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à celles qui s’étagent sur la paroi verticale à pic des falaises normandes. Les algues extraient de l’eau de mer le carbonate de chaux et la silice en proportion cependant très faible, puisque ce dernier corps n’y entre que pour 0,001 à 0,017 pour mille.
Nous ne parlerons que de trois sortes d'algues de haute mer, les chromacées, les calcocytées et les diatomées et encore nous bornerons-nous à citer les premières, les chromacées, algues unicellulaires non calcaires n’ayant que 0,001 mm. à 0,012 mm. de diamètre, vivant dans les mers froides dont elles colorent de grandes étendues en brun ou en vert et où elles sont la principale nourriture des copépodes. Peut-être en existe-t-il dans les mers chaudes. Au milieu de l’archipel du Cap-Vert, près de l’ile de Maïo, s'étend un assez vaste espace où l’eau présente une teinte vert jaunâtre opaque et où les fonds, par des profondeurs de 875 et 1311 mètres, sont remarquablement riches en matière organique dont ils contiennent respectivement sous forme d’ammoniaque, 1739 et 692 milligrammes par kilogramme. La région, que j'ai traversée en 1903, serait intéressante à étudier pour un spécialiste.
Les calcocytées sont de petites masses rondes de matières protoplasmique de nature albuminoïde entourées de disques ou plaquettes calcaires dites coccolithes ayant environ 0,01 mm. de longueur, de sorte que l’ensemble offre l’aspect d’une boulette appelée coccosphère. Les rhabdosphères sont des masses de matière organique empâtant un réseau globulaire de rhabdolithes, fins spicules calcaires menus comme de la dentelle et de la plus merveilleuse symétrie. Ces algues pélagiques vivent à la surface et jusqu'à une faible profondeur. Les coccosphères peuplent les eaux chaudes tropicales et s’avancent au Nord et au Sud tant que la tempérautre des eaux ne s’abaisse pas au-dessous de 8 degrés ; elles sont surtout abondantes dans les zones tempérées, en dehors desrégions côtières d’où elles sont absentes. On trouve partoutleurs dépouilles sauf par conséquent dans les régions polaires et princi- - palement dans les dépôts abyssaux. Cependant leur distribution est assez irrégulière et quelquefois elles manquent totalement dans des eaux que l’on aurait supposées devoir en contenir. D'autres fois
elles se trouvent en telle abondance qu’elles formaient 20 p. 100 d’un sédiment recueilli par 750 mètres entre Sydney et la Nouvelle- Zélande.
Les rhabdosphères, abondantes dans les mers équatoriales et tropicales, se font rares ou disparaissent dès que la température des eaux de surface descend au-dessous de 20 degrés. Leur extrême fragilité les rend difficiles à découvrir entières dans les échantillons mais on reconnaît assez aisément les fragments brisés de leurs rhabdolithes.
Lesdiatomées, malgréleurs dimensions infiniment petites puisqu'il en faut plus de un million pour peser un gramme, sont la plus abondante source de la silice d’origine organique des dépôts marins. On a en effet calculé qu’une seule d’entre elles, en quatre jours, était susceptible de donner naissance à 70 millions d’individus. Elles servent de nourriture aux animaux marins, aussi bien dans les eaux superficielles ou voisines de la surface que dans les profondeurs car, tombées sur le fond, elles possèdent encore suffi-
samment de matière nutritive pour l’alimentation de la faune ben-
thique. Elles vivent dans les eaux douces, saumâtres et salées, plutôt dans celles dont la salure est atténuée à l’embouchure des fleuves ou dans les régions antarctiques recevant les eaux de fusion de glaces terrestres. Planktoniques et benthiques, elles flottent à la surface ou par faibles profondeurs. On comprend que les espèces de cette dernière catégorie demeurent cantonnées dans les eaux côères. Elles consistent en une cellule unique enfermée dans une enveloppe siliceuse ou frustule en opale ayant la forme de deux valves s’emboitant l’une dans l’autre. Il arrive qu’on découvre dans la mer ou dans les fonds des diatomées d’eau douce apportées par les fleuves et que les courants ont ensuite entraînées en haute mer. Ehrenberg a reconnu qu’elles constituaient la sixième partie du volume total des poussières rouges du Sahara chassées par les vents sur la côte ouest de l’Afrique septentrionale.
Les diatomées se rencontrent dans les eaux tropicales où elles présentent leurs dimensions maximum, mais leur frustule y est extraordinairement mince. La nuit, elles montent à la surface pour
s’enfoncer le jour à une profondeur de 28 ou 30 mètres. C’est ainsi qu’on l’a observé dans les mers de Soulou et d’Arafura. Elles
pullulent dans les eaux froides qui, par exemple, baïgnent les côtes de l'Amérique du Nord et dans celles de l'océan Antarctique qu’elles colorent en vert foncé. On en a vu en immenses bancs longs de plusieurs kilomètres sur une épaisseur de quelques mètres. Cependant, dans un même océan, à la même place, leur abondance peut être très variable à diverses époques de l’année.
Les dépouilles siliceuses de diatomées se reconnaissent dans la plupart des sédiments marins, bien qu’elles soient rares ou même absentes dans beaucoup de vases à ptéropodes et à globigérines, dans les boues coralliennes et dans les argiles de grands fonds. Leurs frustules, si fragiles, sont la plupart du temps brisées. Entre le cercle antarctique et 40 degrés latitude Sud environ, sur une surface évaluée à 28 millions de kilomètres carrés, elles forment jusqu’à 50 pour 100 du poids total des échantillons du fond. La vase à diatomées humide est jaune clair ou jaune crème ; désséchée elle est blanche, prend une structure feuilletée et s'écrase en farine sous les doigts. Elle contient de 2 jusqu’à 36 p.100 de calcaire.
On ne saurait manquer de mentionner à propos de la flore océanique, deux particularités intéressantes : la mer des Sargasses et la présence au fond des eaux de végétaux qu’on n'aurait guère soupçonnés devoir s’y trouver.
La mer des Sargasses occupe dans la portion centrale de l’Attique nord une aire de 4 500 000 kilomètres carrés. Cet espace est couvert de radeaux de dimensions variables constitués par un enchevêtrement de sargasses, algues que les marins désignent aussi sous le nom de raisins des tropiques. Ces plantes croissent sur les côtes orientales de l'Amérique centrale depuis le cap Cod jusqu’à la Trinidad, en y comprenant les grandes et les petites Antilles. Arrachées aux rochers par les vagues pendant les mauvais temps, elles sont saisies par le Gulf-Stream qui les entraine dans son grand circuit de l'hémisphère nord ; petit à petit elles tendent à en gagner les portions centrales, immobiles et calmes, où elles forment ces bancs flottants qui avaient effrayé les matelots
140 L'OCÉAN de Christophe Colomb et, bien avant eux, les marins arabes et carthag'inois. Comme les sargasses voyagent toujours entourées de la même gaine d’eau, leur développement s’arrête et elles finissent probablement par tomber sur le fond où elles apportent au benthos une provision de matère nutritive. .
La dissémination sur le fond de débris végétaux existe dans tous les océans mais nulle part plus que dans le golfe du Mexique où le Blake a dragué par 2 750 mètres de profondeur, à des distances de terre variant entre 10 et 15 milles, des masses de feuilles d'arbres, des tiges de bambous, de cannes à sucre, des poissons, des crustacés et des annélides d’eau douce, des coquilles terrestres que, d’après Agassiz, les ouragans avaient emportés à travers les airs et laissé retomber à la mer. J’ai recueilli en plein golfe de Gascogne, par 100 mètres, des tiges de Tipha et des branches de
bois d’aulne. Un dragage exécuté au large des côtes du Maroc a
rapporté un noyau de pêche, un autre dragage un tuyau de pipe. Dans un boudin de fond découpé au tube Buchanan à 5 milles S. W. de Fogo des îles du Cap-Vert, était empâté un maillon de chaïinette en cuivre. Si les terrains aujourd'hui submergés émergent jamais et deviennent des couches géologiques et si, à cette époque, il y a encore des paléontologistes, l'examen des nouvelles roches ne laissera certainement pas de leur offrir des problèmes dont la solution exigera toute leur sagacité ou risquera d’éveiller toute leur imagination.
Le règne animal de même que le règne végétal contribue à former des fonds calcaires et des fonds siliceux. Les foraminifères, ptéropodes, hétéropodes, les éponges calcaires, les crustacés, les coraux, les brachyopodes, les bryozoaires, les échinodermes, les mollusques et les poissons, par leurs débris, donnent naissance à des dépôts calcaires tandis que les radiolaires et les éponges siliceuses, s’assimilant la silice dissoute dans l’eau de mer, la rendent après leur mort au sol sous-marin, sous forme d’opale, c’est-à-dire de silice hydratée bien moins résistante à la dissolution que la silice anhydre du quartz.
Les dépôts calcaires d’origine animale sont de beaucoup plus
abondants que les dépôts silicieux d’origine animale qui, à vrai dire, ne sont guère que des débris très fins mélangés en quantité variable dans les vases. Ils commencent près de terre à l’état de dépôts détritiques et occupent environ le tiers de l'étendue totale de l’aire océanique. La proportion de calcaire d’un fond est une mesure grossière de l'intensité de la vie au sein des eaux qui le recouvrent immédiatement ou en sont voisines. Ainsi que l’avait écrit Linné, omnis calx e vivo et que, dans son ouvrage Geschichte der Erde, l'avait répété Mohr en l’appuyant par tant de preuves, tout calcaire est d'origine organique. Le calcaire déposé chimiquement est lui-même dû à une transformation du sulfate de chaux dissous par l’ammoniaque qui est d’origine organique.
La remarque est aussi bien applicable aux couches anciennes calcaires abandonnées par des océans depuis longtemps disparus. Au même point, pendant la durée de l’histoire de la terre, l’intensité de là vie a beaucoup varié, tantôt à peu près nulle comme pendant le dépôt des marnes du trias auxquelles ont succédé les calcaires jurassiques qui les recouvrent et sont caractéristiques d’une vie intense ou comme pendant que la craie .se superposait aux marnes jurassiques. Des remarques de ce genre qui ouvrent brusquement des aperçus inattendus sur l’histoire du globe terrestre, obligent la géologie à ne pas rester descriptive, à cesser d’être une monotone énumération de faits pour se transformer en une reconstitution du passé. À la lumière de l’océanographie, l’attention est forcée de dépasser les faits et se porter sur leurs conséquences.
Les dépôts calcaires voisins de terre sont constitués par des débris entiers d'animaux ayant vécu sur place comme les bancs d'huîtres et de coquillages ou bien accumulés en des points spéciaux après avoir été brisés ou moulus par des courants. Chaque sorte de dépôt implique des conditions de genèse différentes et c’est pourquoi, sur les cartes lithologiques côtières, il importe de différencier afin qu'on en saisisse à première vue la distribution respective, les dépôts de coquilles vivantes ou entières, ceux de coquilles brisées ou enfin ceux de coquilles moulues.
Parmi les bancs côtiers de coquilles vivantes, les plus intéres-
sants, au point de vue de la pêche, sont les bancs d’huîtres qui habitent les fonds rocheux ou vaseux mais jamais les fonds sableux mouvants et dépassant la profondeur de 70 mètres. Ces mollusques craignent autant les eaux trop salées que celles qui le sont trop peu ; ils meurent dès que la salure dépasse 37 pour 400 ou est inférieure à 1,8 ; leur optimum d'habitat est une eau contenant 2 à 3 pour 100 de sel.
En Méditerranée, les dépôts coquilliers ne dépassent pas 1000 mètres de profondeur. On les trouve jusqu’à 900 mètres dans le détroit de Gibraltar, à 1000 mètres près de la Sardaigne tandis que dans la mer du Nord, ils sont à moins de 100 mètres et exceptionnellement à 100 mètres au plus. Le plateau de Pourtalès sur les côtes de la Floride, entre 160 et 540 mètres de profondeur, est tout couvert de débris calcaires. Ces débris anguleux sont dus bien moins à des actions de trituration par les vagues ou les courants qu’à des phénomènes de vie. En parcourant certaines plages, on est étonné de la conservation des coquilles qui les jonchent et y ont été apportées par les vagues ; elles sont usées et émousées par le frottement, mais non brisées. Les débris coquilliers anguleux proviennent de crabes et de poissons de proie qui broient entre leurs machoires les coquillages vivants ou même morts pour se nourrir de leur chair. Verill a reconnu des dépôts coquilliers clastiques à grains anguleux au-dessous du cours du Gulf-Stream, le long des côtes atlantiques de l'Amérique du Nord. A ce propos, il y a lieu de remarquer que, aussi bien pour les coquillages que pour les foraminifères, l'épaisseur de la coquille paraît être en relation avec la salure de l’eau; dans la Baltique, par exemple, dont les eaux sont pauvres en calcaire, il arrive souvent que le test des mollusques ne consiste plus guère qu’en conchioline.
Les animaux qui contribuent le plus à la formation des fonds sont les rhizopodes divisés en trois groupes principaux ; les héliozoaires qui peuplent les eaux douces et dont nous n'avons, par conséquent pas à nous occuper, les foraminifères qui sécrètent du calcaire et les radiolaires qui font de la silice. Ceux qui viennent ensuite, loin derrière eux, sont les éponges aux spicules tantôt cal-