CHAPITRE VII
L’Ami des Lois. — Arrêté (le la Commune interdisant la pièce comme contre-révolutionnaire. — Le maire Chambon et le général Santerrc. — La Convention casse l’arrêté de la Commune. — Nouvel arrêté du Conseil général. — Discours de Dazincourt. — Tumulte à la Comédie. — L’auteur décrété d’accusation.
Charles IX avait été l’œuvre d’un homme de parti. L’Ami des Lois, comédie en cinq actes et en vers, représentée avec un éclatant succès le 2 janvier 1793, fut celle d’un homme de cœur.
Dans cette pièce, composée avec précipitation comme toute pièce de circonstance, Jean- Louis Laya 1 osait traîner sur la scène et livrer à l’indignation publique les anarchistes et les terroristes, au moment meme où ils frappaient la royauté.
Pour démasquer ces « faux monnayeurs en patriotisme » et flétrir ces nouveaux « tartuffes de la politique », comme il les appelle, il s’inspira de Molière : l’éloquence virile du Cléante de l' Imposteur, l’honnête persiflage du Clitandre des Femmes savantes , servirent
1. Né en 1761, à Paris, d’une famille originaire d’Espagne, il fut membre de l’Académie française et mourut en août 1833. Léon Laya, l’auteur du Duc Job, était l’un de ses ûls.
de modèles à certaines tirades de son Forlis, l'Ami des Lois y le Nomophile.
Le Théâtre de la Nation, fort mal noté déjà auprès du parti jacobin, était observé de très-près par la Commune , qui reconnut dans Nomophage et Duricrâne, Robespierre et Marat. S’attaquer à ces deux personnages, c était risquer sa tète ; le jeune auteur le savait, et n’hésita pas*.
Le premier jour, ce fut comme pour la Folle journée : un nombre considérable de curieux s’était rendu la veille aux portes du Théâtre de la Nation et y avait passé la nuit; dès midi, on lit queue aux bureaux et les billets furent mis à l’enchère.
Le succès fut très-grand, surtout pour Fleury (Forlis) et Larochelle (Duricrâne) ; on bissa le portrait des faux patriotes ;
« Patriotes! ce titre et saint et respecté A forco do vertus veut être mérité.
Patriotes !! Eh quoi ! ces poltrons intrépides,
Du fond d’un cabinet prêchant les homicides?
Ces Solons nés d’hier, enfants réformateurs,
Qui, rédigeant en lois leurs rêves destructeurs.
4. Voici les vers adressés à Laya par M m * Dufresnoy à l'occasion do sa pièce :
« Au sein de ces horreurs dont les sanglants récits De nos fils à jamais glaceront les esprits,
Votre voix éloquento et sage,
De votre àme empruntant son dangereux courage,
Essayait do porter au fond de chaque cœur Ce salutaire effroi qui tient lieu de valeur :
Vos vers, en l’illustrant, exposaient votre viol »
(Le Retour, élégie).
Pour so lo partager voudraient mettre à la gène Cet immense pays rétréci comme Athène?
Ah ! no confondez pas le cœur si différent Du libre citoyen, do l’esclave tyran.
L’un n’est point patriote et vise à le paraître :
L’autre tout bonnement se contente do l’ôtre.
Le mien n’honore point, comme vos messieurs fout,
Les sentiments du cœur de son mépris profond.
L’étude, selon lui, des vertus domestiques.
Est notre premier pas vers les vertus civiques.
Il croit qu’ayant des mœurs, étant homme de bien,
Bon parent, on peut être alors bon citoyen.
Compatissant aux maux de tous tant que nous sommes, * Il no voit qu’à regret couler lo sang des hommes,
Et, du bonheur public posant les fondements,
Dans lo bonheur privé cherche scs éléments.
Voilà le patriote : il a tout mon hommage....
Vos messieurs ne sont pas formés à cette image *. »
Toutes les nuances d’opinion applaudirent a celte protestation contre les hommes de violence. Heureux d’entendre ce qu’ils n’osaient dire, les honnêtes gens accouraient saluer leurs plus secrètes pensées reproduites avec courage sur la scène. Quelques « patriotes » essayèrent de tenir tète au public, ils furent hués et réduits au silence.
Dazincourt, Saint-Prix (Nomophage), Saint-Fai, Vanhove, Dupont, Dunant et M n,c Suin partagèrent le triomphe de l’auteur qui, demandé à chaque représentation, se rendait après la pièce aux vœux d’un public enthousiaste.
. Des voix favorables h Louis XVI s’étant fait entendre à l’occasion de l'Ami des Lois , la pièce, accusée de servir de prétexte de réunion à tous les conspirateurs, fut, après