CHAPITRE XIV
sa devise; autant vaut dire, ne jamais réussir*.» Avec cela trop en faveur auprès du public pour renoncer en plein succès, à cinquante ans, à Texercice de son art, il crut possible d'être à la fois directeur et acteur. Ce double labeur, excusable seulement dans une ville de pro* vince, était au-dessus de ses forces ; au bout de deux années théâtrales, fatigué, épuisé, il dut, pour cause de santé, abandonner un privilège qu'il avait tant désiré. Sa direction fut plus heureuse que celle de son prédécesseur, puisqu'il eut la bonne fortune de voir sa subvention augmentée sans raison au bout d'un an de /iO,000 francs; cependant elle fut moins active et partant moins utile.
La salle fut restaurée avec goût par M. de Gisors, le prix des places fut diminué. Bocage comprit le premier que le second Théâtre-Français doit être, avant tout, un théâtre à bon marché. 11 y avait aussi un inconvénient dont il avait pu apprécier le danger sous les précédentes directions, c'était l'entr'acte. Le public n'était pas alors aussi calme, aussi indifférent qu'aujourd'hui ; l'étudiant qui va disparaissant, surtout dans son type original, aimait à aller gaminer à l'Odéon ; c'étaient, pendant les entr'actes, des cris d'animaux en fureur, des grêles de flèches en papier, des appels bruyantsde place à place ; ce vacarme se continuait souvent le rideau levé et nuisait à bien des pièces. Pour conjurer ce danger permanent. Bocage créa au foyer du public un musée, pour la grande