‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 3)Chapitre 173 sur 204 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

1815. — Obsèques de M^^^ Raucourt : le scandale de l'église Saint- Roch. — Le Théâtre de l'Impératrice pendant les Cent-Jours. — Les Comédiens en société. — L'opéra-buffa quitte la rive gauche. — Picard rentre à l'Odéon comme directeur — 1816. Fête de l'Odéon. Le Chevalier de Canolle, le Chemin de Fontainebleau. — Les Deux Philibert. — 1818. Second incendie.

Année 1815.

Les événements politiques permettent encore au théâtre de l'Odéon, qui va reprendre pendant les Gent- Jours le titre de Théâtre de l'Impératrice, de donner dix-sept nouveautés.

Un regrettable événement, que nous ne pouvons passer sous silence, devança la première. Nous voulons parler des obsèques de M'^' Raucourt, qui eurent lieu le 17 janvier et furent cause d'un grand scandale. On ferma les portes de Saint- Roch à la tragédienne^ comme on avait fait en l'an YIII à M''' Ghameroy, danseuse de l'Opéra, comme sous Louis XV on avait refusé la sépulture chrétienne à l'illustre Adrienne Lecouvreur. Le corps dut s'arrêter à la grille de la rue. Les amis de la défunte* parlementèrent vainement, le curé ne voulut rien entendre. La foule s'amassait cependant ; les têtes s'exaltaient :

en un instant, les rues environnantes se remplirent de monde, malgré les efforts de la police et des détachements de mousquetaires de la maison du roi envoyés pour rétablir l'ordre. « Le curé a la lanterne! «criait-on déjà Devant ce refus du clergé, on dut envoyer une députation jusqu'au roi. Huet, de l' Opéra-Comique, fut reçu et exposa la cause du désordre. « C'est bien fait , c'est une comédienne! )) dit un vieux chambellan. Louis XVIII, ne voulant pas refuser à la tragédienne qu'il avait applaudie l'aumône de quelques prières % envoya son chapelain à Saint-Roch.

Les portes sont ouvertes par le colonel Moncey, le chef de bataillon Friant, le général Roguet et le commandant Courége. Huet, Gavaudan et Monrose portent le cercueil jusque dans le chœur, les cierges sont allumés par un capitaine, et l'aumônier du roi officie. La foule se calme, et la dépouille de la reine tragique sort de l'église, « accompagnée par des milliers de personnes, qui ignoraient certainement le matin le nom de celle qu'ils accompagnaient et acclamaient le soir ».

Le 26 janvier, pour un bénéfice d'acteur : Amélie ou l'Héritage mystérieux drame en quatre actes, en prose, sujet emprunté à Kotzebue par Merville, ex-acteur de rOdéon , n'eut qu'un succès très-contesté , et les Rivaux ou le Prix au mérite j, comédie en un acte, en prose, du même auteur, qu'un demi-succès.

Le ili février, au bénéfice et pour la retraite de

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