Voyez Bailly. Mémoires, 3 volumes in
2. « Le jour de la première, on m'avertit que je serais sifflé, et, qui pis est, égorgé. Beaucoup de gens au parquet avaient des pistolets dans leurs poches; un homme eut la bêtise et la méchanceté d'aller dire à M'"'^ Vestris qu'on tirerait sur elle et sur le cardinal aussitôt qu'ils paraîtraient. (Notes de Charles IX).
rôle de Charles IX pour prendre celui de Henri de Navarre, qu'il trouvait plus sympathique, dut regretter bien amèrement son choix devant l'éclatant succès de son jeune camarade. ' '
L'enthousiasme qu'excitait .l'œuvre nouvelle chez les amis de la Révolution peut seul donner la mesure de l'indignation qu'elle excitait chez ses ennemis. Palissot , qui faisait autorité alors, déclara Charles IX « la première tragédie nationale ^ ». Quelques districts allèrent jusqu'à voter une couronne civique à l'auteur.
Non-seulement ce fut un succès de poëte et d'acteurs, mais encore un succès d'argent, chose rare à cette heure, où les événements de la tribune et de la rue absorbaient uniquement laP curiosité publique; à la vingt -quatrième, on refusa du monde, et la recette dépassa 4,200 livres \
La politique n'était pas sans exercer son influence derrière le rideau. La Comédie, comme l'Assemblée, avait son côté gauche et son côté droit; ce dernier était la majorité. Comblés, pour la plupart, des faveurs et des pensions de la cour, véritables sujets des gentilshommes de la chambre , attachés par la reconnaissance et l'amitié aux hommes et aux choses que sapait la nouvelle révolution, les comédiens n'aimaient guère une pièce qui, en élevant trop haut l'ambitieux Talma, irritait encore leurs puis-
1. Voir sa lettre au Journal de Paris du 16 novembre 1789, et un article du Mercure de France du 28 novembre. Il fit, de plus, une petite pièce intitulée la Critique de Charles IX.
2. 13 janvier 1790. C'est surtout au Charles IX Q\émev que peut s'appliquer le mot de Victor Hugo : Le théâtre est une tribune!
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sants protecteurs ; aussi, malgré les intérêts do leur caisse, n'attendaient-ils qu'une occasion pour interrompre Charles IX, devenu la source continuelle de fjuerelles de vanités ou d'opinions.
Cette occasion sembla leur être oiïerte à propos d(î la vingt -cinquième représentation, annoncée au profit des pauvres. Cette soirée, insuffisamment préparée, aiïlchée le matin seulement, ne produisit que J,700 livres. Les ennemis de l'auteur proclamèrent qu'enfin la fameuse tragédie patriotique avait dit son dernier mot. Ghénier, irrité, écrit * aux. comédiens qu'il retire sa pièce et ne la rendra que pour une deuxième représentation au profit des pauvres, mieux annoncée cette fois. Les comédiens prennent acte de la lettre de Chénier, et, tout en regrettant, dans une lettre fort digne (publiée au Journal de Paris) , qu'il s'érigeât en directeur de leurs bienfaits, ils annoncent la vingt-septième de Charles IX, Cette soirée produisit 4,660 livres. Malgré ce chiffre éloquent, on ne donna plus, en deux mois, que cinq représentations de la pièce.
Un nouvel incident acheva de brouiller tout à fait Chénier et ïalma avec la Comédie.
On sait qu'il était d'usage alors qu'à chaque clôture ou réouverture du théâtre, un sociétaire, le dernier reçu généralement , vînt expliquer au public , en quelques phrases respectueuses, les projets de la Société. ïalma, nouvellement élu, devait faire le compliment habituel.
1. Voir sa lettre aux auteurs de la Chronique de Paris dans Étienne et Martainville.
En raison des circonstances, et connaissant ses opinions avancées, le comité lui recommanda , mais inutilement, la plus grande réserve; le zèle réformateur du jeune tragédien l'emporta.
(( On m'avait conseillé de ne point parler de la liberté % dit-il; j'avoue que j'aurais craint de faire accuser mes camarades et moi de tiédeur pour la Révolution , si rien n'avait indiqué les sentiments patriotiques qui nous animent » . En conséquence , il pria son ami Ghénier de lui composer son Discours; quand il l'eut entre les mains, ! il le porta au maire Bailly, qui l'autorisa. Alors seulement \ il le lut à ses collègues, qui le rejetèrent et l'invitèrent à . en composer un autre : <( Non, dit-il, je prononcerai celuilà ou point » . Les comédiens chargèrent Naudet de faire le compliment à sa place.
Le lundi 12 avril, jour de la rentrée % des mains inconnues distribuèrent au public quelques exemplaires du discours imprimé de Ghénier ^ A la première page on lisait : « Les comédiens n'ont pas voulu permettre au sieur Talma de prononcer ce qu'on va lire; on leur a rendu les droits de citoyens et ils craignent de parler en citoyens. Quelques personnes de la Comédie sont tourmentées de vapeurs, mais aux grands maux les grands remèdes. »>
Lorsque Naudet vint annoncer que désormais la clôture serait abrogée, qu'on allait faire six cents places à des