Mémoires de Fleury
curieux ordinaires, mais toute la Cour, mais les princes du sang, mais les princes de la famille royale semblent s’être donné rendez-vous au faubourg Saint-Germain. Beaumarchais reçoit en une heure quarante lettres de gens de toute espèce qui le sollicitènt pour avoir des billets d’auteur et « lui servir de battoirs ». M ,ne la duchesse de Bourbon envoie, dès onze heures, des valets de pied au guichet attendre la distribution des billets indiquée pour quatre heures seulement. A deux heures, M rae la comtesse d’Ossun est là; M me de Talleyrand paie triple une loge ; des cordons bleus, confondus dans la foule, se coudoient avec des savoyards, afin d’acheter des billets d’amphithéâtre quinze ou vingt fois leur valeur; des femmes de qualité s’enferment dès le matin dans les loges des actrices, y dînent, et se mettent sous leur protection dans l’espoir d’entrer les premières : entre autres, la grosse marquise de Montmorin, dans la loge de Chérubin. On a parlé de trois cents personnes ayant usé de ce stratagème : nous aimons à croire, pour les comédiens nos prédécesseurs, que ce chiffre est exagéré.
La salle prise d’assaut, la garde dispersée, les portes enfoncées, des grilles de fer même brisées, trois malheureux étouffés à l’ouverture des bureaux, des luttes, du bruit, du scandale : Beaumarchais triomphait dans son élément!
La salle fut bondée en un clin d’œil 1 ; aux premières
1 . « A peine la moitié do ceux qui assiégeaient les portes dopuis huit heures du matin a-t-elle pu parvenir à se placer; la plupart entraient par force en jetant leur argent aux portiers. » Grimm, Gazette littéraire.