CHAPITRE IX
"ÉTUDE des animaux marins appartient au domaine de la zoologie et non à celui de l’océanographie ; néanmoins les deux sciences se touchent de si près, ont entre elles tant de liens, se complètent et s’éclairent si souvent l’une Pautre qu’il est aussi difficile de présenter un exposé complet de l’océanographie sans dire quelques mots de la capture des animaux marins qu’il le serait de décrire ceux-ci d’une façon générale sans présenter l'exposé succinet des lois qui régissent la mer. Toute campagne océanographique est accompagnée par des naturalistes et il est fâcheux que l'inverse n'ait pas toujours eu lieu et que, dans les expéditions zoologiques, la part de Pocéanographie ait été trop souvent négligée.
Les principales conditions de la vie dans les profondeurs de l'océan ont été résumées de la façon suivante :
« 1° La vie animale est répandue sur le fond à toutes les profondeurs.
« 2° L’abondance plus ou moins grande de la vie dépend de la présence de l'oxygène, de l’acide carbonique et du phosphate de chaux, probablement aussi de l’azote sous forme ammoniacale.
« 3° La faune des eaux libres a son maximum d’abondance dans deux zones l’une superficielle ou très près de la surface, l’autre sur le fond même ou très près du fond ; l’espace intermédiaire contient beaucoup moins d’animaux.
« 4° Dans les grandes profondeurs, il y a prédominance de spongiaires et d’échinodermes.
« 5° Dans les profondeurs dépassant 900 mètres, la faune offre
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partout les mêmes caractères généraux. Les genres de mer profonde sont cosmopolites. Les espèces de mer profonde sont identiques L- même en des points très éloignés ou de elles présentent des formes | de remplacement. ù
| « 6° La faune de mer profonde montre plus de ressemblance avec + 4 les faunes des époques tertiaire et secondaire que la faune de mer improfonde. Cependant, jusqu’à présent, il n’est qu’un très petit nombre de types considérés comme disparus qui aient été découï. verts dans les profondeurs sous-marines. |
« 7° Les formes caractéristiques principales des profondeurs et celles qui se rapprochent le plus des types éteints paraissent surtout exister en plus grand nombre et avec des dimensions plus considérables dans les océans du Sud.
« 8° Le caractère général de la faune profonde se rapproche plus particulièrement de celui de la faune improfonde des hautes latitudes septentrionales et méridionales. Le motif doit en être attribué à la ‘à similitude des conditions de température. »
4 L’être est si intimement relié au milieu qu’il habite qu’il peut être À À considéré comme un instrument destiné à le mesurer, instrument É très sensible quoique, par malheur, il possède deux graves défauts. Il ne renseigne que sur l’ensemble des conditions ambiantes ; il ne donne qu'une indication totale, trop souvent vague à cause de sa généralité même qui gêne pour faire la part de telle ou telle influence ë. particulière. En second lieu, il est insuffisamment gradué, car il ne 4 porte, en quelque sorte, que trois divisions : l’absence lorsque les ÿ conditions sont nettement défavorables, la rareté des individus ou \ leur état chétif quand elles ne sont qu’à demi favorables et enfin leur - abondance quand elles sont très favorables. Néanmoins quelles | qu’elles soient, les indications fournies sont précieuses : elles racontent l’histoire actuelle de l’être vivant et, transportées par analogie dans le passé, elles éclairent d’une vive lueur les condi- L. tions de ce passé. ; à L'école naturaliste du commencement du siècle dernier et de la È fin du précédent ne mérite pas le dédain que trop de gens affectent de lui témoigner aujourd’hui. Heureusement, en science et dans
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le reste, les modes viennent, règnent, passent et reviennent. Autrefois, on ne se bornait pas à disséquer un être, on n’observait pas que des organes, on étudiait aussi des mœurs ; on ne voyait pas que l’animal mort, on le regardait aussi agissant, pensant, jouant dans la nature le rôle pour lequel il a été créé, disent les uns, qui l’a créé, disent les autres, mais en tous cas qu'il accomplit parce qu'il est vivant, rôle qui n’est jamais secondaire et qui, surtout, n’est pas à la mesure de son corps car, dans l’économie de la terre, les véritables géants sont les infiniment petits. Qu'est-ce que le corps au prix de l’action ? C’est un court horizon que celui qui a pour limites les bords d’une table de dissection. La théorie zoologique qui a le plus agité le monde scientifique, celle de la lutte pour la vie, n’est après tout qu’une étude de mœurs, et Darwin n’a pas dù user beaucoup de scalpels pour l’établir.
On n’a pas tiré suffisamment parti des fossiles enfouis dans les couches géologiques. Se borner à compter des côtes, des protubérances ou des nervures, à donner des noms, à faire et à défaire des espèces, à énumérer toutes celles qui se rencontrent dans telle ou telle couche de l'écorce terrestre, est l’œuvre respectable d’un collectionneur patient, mais si l’on ne va pas plus loin, on aurait tort de croire que, la liste achevée, tout est terminé. Cette collection de fossiles récoltée, reconnue, recollée, cataloguée, mise dans des boîtes bleues ou même vertes, la besogne sérieuse va commencer. On possède peut-être une date, il faut maintenant interroger le témoin. L
La comparaison banale d’un fossile à une médaille a grandement nui à la paléontologie; plus d’un parmi les savants, depuis Élie de Baumont en France et Mohr en Allemagne, a cessé de prononcer le nom de cette science qu'il a remplacé par ceux de paléozoologie et de paléobotanique. Il ne s’agit pas d’une vaine question de mots mais de la répudiation de toute une doctrine. La médaille est la simple indication d’une date, parfois d’un fait unique. Un fossile est bien davantage. Il est une date et de plus la preuve d’une foule de faits, l'assurance certaine de toutes les conditions de l’époque et du lieu où il vivait et qui existaient alors parce que lui-même
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existait. On reconnait que certains fossiles sont d’eau douce et d’autres d’eau salée. C’est un commencement. Quand donc admettra-t-on, pour ne nous en tenir qu’à ce qui touche à l’océanographie, que parmi les fossiles marins comme parmi les êtres qui peuplent nos mers actuelles, l’océan dont nos vaisseaux sillonnent la surface, dont les flots viennent mouiller nos pieds quand nous nous promenons sur leurs rivages jonchés de coquilles mortes, il y a des fossiles d’eaux chaudes, d'eaux tempérées et d’eaux froides, d'eaux très salées et d'eaux saumâtres, d'eaux agitées et d'eaux calmes, d'eaux limpides et d’eaux troubles, d'eaux profondes, d’eaux demiprofondes et d’eaux superficielles. Température, densité, salure, profondeur, tout est indiqué par le fossile et mieux encore par l’ensemble des fossiles recueillis au même endroit et dont chacun précise et complète les indications de l’autre. Si on le sait, pourquoi procéder comme si on l'ignorait ; si on le sait mal, que ne cherchet-on à le savoir mieux ? que l’on regarde le présent, il enseignera à la fois le passé et l'avenir.
Certes, la science est trop étendue pour qu’il soit possible à un homme de l’embrasser tout entière, même dans une région limitée comme l’océanographie. Après avoir pris une idée de son ensemble, il convient au véritable curieux de la nature, à l’investigateur ambitieux de sortir des sentiers battus et de lui arracher quelquesuns de ses secrets, de se choisir une spécialité. Mais il est indispensable que les spécialités s’entr’aident et que leurs efforts soient tendus vers le même but. C’est surtout pour la découverte complète de la vérité, qu’il faut avoir recours à l’assistance mutuelle, La connaissance même approximative, pour donner un exemple, de la profondeur à laquelle vivait l’être dont la dépouille vient d’être trouvée dans une couche jadis fond de mer, serait d’une immense utilité pour cette véritable fin de la géologie qui est la reconstitution entière, jusque dans ses moindres détails, de l’histoire de la terre à un moment quelconque de son passé. Pareille évolution s’accomplit dans la science historique humaine. Grâce à des pièces longuement cherchées, élaborées, discutées, à des lettres, à des mémoires, à des documents intimes, livres de raison,