'inverse se produit de6 que l'astre du jour perd de son intensité.

Ce phénomène, vous l'avez d'ailleurs constaté bien souvent lorsque pendant les chaudes journés d'été vous êtes restés de longues heures étendus sur la plage, humant la brise aux effluves salés. Le soir venu, les vents, au contraire, soufflent de la côte : la brise a changé de sens.

C'est ainsi que s'expliquent les moussons de l'océan Indien, avec cette 6eule différence que le phénomène dû à réchauffement des hauts plateaux de l'Asie centrale s'étend sur ces vastes régions.

Chaque contrée, en raison de sa disposition, de son relief et de sa situation géographique, a donc des vents dominants qui viennent compliquer et embrouiller sa météorologie propre.

En Provence, par exemple, l'appel d'air causé par une rupture d'équilibre dans la température, fait naître le mistral.

Après s'être desséché 6ur les montagnes du Plateau central et des Cévennes, l'air s'engouffre en effet dans la vallée du Rhône où il acquiert parfois des vitesses effrayantes : il déracine les arbres, enlève les toitures, et on cite des cas où il est parvenu à culbuter des trains de voyageurs.

A côté de ces dégâts plutôt rares, le mistral exerce des influences salutaires.

Que de fois, par les journées étouffantes de l'été, je me suis demandé, en traversant les rues étroites de certaines

tf>

CO

Rose des vents.

La lettre W est

villes provençales, comment les épidémies n'étaient pas plus fréquentes dans ces vieilles cités où les règles de l'hygiène sont moins observées qu'en plein moyen âge...

— « A quoi bon balayer, enlever les détritus et le6 ordures ménagères, me répondaient les habitants de l'endroit. A défaut de la municipalité, c'est le mistral qui s'en charge. »

Le rival du mistral, c'est le fœhn qui souffle plus particulièrement en Suisse, vent chaud que les montagnards qualifient de mangeur de neige.

A voir, au commencement du printemps, l'épaisseur de la blanche toison recouvrant champs et prairies, celui qui ignorerait cette particularité pourrait se demander par quel jeu de forces mystérieuses, la nature pourra dissiper la couche de neige atteignant parfois un ou deux mètres d'épaisseur.

Interrogez les habitants, ils vous répondront que « ni le Bon Dieu ni le soleil n'y feraient rien, si le fœhn ne leur venait en aide pour débarrasser la terre de son froid linceul ».

Des vents analogues au fœhn soufflent sur une bonne partie des côtes de la Méditerranée. En Espagne, c'est le solano, qui plon|ge les habitants dans une torpeur énervante; en Perse, c'est le vent de fièvre ; c'est encore le siroco qui traverse le Sahara, franchit l'Atlas et aborde les côtes européennes. En Guinée, c'est V harmattan t en Egypte, c'est le khamsin.

éserv^e pourla direction Ouest.

C'est enfin le simoun qui soulève dans les grands déserts africaine des nuages de poussière, déplace des montagnes de sable et ensevelit les caravanes.

Dès qu'il commence à souffler, le ciel s'emplit d'une poussière grisâtre, le soleil prend une teinte violacée. Souffle léger tout d'abord, le 6imoun prend peu à peu de la force et se change bientôt en tempête.

La chaleur de l'air s'accroît et le thermomètre monte jusqu'à une cinquantaine de degrés. Dans cette atmosphère de fournaise la respiration devient haletante, les poumons se contractent, une soif ardente que l'eau est impuissante à assouvir, s'empare de lhomme et des animaux; la peau se fend sous l'influence de cette dévorante sécheresse. Des montagnes de sable se déplacent comme les vagues d'un océan brûlant.

On cite des coups de simo englouti 12 000 personnes à la

'Anémomètre le plus simple est la girouette.

Modèle Tonni !

un qui ont fois et fait

périr 1 800 chameaux ; et l'histoire raconte que c'est dans une semblable tempête que périt l'armée de Cambyse.

Les effets sont les mêmes à peu de chose près, dans les déserts de l'Asie centrale, lorsque souffle le tebbad.

Arminius Vambery nous en donne une description prise sur le vif.

« Nos pauvres chameaux, dit-il, avaient déjà reconnu l'approche du tebbad ; après une clameur désespérée, ils tombèrent à genoux, allongeant leur cou sur le sol, et s'efforçant de cacher leur tête dans le sable. Derrière eux, comme à l'abri d'un retranchement, nous venions de nous agenouiller, quand le vent passa sur nous avec un frémissement sourd et nous enveloppa d'une croûte de sable épaisse d'environ deux doigts. Les premiers grains de sable dont je oentis le contact produisirent sur moi l'effet d'une véritable pluie de feu. »

Ilr-i-

lion

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