CHAPITRE XV. î
Cécile Lebrun ou Ma fille est duchesse^ comédiedrame en cinq actes, en prose, d*Âncelot. Le nom de cet académicien d*esprit et de talent suffisait alors pour exaspérer le jeune public de TOdéon. Aussi sa pièce ne futelle pas entendue. Au premier acte, un chant plaintif comme celui d*un accordéon fit frémir la salle et troubla Texposition. Au second, les aboiements d*une meute effaouchée retentirent sans relâche. Au troisième acte, on fit un tel vacarme que Jules Yizentini parut en scène, et, après trois saints dont la grâce et le pittoresque ne se sauraient décrire, dit au parterre : Messieurs, imitez cet Athénien qui disait : « Frappe! mais écoute! » Cette péroraison pleine d*à propos redoubla la gaieté générale. Au quatrième acte, descente du commissaire de police dans le parterre, allocution paternelle de ce magistrat, à la suite de laquelle on expulsa quelques récalcitrants. Le cinquième acte, écouté avec un silence glacial, fut troublé seulement vers la fin par un sextuor de ronfiemenls ironiques. A la chute du rideau, tous les venls sont déchaînés ; Yizentini reparaît pour déclarer que M. Ancelot désire garder Tanonyme \ (Delaunay, Luguet ; M"** Martelleur et Grassau.)
On pouvait craindre que la soirée, commencée si bruyamment, ne se continuât de même ; il n*en fut rien. Le dernier banquet de 1847, comédie-revue avec couplets, en deux actes et trois tableaux, en vers, de Camille
4. On rejoua une seconde fois cette pièce le 5 janvier; elle ne fut guère plus entendue.
Doucet, obtint un très-vif succès. Une revue à TOdéon, et d'un auteur à qui l'on songeait déjà peut-être à TAcadén)ie !
Le bien et le mai se disputent Tannée qui vient d'expirer, afin de décider auquel de ces deuK génies elle doit appartenir. Balsamo Tait défiler, devant le compère Odéon XXII, tous les événements importants de 18^7. Roger représentait Basalmo ; Larochelle imitait, — mal, du reste, — Frédérick-Lemaître dans le Chiffonnier de Paris; Délaunay jouait le rôle d*un homme du peuple qui vante rOdéon et les spectacles à bon marché. Enfin Luguet et M""" Anton ie, flonflon naient comme de simples colonels du Gymnase. La pièce finissait sur ce couplet au public chanté par le fils du directeur, Albert Yizentini, a jeune prodige âgé de sept ans, » disaient les journaux de théâtre. L'excellent musicien, qui Fut plus tard directeur du théâtre de la Gaîté, chantait avec un petit air décidé qui Tut trouvé impayable :