‹ L'océanChapitre 7 sur 76 · LE · texte numérisé non relu

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la mer, il se forme en avant un cordon littoral qui ne tarde pas à | se consolider en constituant une barrière contre les eaux salées, de sorte qu’en arrière se crée une lagune destinée tôt ou tard à dis- ‘A paraître car, rapidement, s’il existe des cours d’eau qui s’y jettent, ou lentement dans le cas inverse, toutes les forces de la nature y \ compris l’homme, vont tendre à la combler. Si parfois une tem- | pête rompt le cordon littoral, la brèche est bientôt réparée, naturellement ou artificiellement. Les courants ralentis déposent leurs vases qui exhaussent le niveau et, surtout dans les régions tropicales, le long des côtes à palétuviers, la végétation contribue aussi | à ce comblement. Tel est le mode de formation des watten de la 4 mer du Nord, précieux terrains de culture lorsqu'on les a asséchés . par des canaux de drainage et qu’on en a garanti l'existence par

la consolidation des digues qui les protègent, des marsches d’Alle-

magne enrichis par les dépôts fluviaux, des fôrden du Schlewig-

Holstein, échancrures étroites, très ramifiées, anciens lacs que la

mer a envahis à la suite d’affaissements du sol, des bodden d’entre

le Mecklembourg et l'Oder, séries d’échancrures et d’îles prove-

nant de ruptures antérieures du terrain.

Les cordons littoraux se transforment en flèches ou nehrung'en comme dans la Baltique ou aux États-Unis. La lagune située en arrière est un haff. Puis il se fait une accumulation de sables et, si les marées sont fortes et la nature du sol peu vaseuse, les larges espaces couverts de sables siliceux se sèchent vite dans l'intervalle de chaque marée, le vent chasse les grains sans cohésion, les amoncelle en arrière et il se produit des dunes comme en Allemagne, au bord de la Baltique et en France sur la côte landaise. Ces dunes voyagent, poussées par le vent et elles engloutissent le terrain sur lequel elles progressent pareilles à de gigantesques vagues. On s'efforce de lutter contre l’envahissement par des semis de gazon de l’espèce appelée gourbet ou oyat et la plantation de forêts de pins. Les végétaux recouvrant le sol protègent le sable par leur feuillage, le retiennent par leurs racines et lentement, grâce au mélange des feuilles qui tombent, y introduisent un élément organique augmentant leur cohésion l’on finit par obtenir

une couche d’humus. Les environs d'Arcachon, travaillés depuis plus d’un siècle, sont maintenant recouverts de forêts qui en outre de leur rôle protecteur, fournissent de grandes quantités de résine.

Lorsqu'un fleuve considérable traversant une région basse se jette dans la mer, surtout si cette dernière est sans marées et sans courants et si le fleuve est limoneux, les grains d’argile transportés se coagulent au contact de l’eau salée, tombent immédiatement au fond et, mélangés au sable poussé par le courant, constituent un delta. Leurs formes sont très variées, mais se rattachent toujours à un même type comme les deltas du Nil, du P6, du Rhône, du Mississipi, du Gange. Si l'apport des troubles est abondant, les marées et les courants faibles quoique existant, on aura une formation intermédiaire entre le delta proprement dit et l’estuaire qui est sa contre-partie et il se fera un delta immergé comme celui de la Mersey. Si la mer est absolument privée de marées et de courants et le fleuve très chargé de sédiments, ceux-ci s’amassent autour de l’embouchure et donnent naissance à une multitude d’iles basses séparées par des canaux comme les limans et les bugors de l'embouchure de la Volga dans la Caspienne, ou les sunderbunds de l'embouchure du Gange. Quelquefois même il se créera des lacs assez vastes comme à l'embouchure du Danube dans la Mer Noire et du Mississipi dans le golfe du Mexique.

Après le rivage et après la plage vient l'océan, cette énorme masse d’eau si grandiose, à la fois si belle et si terrible qu’elle a frappé d’admiration et de terreur sacrée les peuples primitifs qui l'ont connue. Ils ont vu en elle l’image de ce que devait être le monde immédiatement après être sorti du chaos et la demeure des dieux. Chaldéens, Hébreux, Égyptiens, Indous possèdent des

mythes analogues; pour tous, selon les paroles de la Bible, l’es-

prit de Dieu était porté sur les eaux. Aujourd’hui l’océan cache encore bien des mystères, néanmoins il est Connu dans ses traits principaux et la science qu'on en possède, pour être devenue précise, n'en diminue en rien la majesté. Il est la grande officine de vie depuis sa surface jusqu’en ses plus profonds abimes; partout il fourmille d'êtres vivants. Sa grandeur résulte surtout de sa sim-

plicité, de son admirable unité d'autant mieux appréciables qu’on l’examine plus attentivement. Son étude est la véritable introducüon logique à la météorologie qui est l’océanographie de l’air, à la géologie stratigraphique qui est de la paléo-océanographie, à la zoologie qui est, dans sa plus vaste acception, la recherche des lois de l'adaptation des êtres aux conditions du milieu au sein duquel ils vivent.

Chacune des caractéristiques de l’océan sera traitée en détail ; il convient cependant d’en donner dès à présent une notion générale.

L'eau océanique est salée et, soit comme proportion totale, soit comme proportion relative des divers sels contenus, cette salure n’est pas partout identique. En d’autres termes, l’eau de la mer n’est pas de l’eau distillée contenant selon la localité une proportion variable d’un même mélange identique de divers sels. Elle tient en dissolution tous les corps de la chimie parce que tous, quels qu'ils soient, sont plus ou moins solubles. L'analyse y découvre les éléments qu’on s’attendrait le moins à y rencontrer, métaux communs, métaux rares et métaux précieux, aussi bien le fer, le manganèse ou le zinc que l’or et l'argent. Sans cesse en mouvement, elle se vaporise dans l’atmosphère, se résout en pluie, lave et pénètre toute terre et finalement revient par les fleuves à l'océan d’où elle est sortie. Elle a tout touché, s’est emparée de tout ce qu’elle a pu prendre et comme, si faible que soit la quantité dissoute, une fois qu’elle a été amenée au sein de l’océan, elle ne le quitte plus, on conçoit que la mer qui a la masse et presque l'éternité, si l’on est en droit d'employer ce mot pour quelque chose qui est, renferme tous les corps du globe. Le plus répandu, le plus abondant est le sel marin, le chlorure de sodium, résidu de l’épuration primitive de l’atmosphère, des premiers lavages des matériaux terrestres, à l’aurore du monde et depuis, confiné à jamais au sein des eaux marines. On a beau remonter dans la nuit des âges géologiques, aussitôt que la mer a existé, elle a été salée et sa proportion n’en a probablement guère changé, puisque l’on trouve aujourd’hui dans nos mers modernes sur lesquelles flottent

nos navires, certaines coquilles, Discina et autres qui, avec la même forme, foisonnaient déjà dans les mers cambriennes.

Au sein de cette masse liquide s’accomplit sans interruption une série de phénomènes chimiques, physiques et mécaniques dont l'étude détaillée sera ultérieurement reprise. C’est ainsi que la chaleur de l’atmosphère émanant du soleil pénètre à travers les eaux et s’y atténue à mesure qu'elle descend plus profondément. A la surface elle est presque aussi variable que dans l’air qui est immédiatement contigu et dont toutes les variations se répercutent en elle quoique atténuées. Froide l’hiver, la mer est chaude Pété et toutes les alternances de température de l'air y ont comme un écho. La variation du jour à la nuit cesse déjà de se faire sentir à une faible profondeur ; pour trouver la zone insensible aux variations d'été et d’hiver, il faut descendre davantage. Plus bas encore, vers un millier de mètres de profondeur, disparaissent les variations séculaires. Alors commence la zone d’immobilité thermique qui se continue jusqu’au fond et, par une progression lente et régulière, la température devient de plus en plus froide jusqu’à ne posséder que un ou deux degrés au-dessus de zéro, selon la profondeur, même dans les régions tropicales où pendant l’année entière, le soleil darde sur les flots ses rayons brülants. Dans les régions polaires, la surface de la mer se congèle et, qu’elle se forme ou qu'elle disparaisse par fusion, cette épaisse croûte de glace modifie la nature de l’eau restée liquide qui lui est sous-jacente et finit par donner lieu à des phénomènes extrêmement complexes intéressant l'équilibre mécanique de l'océan.

Il en est presque de même de la lumière dont l’action s'arrête à une faible distance de la surface, 200 ou 300 mètres à peime. La pénétration extrême de la lumière sert de limite à la zone d’habitabilité des plantes marines incapables de vivre sans elle. Or, si les plantes ne dépassent pas cette limite, il en est de même des êtres auxquels elles servent de nourriture, les herbivores. Audessous de cette zone jusqu'aux plus profonds abimes, rien que l'obscurité éternelle, une nuit opaque au prix de laquelle la plus sombre de nos nuits serait presque une débauche de lumière. Ces

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