‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 3)Chapitre 39 sur 204 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Charles IX ou l'École des Rois. — Opinion de Bailly sur l'opporlunité de cette tragédie. — Querelles de vanités et d'opinions. — Correspondance entre Talma, Mirabeau et les comédiens. — Reprise imposée. — Talma exclu de lu comédie. — La municipalité et les sociétaires. — Rentrée de ïalma, par ordre. — Scission de 179 1.

Le premier grand succès que nous ayons h enregistrer et à comparer à celui de cette œuvre hardie, légère, étincelante, qui a nom le Mariage de Figaro^ fut :

Charles IX, ou YEcole des Rois, tragédie en cinq actes et en vers, de Marie-Joseph de Chénier. Cette pièce, véritable pomme de discorde jetée dans la Comédie, est de celles qui ont une histoire et méritent un chapitre spécial.

Quoi que dise l'auteur S il est évident que sa tragédie, faite depuis près de deux ans et reçue par les comédiens en juillet 1788, fut remaniée sous l'empire des derniers événements : témoin son sous-titre et les vers dits à la scène première de l'acte III par le chancelier de l'HôpitaP; nous ajouterons même qu'elle dut sa vogue en grande partie à ses remaniements.

\. Voir la 1''^ édition de Charles IXj discours préliminaire. 2. « Quel exemple aux mortels qui portent lu couronne Laissons faire le temps; à la grandeur du trune

Bien avant la représentation, les amis de la royauté, gentilshommes de la Chambre, auteurs ou acteurs ayant eu connaissance de l'œuvre nouvelle, se demandaient tout haut et avec inquiétude s'il n'y avait pas un danger sérieux pour le pouvoir et la religion à montrer un roi de France poussé par ses conseillers au plus effroyable des crimes, celui de tirer sur son peuple, et à mettre en scène un cardinal autorisant le meurtre et prônant l'inquisition à l'heure où la Bastille écroulée indiquait qu'une terrible Révolution commençait. Ces craintes, — très-légitimes, on en conviendra, — répétées et commentées, irritaient Chénier et ses partisans. Le moyen, en effet, de faire admettre ces raisons toutes de convenance poHtique à un auteur qui voit approcher l'heure de sa première, à un comédien qui, comme Talma, se sent enfin après deux ans de patience et d'impatience en possession d'un rôle digne de lui ?

Au mois d'août, le public ayant demandé à plusieurs reprises la tragédie de Chénier, les comédiens profitèrent de cette réclamation pour solliciter du maire de Paris, Bailly, l'autorisation d'en donner la représentation : « Je sais ce que signifie cette demande du public, leur répon-

On verra succéder la grandeur de l'État. /

Le peuple tout à coup reprenant son éclat

Et des longs préjugés terrassant l'imposture

Réclamera les droits fondés par la nature;

Son bonheur renaîtra du sein de ses malheurs !

Ces murs baignés sans cesse et de sang et de pleurs,

Ces tombeaux des vivants, ces Bastilles affreuses,

S'écrouleront alors sous des mains généreuses ! »

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