‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 2)Chapitre 49 sur 218 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

prix plus modérés, etc., etc. % il fallut qu’une partie du public se fâchât contre l’autre pour entendre. Quelques spectateurs ayant demandé « le Discours de Talma ! » Naudet leur répondit que la Comédie ne l’avait pas jugé digne d’être prononcé^omme contraire à ses vues et aux usages habituels. Pendant ce colloque, Talma se disposait à paraître, et l’on dut le retenir, disent les comédiens; Talma nia la chose, mais si l’on pouvait hésiter entre les deux déclarations, ce qui arriva par la suite ne laisserait aucun doute sur les torts du jeune sociétaire à l’égard de ses collègues, torts qui eurent des conséquences déplorables et qui faillirent désorganiser la Comédie-Française.

A l’époque de la fête de la Fédération, les députés ayant demandé une représentation de la tragédie patriotique 2 , Chénier écrivit au comité pour que sa pièce , qui n’avait pas été jouée depuis plus d’un mois, fut reprise. Les comédiens répondirent : « Votre pièce, que vous avez retirée, est dans le cas de l’article 22 des règlements adoptés par vous-même, et elle a droit à une reprise dans le temps dont vous conviendrez avec la Comédie... Nous

vous avons dit que nous ne serions libres de reprendre

cette tragédie qu’après les autres pièces qui sont dans le même cas, et dont le rang de reprise est fixé avant la reprise de la vôtre. » (15 juillet).

Danton, au nom du district des Cordeliers, Mirabeau,

•1. Lire le discours de Naudet dans Étienne et Martainville, t. I, pp. 95-96, et le n° 405 du Moniteur.

2. Chénier avait dédié sa pièce à la Nation française : « C’est, disaitil, l’œuvre d’un homme libre à une nation devenue libre. »

au nom de « ses bons Provençaux », demandèrent une représentation de Charles IX. Les comédiens, qui venaient de décider La Rive à rentrer et qui avaient arrêté le répertoire de façon à se passer de Talma, répondirent par un refus.

C’était s’attaquer à forte partie : déjà Beaumarchais avait appris à ses dépens qu’il ne fallait point s’attaquer à un adversaire tel que Mirabeau.

Le 21 juillet, on jouait , « pour les fédérés provençaux », Alzire et le Réveil d' Épiménide. La tragédie finie, on allait commencer la petite pièce, lorsque la buraliste vint avertir que le domestique de M. de Chénier avait pris en trois fois pour 96 livres de billets de parterre « pour une noce », disait-il, et qu’elle croyait à du bruit dans la salle.

Les comédiens chargèrent Naudet, au cas ou le public « aidé » réclamerait Charles IX , de lui annoncer la maladie de Saint-Prix et une indisposition de M me Vestris.

Les trois coups sont frappés, le parterre s’agite tu-

multueuseinent , la toile se lève pour le Réveil d'Epiménide. Talma (d’Harcourt), Naudet (Ariste) et M ,Ie Lange (Joséphine, rôle créé par M mo Petit) sont en scène. Des cris s’élèvent et empêchent d’entendre les premiers mots; un M. Sarrazin , membre de la fédération, sollicite le silence et se met à lire la demande de Charles IX, qu’il avait préparée. On applaudit. Naudet s’avance : « Messieurs! vous ne pouvez douter que la Comédie ne soit toujours empressée à saisir l’occasion de faire ce qui pourra vous être agréable, mais il lui est impossible de jouer Charles IX, M'" e Vestris étant malade et M. Saint-

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