‹ L'océanChapitre 16 sur 76 · RE OP UE · texte numérisé non relu

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entrer ici pour le dosage quantitatif de ce plankton ; sa reconnaissance qualitative se fait au microscope, Cette étude dépend de la zoologie plus que de l’océanographie.

Les filtrations d’eaux de mer se font à travers des tamis de soie à bluter dont les plus fins sont désignés par le numéro 200 qui signifie que le tissu comporte 200 mailles régulières sur une longueur de 4 pouce soit 21 millimètres. En retranchant l'épaisseur totale des 200 fils, on se rend compte que l’écartement des mailles est bien faible. Quand on y tamise des poussières minérales, on reconnaît que les grains qui les franchissent ont un diamètre inférieur à 0,04 mm. Les matières organiques plus souples doivent s’accrocher aux fils et être arrêtées même si elles ont des dimensions plus petites. Cependant ces mailles sont encore traversées par une telle quantité de matière qu’on est amené à se servir de filtres en papier ou en porcelaine d'amiante. On procède comme pour des filtrations d’air et on fait passer une quantité considérable de liquide dont on concentre les résidus dans une goutte d’eau. J’ai disposé et décrit des appareils pour ces opérations qui ne sont pas sans quelques difficultés. Il serait à désirer qu’elles fussent reprises par quelqu’un habitant sur les bords de la mer. On pourrait aussi travailler en pleine mer, en marche ou sur des bateaux-feux, à l'exemple des savants belges qui se livrent à des dosages continus de plankton, avec des appareils de filtration automatiques et opérant sans interruption.

Le phénomène de l’écume se rattache à la présence des matières organiques dans la mer. L’eau douce pure agitée ne donne pas d’écume. La mousse ne se manifeste que pour des liquides contenant des matières organiques et peut-être la présence de sels dissous est-elle aussi nécessaire. La matière grasse communique à l'eau de mer son onctuosité spéciale, sa saveur et son odeur; cette huile est probablement saponifiée par l’eau de mer alcaline, de sorte qu’on se trouverait en présence d’une lessive faible d’un savon spécial où l'agitation produirait une mousse plus ou moins abondante et persistante selon diverses conditions telles que la proportion même de matière grasse et la température ambiante, ou plutôt

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la différence entre la température de l’eau et celle de l'air. Une théorie de l’écume est à élucider ; c’est un sujet de plus à ajouter à une foule d’autres que comporte l’océanographie. Remarquons à ce propos qu'en présentant au contact de l’air une couche liquide très mince et de surface très étendue, l’écume due aux vagues provoque une oxydation intense, c’est-à-dire une combustion et par suite une destruction de la matière organique. Elle est done, non moins que le sel dissous qui est antiseptique, un agent d’assainissement des eaux marines, Là où celles-ci restent stagnantes, dans les régions tropicales basses, à l'embouchure de certains fleuves, elles se corrompent, donnent des miasmes pernicieux et transforment la contrée en foyer d’épidémie comme aux bouches du Gange et du Mississipi où sont endémiques le choléra, la peste ou la fièvre jaune.

L'étude de la matière organique dissoute est bien plus compliquée. On entendra par matière organique, considérée chimiquement, un composé complexe contenant du carbone, de Fazote, du soufre et fréquemment du phosphore. Le carbone ne semble avoir aucun rôle essentiel sinon d’être brülé par oxydation et de donner naissance à de l’acide carbonique. Au contraire celui de lazote, du soufre et du phosphore est extrêmement important, surtout celui de lazote qui est l’élément le plus abondant et par conséquent le plus actif.

Pour évaluer la quantité de matière organique dissoute dans un échantillon d’eau de mer, on a proposé de se servir du permanganate de potasse, mais le réactif est capricieux et en outre il oxyde à la fois le carbone et l'azote. Or le carbone ne possédant, ainsi que nous venons de le voir, qu’une importance secondaire, les valeurs globales obtenues avec le permanganate n'offriront pas un intérêt bien particulier. Deux échantillons donnant la même titration pourront être constitués l’un par une faible quantité de matière azotée et une forte proportion de carbone, l’autre au contraire par peu de carbone et beaucoup d’azote. Le premier échantillon au point de vue des phénomènes provoqués sera peu actif, le second le sera énormément.

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Avec des échantillons d’eau recueillis pendant la campagne de la Princesse Alice en 1901 dans l'Atlantique Nord, principalement dans les parages des archipels des Canaries et du Cap-Vert, j'ai reconnu que la quantité de matière organique dosée par le permanganate évaluée en milligrammes d'oxygène par litre est égale à 29,8 mmg à la surface. Elle décroit ensuite progressivement jusqu’à 700 mètres de profondeur où elle devient égale à 29,2 mmg et reste alors constante jusqu’au fond.

Il s’agit maintenant de savoir sous quelles formes se trouve l'azote dans l’eau de mer. Une portion est à l’état gazeux non combiné et provient non de matières organiques mais d’une dissolution de l’air atmosphérique ; il est inerte, sans intérêt et d’ailleurs nous nous en sommes déjà occupés.

L’azote combiné est, à l’état d’ammoniaque libre, d’'ammoniaque albuminoïde, de nitrite, nitrate et carbonate d’ammoniaque. Il est seul actif et cependant, d’après Brandt, il ne le serait pas encore entièrement puisque certaines bactéries très répandues dans l’eau de mer s’empareraient de l’azote sous forme de nitrites et d’ammoniaque et le transformeraient en simple gaz dissous. Si cette action était confirmée, elle compliquerait davantage encore un problème qui l’est déjà très suffisamment. Ces bactéries dénitrifiantes joueraient le rôle d’un agent de purification en appauvrissant sans cesse l'océan de sa matière azotée et comme leur action augmenterait d’énergie avec la température, elle expliquerait la richesse croissante en plankton des eaux marines à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur pour se rapprocher des pôles.

L’ammoniaque libre et lammoniaque albuminoïde restent done seules à considérer. Il est douteux qu’elles possèdent sous les deux formes la même activité, mais pour chacune d’elles le dosage est rapide et précis. Pour avoir l’ammoniaque libre, on fait bouillir l'échantillon d’eau de mer avec de la magnésie calcinée, on distille au quart et on titre colorimétriquement au moyen du réactif de Nessler. Quant à l’'ammoniaque albuminoïde, on ajoute au reste du liquide ayant servi à l’opération précédente, une solution alcaline de permanganate de potasse, on distille et dans la portion passée,

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