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CHAPITRE VII

A température a été certainement une des premières particula- L rités des eaux océaniques qui aient été constatées par cette raison qu’elle a dü l’être involontairement. L’humanité a pris de bonne heure des bains de mer, volontaires ou involontaires, et quiconque est entré dans l’eau a su observer sans étude préalable, très empiriquement, mais immédiatement si cette eau était froide ou chaude. Quant à étudier d’une manière régulière et précise la répartition de la température dans les eaux marines, il fallut fort longtemps. La nécessité pratique de cette recherche n'était rien moins qu'évidente et, de plus, on manquait de l'outil d’investigation. Sans hache, point d'arbre abattu, sans marteau, point de forgeron, sans thermomètre point de données systématiques sur la température. Jusqu'à la découverte de cet instrument, vers la fin du xvu° siècle, rien ne fut fait et ne pouvait être fait. Aristote, qu'aucun problème n’arrêtait parce que se bornant à raisonner, il n'avait besoin d’autre outil que de son imagination qu’il portait toujours avec lui prête à fonctionner sur n'importe quel sujet, n’hésita pas à formuler son opinion. Il déclara que les eaux superficielles de‘la mer étaient plus chaudes que les eaux profondes et, par un hasard heureux, cette fois, il eut raison.

Lorsque le thermomètre fut inventé, à la fin du xvir° siècle, et pour cela, il avait fallu vingt siècles depuis Aristote, l’oulil était créé, la découverte de la vérité ne demandait plus que de la patüence et du temps. On était assuré d’y parvenir car la patience et le temps sont denrées courantes parmi les hommes et le premier

pas, le plus difficile de tous, étant accompli, la marche en avant, lente ou rapide, est ininterrompue.

Le premier qui eut l'idée d’étudier systématiquement la distribution de la température dans la mer est Marsigli, cet aventürier de génie, véritable bohème de la science. IL se servit d’un thermomètre scellé, à index mobile poussé par le liquide dilatable, dont il donne le dessin dans son Histoire physique de la mer, quoique faute de description, nous ignorions quel était Le liquide qui le remplissait ainsi que sa graduation. Jusqu'à 120 brasses de profondeur, dans la mer, il marquait la température sensiblement constante de 10,5 ou 10,75 degrés. Or on sait aujourd’hui que la température constante de la Méditerranée où opérait Marsigli est de 12,7 degrés centigrades à partir de 200 mètres environ. Nous ignorons aussi comment il parvenait à surmonter les diverses difficultés que présente la mesure d’une température profonde. Quoi qu'il en soit, devant Cassis où il exécuta la plus grande partie de ses études océanographiques, il envoya son thermomètre dans la profondeur à diverses distances de la surface, en nota les indications et après une seule série d'observations découvrit une loi des plus intéressantes relative à la répartition de la température dans la mer. En Méditerranée, au-dessous d’une épaisseur d’eau relativement faible soumise aux effets de la température de l’air et par conséquent à des variations, la température de l’eau demeure mvariable, quelle que soit la profondeur. Ces mesures datent de décembre 1706. Marsigli est donc bien en avance sur tous les autres savants qui se sont occupés de ces études, de sorte qu’en thermométrie comme dans presque toute l’océanographie, ce fut encore la France qui ouvrit la voie. Marsigli bien qu'Italien de naissance puisqu'il était né à Bologne, eut cette étrange destinée d’avoir une nationalité différente suivant les divers métiers ou professions qu’il exerça et Dieu sait s’ils furent nombreux. Quand il fut général, il était autrichien, lorsqu'il fut jardinier-esclave, il était turc, mais il fut bien français tout le temps qu’il demeura océanographe. Membre de l’Académie des Sciences de Paris, c’est aux frais de la Compagnie et en langue française que fut publié son

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