CHAPITRE XV. Î
qu^en paroles. Réussite. Vizentini Trère annonça Tauteur en ces termes : « Messieurs, M. Béchard me prie de vous remercier de Thonneur que vous avez bien voulu lui faire d'assister à son premier ouvrage. » (Lemaire, Harville, Roger; M"** l^urentine, Michallet.)
Le i6 décembre. Les Atridbs, tragédie en cinq actes, en vers, par Arthur Ponroy. Chute terrible. Jamais le public de rOdéon ne s*est montré si féroce. Le quatrième acte seul fut écouté un instant, grâce à une jolie scène jouée avec autorité par Randoux et M"^ Frantzia. « Les (( Grecs et les Troyens ne se disputèrent pas avec plus a d'acharnement le cadavre d*Hector, que le parterre, <( divisé en deux camps ennemis, les lambeaux de cette c( tragédie : ils étaient debout poussant des clameurs, « frappant du pied le parquet et les banquettes, soulevant « autour d*eux des nuages de poussière ; leurs bras et (( leurs poings battaient Tair en guise d'étendards et de (( drapeaux ; ils se menaçaient du geste, ils s'attaquaient (( de la voix, ils se dévoraient des yeux, et Taigre cri des a sifflets se mêlait, en jets discordants, à l'ardente sym- « phonie des bravos.
« Le combat, de matériel qu'il était, se convertit en « lutte oratoire : un homme, un héros se dresse soudaic( nement sur les bancs de Torchestre; il est du parti de tt Ponroy : il tient pour les Atrides ; son geste commande tt le silence ; sa voix s'émeut en vives apostrophes ; il « reproche à l'armée sifflante sa fureur aveugle et sa a férocité ; il laltaque sur le point d'honneur ; il s'efforce « de lui faire honte de sa violence : jeunesse des
(c écoles, s*écrie-t-il d*un ton irrité et pathétique, ô jeu- (( nesse! est-ce là ce qu*on devait attendre de vous? Il « dit et se débat héroïquement au milieu d'une immense « clameur ; on voit que c'est un Démosihène convaincu, (( un défenseur tout prêt à mourir pour sa cause ; il ris- « querait sa vie pour Agamemnon ; il se ferait mettre en a pièces pour Egysthe ; il subirait le njartyre, Tépreuve (( du chevalet et de la poix bouillante, pour les vers et « les tragédies de M. Arthur Ponroy. Rare abnégation ! « dévouement magnifique qu'on ne saurait trop célébrer « dans un temps comme le nôtre, où les croyances sont « changeantes et les cultes volages ! Dans le camp opposé « on se tait d'abord : si forte virum quem conspexere si- « lent; puis, du milieu de ce silence d'étonnement, une (( voix sort, et un jeune orateur se lève pour répliquer « aux foudres de l'orchestre ; mais quel orateur et quelle (( voix! une clarinette qui détonne, un matou qu'on (c étrangle, une lame de couteau qui crie sur le marbre, (( un perroquet enrhumé, ont des notes plus moelleuses et c( plus douces : a Sans préjuger le mérite de la pièce ! » n s'écrie le jeune Gicéron,... il disait, et tout à coup une « main ennemie, tombant sur son chapeau, lui donne ce «( qu'on appelle un renfoncement, et l'orateur disparaît c( sous les banquettes, enseveli dans son premier triom- « phe*. »
L'année finit par une soirée non moins mouvementée, le 30 décembre^ avec deux premières représentations :