CHAPITRE II
nicatioQ eatre les deux parties du monument; pendant les entr'actes, on fit baisser et lever cet affreux rideau, délassement naïf destiné à rassurer les spectateurs ^
Le spectacle d'ouverture était composé d'un prologue en vers, de Venceslas et de P École des Maris.
A sept heures, la toile se leva sur une décoration « d'un style gothique » destinée à la tragédie, et Perroud, le doyen de l'Odéon, tout de noir vêtu, vint débiter le prologue, compliment d'ouverture un peu long, mais plein d'esprit, dont la première partie surtout, faisant allusion à la création du nouveau théâtre', fut interrompue par de fréquents applaudissements. L'auteur de cette poésie était Casimir Delavigne qui, se réservant pour un début plus important, ne voulut pas être nommé.
M"" Guérin, Eric-Bernard, Victor, David et Provost
furent applaudis dans la tragédie ; dans l'Ecole des Maris, qui finissait le spectacle. M"" Falcoz eut du succès; Samson se fit remarquer dans le rôle effacé d'Ergaste.
La première nouveauté donnée au nouvel Odéon fut, le 23 octobre, les Vêpres siciliennes , tragédie en cinq actes, en vers, de Casimir Delavigne.
C'était un vif sujet de curiosité, qu'une œuvre dramatique du jeune auteur des Messéniennes^ dont les vers venaient d'obtenir un si prodigieux succès.
Un public nombreux et enthousiaste se posta à la
4. La dépense totale fut évaluée à 4,600,000 fr. Les architectes étaient MM. Baraguey et Prévost.
t. a Partagez le champ le plus stérile;
Un seul le négligeait, deux le rendront fertile. »
queue du théâtre, dès trois heures et demie, pour applaudir la première pièce de celui que tous les journaux libéraux appelaient alors « le poète national ».
Il paraissait très difficile à ceux qui avaient réfléchi sur la nature du sujet choisi de faire une tragédie qui pût plaire à des Français avec le spectacle du massacre de leurs ancêtres. — Casimir Deiavigne se lira de cette difficulté avec adresse : il mit en scène ce principe de morale, que les droits de chaque peuple à la liberté et à l'indépendance sont imprescriptibles, et cela si habilement, que la plupart des .spectateurs ne virent plus dans Montlort et ses chevaliers, quoiqu'ils fussent Français, que des Cosaques et des Prussiens, et qu'ils accueillirent avec transport tous les vers qui pouvaient donner matière h une allusion contre eux !
L'énergie soutenue du rôle de Procida, très bien joué par Joanny, un quatrième acte superbe, une scène magnifique au cinquième, des idées de liberté et de patriotisme habilement exprimées, firent du succès des Vêpres siciliennes un événement considérable, presque aussi politique que littéraire, et établirent du premier coup la réputation dramatique de Casimir Deiavigne. Quatre vers, dans lesquels on vit une allusion aux empiétements politiques que se permettait, dit-on, le ministre favori du roi, soulevèrent des tonnerres d'applaudissements :
De quoi droit un ministre avec impunité
Ose-t-il attenter à notre liberté?
Se reposant sur vous des droits du diadème.
Le roi vousa-t-il tait plus roi qu*il n^est lai-même?