‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 2)Chapitre 50 sur 218 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Prix retenu dans son lit par un érysipèle à la jambe. » Talma l’interrompt alors : « Messieurs, je vous réponds de M ,ne Vestris; elle jouera, elle vous donnera cette preuve de son patriotisme et de son zèle; on lira le rôle du cardinal, et vous aurez Charles /A'». On acclame ces paroles; la toile est baissée au milieu du bruit. La conduite inqualifiable de Talma met au comble l’indignation des comédiens. Naudet , mis en cause , s’oublie au point de souffleter son adversaire *.

Le spectacle terminé, une partie du public se porte au petit foyer et fait demander les comédiens; ceux-ci étaient allés rendre compte des incidents de la soirée au maire de Paris. C’est encore Naudet qui tient tête aux mécontents; on lui intime l’ordre d’avoir à faire assembler ses collègues le lendemain h la première heure, afin de donner réponse pour midi.

Dès neuf heures du matin, les comédiens décident que, « dans la crainte de servir de prétexte à un tapage dont on paraît chercher l’occasion », ils joueront Charles IX.

La représentation eut lieu , en effet , le juillet ; jyjme Vestris joua, et Grammont-Roselly lut le rôle de Saint-Prix. Talma, redemandé «à grands cris après la tragédie, fut accueilli par une triple salve de bravos. Il y eut bien pendant l’entracte un peu de tumulte, mais la garde rétablit l’ordre en mettant quelques braillards au poste % et la petite pièce put alors s’achever sans encombre.

Un duel au pistolet, sans suites fâcheuses, suivit cet esclandre (22 juillet 1790).

2. Entre autres Danton, qui avait refusé de rester la tôte découverte pendant la représentation et qui fut conduit à l’Hôtel de Ville.

Sentant peser sur lui la responsabilité de la plus grande partie de ces événements déplorables, Talma essaya de se disculper; il écrivit à Mirabeau :

« Je recours à vos bontés, monsieur, pour me justifier des imputations calomnieuses que mes ennemis s’empressent de répandre ; à les entendre , cç n’est pas vous qui avez demandé Charles IX, c’est moi qui ai fait une cabale pour forcer mes camarades à donner cette pièce ; des journalistes vendus affirment au public tout ce que leur malignité leur dicte ; si vous ne me permettez de lui dire la vérité , je resterai chargé d’une accusation dont on espère tirer parti ; je vous supplie donc, monsieur, de me permettre de détromper le public, que cent bouches ennemies s’empressent de prévenir contre moi.

« Talma. »

Juillet 1790 .

Mirabeau répondit: « Oui, certainement, monsieur, vous pouvez dire que c’est moi qui ai demandé Charles tX au nom des députés provençaux, et même que j’ai vivement insisté, vous pouvez le dire, car c’est la vérité, et une vérité dont je m’honore. La sorte de répugnance que MM. les comédiens ont montrée h cet égard, au moins s’il fallait en croire les bruits, était si désobligeante pour le public, et même fondée sur des prétendus motifs si étrangers à leur compétence naturelle, ils sont si peu appelés à décider si un ouvrage légalement représenté est ou n’est pas incendiaire; l’importance qu’ils donnaient, disait-on, à la demande et au refus, était si extraordinaire et si impolitique; enfin, ils m’avaient si précisément dit

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