CHAPITRE VII
Cet ouvrage eût peut-être attiré du inonde à l'Odéon sans les préoccupations politiques ; la troisième représentation fut arrêtée par la révolution. Harel, regardant mélancoliquement par Tœil du rideau à la seconde, dit à son régisseur : « On pourrait retourner le proverbe : Point d'argent, point de Suisses. — Ce soir, nous avons plus de Suisses que d'argent. » (Ligier, Lockroy, E. Bernard, Delaistre, Chilly; M"* Falcoz.)
Le lundi 26 juillet^ on avait affiché les Vêpres siciliennes^ mais l'agitation populaire ne permit pas d'ouvrir la salle. L'Odéon, fermé pendant la lutte, rouvrit le 2 août par une représentation au bénéfice des blessés des 27, 28 et 29 juillet. On joua Tartuffe^ et Guillaume Tell. Quel changement en une semaine ! directeur, régisseurs, acteurs, figurants, tous étaient en costumes militaires, tous faisaient partie de la garde nationale. Harel était chef de bataillon; Éric-Bernard, capitaine de grenadiers; Ligier, Lockroy, Delaistre, lieutenants de chasseurs; Dupont et Stockleit, artilleurs; Adolphe Vincent, aide de camp d'un général improvisé pendant les trois jours; les comparses formaient une compagnie sous le commandement de leur chef Blanvallet, ancien sousoQider de la garde impériale. ËnQn, Jean, garçon de théâtre, était tambour ' .
Les femmes n'avaient pas résisté à la contagion.
1. Stockleit, qui jouait Tartuffe, parut entouré de deux fusiliers de la garde nationale qui, au milieu des rires, forcèrent le pauvre homme à crier : Vive la Charte !
2. Joudlin de la Salle, Souvenirs dramatiques [Revue française.)
M"*' Astruc et Delattre devaient commander une compagnie franche, les VésuvienneSj que Lafayette avait promis de passer en revue. Parlait-on de répéter? Impossible : le temps se passait à examiner au foyer la carte de l'Europe, à voir sur quel point on entrerait en Allemagne, si Ton prendrait la Belgique en passant, ou si Ton devait soulever d'abord l'Italie, l'Espagne et le Portugal*. Le matin, le théâlre était un camp; le soir, un café-concert; on levait, on baissait le rideau avec lu Marseillaise; à chaque instant, des députations, drapeau «n tête, entraient dans la salle en chantant la Marseillaise, et si l'on battait la générale, ce qui arrivait souvent, public et acteurs sortaient en masse au chant de la Marseillaise. Pour être prêts au bruit du tambour, les comédiens avaient fmi par jouer en habits de garde nationale ; on vit le comte Almaviva en capitaine de grenadiers, Figaro en artilleur et don Gusman Brid'oison en habit de voltigeur.
La première nouveauté donnée après les trois journées fut, le 13 août, l'Entrée en vacances, comédie en un acte, en prose. On entre, on sort, on chante des couplets patriotiques et autres à la fin ; on fait beaucoup de fautes de grammaire, le parterre ouvre les oreilles, on nomme l'auteur, M. Paulin D (Vizentini,Delafosse; M"*^ Delattre, Georges cadette.)
Le i9 août. — Th. Sauvage, aidé de M. G. Ozanneaux, donne Le Gentiluomme de la Chambre, ou Dix
\ . Jouàlin do la Salle, Souvenirs dramatiques {Revue française,)