‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 2)Chapitre 31 sur 218 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

A cette occasion , on trouva dans le vestibule , collé sur le piédestal du Voltaire de Houdon, le quatrain suivant :

« Do Beaumarchais admirez la souplesse.

En bien, en mal, son triomphe est complet :

A l’enfance il donne du lait.

Et du poison à la jeunesse ! »

A la soixante-onzième, le 27 janvier 1785, un autre quatrain, mais plus aimable :

« Pourquoi crier tant haro Sur rétcrnel Figaro ?

Chez nous la Folle journée Doit être au moins d'une année ! »

Ce ne furent pas les seuls vers inspirés par Figaro. Beaumarchais, qui les recueillait avec soin, au bout de six mois en avait fait tout un gros volume richement relié en maroquin pourpre, portant ce titre en lettres d’or : Matériaux pour élever mon piédestal.

Vers la soixante-quatorzième, à la suite d’une polémique ardente élevée tout a coup entre M. Suard, rédacteur du Journal de Paris , et Beaumarchais ‘, ce dernier fut arreté et conduit en prison, non à la Bastille, mais à Saint-Lazare, oii l’on mettait alors les filles perdues et les prêtres libertins. Pendant cet emprisonnement inique, obtenu, dit-on, par Monsieur, comte de Provence, on publia des contrefaçons de la pièce nouvelle, dont la première édition ne parut qu*en mars 4 785, avec la spirituelle préface que l’on sait ! .

<. Voyez Sainte-Bpuve. Lundis , tome VI, page 193.

2. La Folle Journée , in-8°, de LVI et 237 pages. Ruault, Palais-

I/O DÉON.

Relevons, en terminant, une grosse erreur dans les Mémoires de F leu j'y : M. Lafitte, l’auteur de cet ouvrage apocryphe, dit que le Mariage de Figaro fut joué chez la Reine devant le Roi, par la Reine (Suzanne) et le comte d’Artois (Figaro). Il a confondu la Folle journée avec son aîné, le Barbier de Séville , qui fut en eiïet représenté sur le Théâtre du Petit-Trianon, le 19 août 1785, en présence du Roi et de Beaumarchais lui-méme, invité par la Reine, qui joua Rosine. Ce fut la dernière fois que Marie- Antoinette se donna en spectacle; l’infortunée souveraine ne devait remonter sur les planches que pour la sanglante et odieuse tragédie de la place de la Révolution 1 !

L’amour du pittoresque a entraîné M. Lafitte, et après lui M. Deschanel , plus loin qu’ils ne l’ont voulu sans doute; le spectacle inouï d’une reine jouant la comédie, — et quelle comédie ! — : en pleine Affaire du Collier, quatre jours après l’arrestation du cardinal de Rohan, et devant le Roi, qui naguère a interdit la pièce, cela fait bien dans un chapitre *. Ne semble-t-il pas au lecteur voir la frivole Autrichienne jouer avec la hache qui doit la frapper un jour? L’inconséquence de la Cour fut trop grande, en toute cette histoire, pour qu’il faille y ajouter encore.

Royal ; achevé d’iraprimer pour la première fois le 28 février 1785.

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