‹ L'océanChapitre 17 sur 76 · LAS · texte numérisé non relu

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on dose encore l’ammoniaque avec le réactif de Nessler. Tous les échantillons d'eaux récoltées par le prince de Monaco à bord de la Princesse Alice et dont il a bien voulu me confier l’étude ont été analysés de cette façon. La comparaison des résultats obtenus a montré que l’ammoniaque libre est irrégulièrement distribuée dans l'océan ; elle est en général plus abondante dans les 1 000 premiers mètres à partir de la surface que plus bas. Sa teneur est comprise entre les limites de 0,08 mmg. et 0,46 mmg. par litre. L’ammoniaque albuminoïde, un peu plus abondante dans les couches supérieures (0,19 mmg. par litre) se maintient ensuite en proportion assez constante de 0,13 mmg. par litre. Il semble que dans la presque totalité de l’épaisseur des eaux océaniques, il y ait identité de proportion entre la matière organique brülée par le permanganate et la matière azotée iransformable en ammoniaque. Dans ces questions qui mériteraient d’être étudiées de si près et par des chimistes particulièrement compétents, on hésite à énoncer des lois formelles, car dans l'obligation où l’on est d'opérer sur des échantillons conservés depuis un temps variable, on se rappelle que l’eau de mer est un véritable bouillon de culture, qu’elle abonde en matière vivante éminement susceptible de se modifier et l’on se demande avec inquiétude si, dans ce cas, la vérité du laboratoire est bien la vérité de la nature.

Cherchons maintenant le rôle de l’azote ammoniacal.

L’albumine contient, en outre de l'oxygène, de l’ammoniaque à l’état de carbonate et de nitrate, du soufre et de l'hydrogène, ces deux derniers corps se combinant pour former de l'hydrogène sulfuré. Ces divers éléments vont se trouver en présence du sulfate de chaux ; c’est Fi eux et lui que s’effectueront les réactions. |

Le carbonate d’ammoniaque en présence du sulfate de chaux donnera naissance par double décomposition à du carbonate de chaux et à du sulfate d’ammoniaque.

D'autre part l’albumine se décompose en hydrogène sulfuré et en acide sulfurique qui attaque immédiatement le carbonate de chaux pour reformer du sulfate de chaux. La quantité de calcaire

créé sera l'excédent du carbonate de chaux formé par le carbonate d’ammoniaque sur celui qui a été changé en sulfate par l’acide sulfurique résultant de la décomposition de l’albumine, ou mieux du sulfate d'ammoniaque produit par la décomposition de l’albumine.

L’hydrogène sulfuré s’oxyde et décompose alors les carbonates alcalins et terreux dissous dans l’eau en mer pour former des sulfates en passant par lintermédiaire de sulfures.

En définitive, il y a création de carbonate de chaux et régénération de sulfate de chaux et de sulfate d’ammoniaque. Cette action est accélérée par l'élévation de la température qui favorise la putréfaction ; elle est ralentie par son abaissement d’où il résulte que les eaux tropicales doivent contenir plus d’ammoniaque que celles des zones tempérées. Il est possible que le carbonate de chaux, au moment de sa formation, soit dans un état qui lui permette de mieux entrer en dissolution dans l’eau ambiante et d’être plus aisément assimilable par les êtres vivants qui en ont besoin pour fabriquer leur coquille ou leur squelette, comme les coraux. Les mers chaudes sont beaucoup plus abondantes en animaux de ce genre que les mers froides.

De même que le soufre présent dans Palbumine dissoute dans l’eau de mer a donné naissance à de l'hydrogène sulfuré, le phosphore produira de l'hydrogène phosphoré. Il se fera des réductions, les sulfates deviendront des sulfures, les phosphates des phosphures, lesquels, par oxydation subséquente, redeviendront des sulfates et des phosphates.

Le rôle du sulfate de chaux explique l'intérêt qu'il y a à doser Vacide sulfurique dans les échantillons, d’autant plus que le dosage en est facile, exact et assez rapide. Nous laissons de côté les innombrables problèmes de chimie auxquels donne lieu l’eau de mer. Au point de vue de l’océanographie pure, son analyse a pour objet principal l'étude si importante de la circulation océanique. Nous verrons que l’état dynamique d’un échantillon au sein de l'océan est donné par sa densité ?n situ, c’est-à-dire à la profondeur qu’il occupe et à la température qu’il possède au moment même où il agit, comparée à la même caractéristique d’un autre échantillon situé

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plus ou moins loin du premier. La marche des molécules d’eau, c’est-à-dire le sens et la vitesse des courants marins sera fonction de la densité in situ qui deviendra ainsi une caractéristique dynamique. Pour posséder des caractéristiques statiques destinées à faire reconnaître tout le long de son parcours une même eau ou, si l’on veut, l’eau de ce même fleuve qu'est un courant, il sera indispensable de prendre des données en quelque sorte personnelles à cette eau. C’est à quoi serviront le dosage du total des halogènes contenus dans l’échantillon et celui de l'acide sulfurique. La première aualyse s'effectuera par un dosage volumétrique à l’azotate d’argent titré, dans un poids connu d’eau de mer, avec du chromate de potasse comme réactif coloré, la seconde par une précipitation à l’état de sulfate de baryte à l’aide du chlorure de baryum. Ces deux données étant indépendantes l’une de l’autre, n'en caractérisent que mieux les échantillons. Il se peut en outre que par comparaison avec la quantité d’ammoniaque trouvée — troisième caractéristique indépendante — on soit amené à d’intéressantes considérations sur la chimie des fonds, sur la précipitation chimique du calcaire et, secondairement, sur la transformation en roche compacte des masses détritiques plus ou moins caverneuses ou poreuses telles que les amoncellements de débris situés en avant des récifs coralliens.

La présence des bactéries dans les eaux marines se rattache par des liens extrêmement étroits à la chimie de la mer. On commence seulement à aborder l'étude de cette question et il n’est pas douteux qu’elle ne réserve d'importantes découvertes et qu’une foule de transformations chimiques ne soient attribuables à l’intervention de ces infiniment petits. Peut-être leur doit-on la formation de la dolomie par précipitation du carbonate de magnésie au sein .des masses d'eaux océaniques anciennes. La putréfaction des matières organiques qui joue un rôle si considérable dans la précipitation du carbonate ou du phosphate de chaux au fond des mers, est due à des bactéries.

Ces algues microscopiques ont été reconnues en nombre considérable dans les vases profondes. Russell en a trouvé au large de

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