‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 2)Chapitre 84 sur 218 · LE SAUVEUR DE LA COMÉDIE · texte numérisé non relu

LE SAUVEUR DE LA COMÉDIE

Né à Paris en 1768, fils d’un pauvre chevalier de Saint-Louis, Charles de la Bussière fut d’abord cadet au régiment de Savoie-Carignan, puis humble artiste d’un humble théâtre d’élèves : il jouait avec succès les niais et les bas-comiques, les Jocrisse et les Hicco, au théâtre Mareux de la rue Saint-Antoine 1 .

A la Révolution, motionnaire, alarmiste, ennemi déclaré des Jacobins, il brise les bustes de Le Pelletier et Marat, placés aux deux côtés de son petit théâtre, puis entre comme employé au Comité de salut public.

Le 1 er floréal an II, il est commis-expéditionnaire au bureau des Détenus (division de la correspondance), où il a pour chef central M. Fabien Pillet, l’homme de lettres. Il se dégoûte bientôt de son emploi. Cependant, sur le conseil de ses amis, et peut-être songeant déjà au bien qu’il pourra faire, il entre, en qualité de secrétaire-

1. Au fond d’uno cour, n° 46 (au coin do la rue Tiron), petit spectacle bourgeois, où s’assemblait la plus brillante société. Mareux, le propriétaire, louait la salle ù des amateurs-sociétaires, parmi lesquels Picard, le futur directeur do l’Odéon, s’essaya vers 4783, dans les valets et les manteaux, à côté de Duclos qui jouait les grandes livrées, de Mandron et autres.

enregistreur, au bureau des Pièces accusatives, où lui sont confiés les registres des détenus.

C’est en remplissant ces fonctions qu’il eut le bonheur de sauver non-seulement les comédiens condamnés, mais encore, dans l’espace de trois mois et demi, le total énorme de 1,1 53 prisonniers, parmi lesquels la duchesse de Duras, l’ex-maréchal de Ségur, M l,e de Sombreuil, M mc de Luxembourg, MM. Talleyrand- Périgord et de La Rochefoucauld, la famille de Luynes, M. et M ,ne de Praslin, etc.

Il faut lire, dans un petit ouvrage devenu rare et rempli de détails curieux : Charles ou Mémoires historiques de M . de La Bussière , ex-employé au Comité de salut public* , le récit des moyens qu’il employa pour faire disparaître les pièces accusatrices.

Le bureau de La Bussière était au château des Tuileries, dans l’aile du pavillon de Flore, au deuxième étage. Lorsqu’il avait retiré des dossiers les pièces des détenus qu’il désirait sauver, il les mettait à part dans son tiroir fermé à clef, et déposait dans le carton fatal celles qu’il lui était impossible de soustraire; car il fallait qu’on y en trouvât, sinon La Bussière était découvert et sa tête tombait avec celles qu’il avait tâché de sauver. Tous les trois à quatre jours, selon le volume des liasses, il se rendait au Comité de salut public vers une heure du matin, au moment où les membres de ce comité étaient

4. « Servant de suite à l’ Histoire de la Révolution française , avec des notes sur les événements extraordinaires arrivés sous le règne des Décemvirs . » Rédigés par M. Liénart, jurisconsulte; à Paris, chez Marchand, quatre volumes in-42 avec gravures, 4803-1804.

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