‹ L'Odéon: histoire administrative, anecdotique et litte?raire du Second The?atre Franc?aisChapitre 80 sur 221 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Jours aprèSj à-propos-vaudeville en un acle. Cette fois, Épiménide est un vieux gentilhomnae qui s*endort le 26 juillet et qui se réveille quand tout est fini ; sa nièce porte des rubans tricolores , son laquais chante la 3!ar^ seillaise, son brosseur l'appelle « mon ami. » Ferville, en marquis de Tancien régime, bottes molles, ailes de pigeon, étonné, effaré, s'écriant : « Où étions-nous donc, nous autres royalistes? » Tut impayable. (Ë. Bernard, Lockroy, Delafosse, Vizentini; M^ Bérenger.)

Le 28 août. — La première représentation de Jeanne LA Folle, ou la Bretagne au \\v siècle, drame en cinq actes, en prose, de Fontan, fut une vraie fête de famille; le public demanda la Parisienne et la Marseillaise à l'orchestre; quelques spectateurs ayant aperçu Nourrit, l'ont prié de chanter V Hymne de Casimir Delavigne. Monté sur une banquette, un drapeau tricolore à la main, l'excellent chanteur a répondu avec la plus grande complaisance aux désirs exprimés; Beauvallet, qui assistait du balcon à la représentation, dut payer son tribut et réciter ses vers sur la révolution, que l'Ambigu donnait alors tous les soirs *. Enfin E. Bernard, mis aussi à contribution , vint chanter la Marseillaise dans son costume du rôle de Pontarlier, chevalier breton.

Ces intermèdes avaient surexcité le public, déjà bien

4. Â rOdéon, on ne fil point de couplets politiques sur la Révolution; à la Comédie-Française, Samson elMontigny ajoutèrent au vaudeville final du Mariage de Figaro des couplets que chanta Cartigny. A l'Ambigu, Beauvallet et Davesne donnèrent un long morceau de liUérature sur les trois journées. On voit que les comédiens se signalèrent dans cette occasion.

disposé pour Fonlaii ; aussi, après la pièce, son nom fut-il couvert d'applaudissements. Le pauvre homme méritait bien celte compensation. Il venait de passer par de terribles épreuves. C'est une histoire touchante que celle de Fontan qui, selon l'expression caustique de Harel, « avait plus de prison que de talent. » — Le 20 juin 1829, il avait publié dans l'Album^ petit journal périodique, un article intitulé : Le 3foulon enragé j dans lequel il attaquait le roi Charles X. Le journal fut saisi et Fontan poursuivi. Pour prévenir son arrestation, il s'enfuit en Belgique, emportant pour tout bagage son drame commencé et un chat qu'il aiïectionnait. Réfugié à Bruxelles, il en fut chassé par le gouvernement des Pays-Bas, qui lui assigna pour résidence Groningue, dans l'intérieur de la Hollande. 11 adressa une protestation à la chambre des représentants; elle ne fut pas écoutée. A l'occasion du débat qui eut lieu à ce sujet, un député hollandais, taquiné par la muse, composa ce quatrain :

Loin de nous tout rédacteur.

Fontan, malheureux par ta faute, Tu n*as pas touché mon cœur; Tu n*auras pas mon vote.

Fontan, refusant de partir de bonne volonté, fut conduit, les fers aux mains, hors du royaume, à la frontière hanovrienne. Croyant trouver un meilleur accueil en Prusse, il voulut y chercher un asile ; les autorités prussiennes le rejetèrent en Hanovre ; le malheureux, ne sachant que devenir, prit le parti de rentrer en France

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