CHAPITRE VIL m
mencé en 1820 peut-elle se terminer soixante ans auparavant? « Qu'est-ce que vous jouez là ? demanda-t-on au vieux comédien • — Mais, messieurs, reprend-il, vous le savez bien; ce sont les Jeux de V amour et du hasard, qui terminent le spectacle. — Eh bien ! et le troisième acte!! le troisième acte ! ! le troisième acte ! ! ! » Les acteurs hésitent un instant, puis s'éloignent sur un vacarme que ceux qui ont suivi certaines représentations du théâtre Taitbout peuvent seuls comprendre aujourd'hui. La scène reste vide un long temps ; enfin, un régisseur s'avance, fait les trois saints et lance cette phrase maladroite : « Messieurs, l'administration, éclairée par l'accueil que vous venez de faire aux deux premiers actes de la pièce nouvelle, a cru donner une preuve de son respect à vos décisions en ne jouant pas le troisième. »
Les cris , les sifflets s'élèvent de tous côtés : (( Se moque-t-on de nous? Le troisième acte! le troisième acte!!!.. » La toile tombe.
Après un nouvel entr'acte, un second régisseur eflaré vient dire que l'administration voudrait faire continuer le Veuf amoureux j mais que M. Vizentini est déshabillé et parti , et que cela est impossible : « Qu'on aille le chercher ! Nous attendrons. » Une demi-heure se passe ; dans la salle on tempête, on casse les banquettes ; dans les coulisses on perd la tête. Pas de Vizentini ! Que faire ? On annonce le plus humblement que l'on peut cette déconvenue aux spectateurs, qui exigent qu'on lise le rôle. M. Arsène remplit cette tâche au milieu de rires et d'applaudissements ironiques s'appliquant à tout ce qui,
dans le texte, peut servir à la circonstance, et le hasard, dans ce cas, est toujours complice des rieurs. Après minuit, le public voulut qu*on lui annonçât le nom de Fauteur. Les régisseurs exténués avaient abandonné la partie. Un malheureux comparse, poussé malgré lui, vint dire d'une voix étranglée par la peur : a 11 désire garder Tanonyme. »
« On devrait toujours commencer par les deuxièmes », disait Harel avec mélancolie. 11 avait raison.
Le d2 mars. — Adriennb Legouvreur , comédie en trois actes, en prose, fut encore une chute le premier soir^ Sujet usé, pièce mal écrite, dit-on, soit; mais à coup sûr public insupportable, car on siffla dès les premières scènes. Lockroy put annoncer cependant les noms de MM. Antony Béraud et Valory (Ch. Mouriez). (Lockroy, Delafosse, Ferville, Stockleit ; M"^ Moreau- Sainti, Ë. Dupuis, Delaltre.)
Le 30 mars. — Stockholm, Fontainebleau et RoHE, grande trilogie dramatique en cinq actes, en vers, avec prologue et épilogue, d'Alex. Dumas.
Après la chute de la Christine de F. Soulié, c'était une grande audace d'aborder sitôt la scène de l'Odéon avec le même sujet; mais l'audace ne manquait pas au débutant*.
4. Il semblait que ce fût un malin plaisir du public de TOdéon de faire tomber tous les ouvrages. Une phrase, un mot suffisait pour provoquer le tumulte et les sifflets. Le découragement s'emparait des gens de lettres, et ce n'était qu'en tremblant qu'on se risquait sur la scène de la rive gauche.
2. Avant d'avoir écrit Henri W, Alexandre Dumas avait présenté