CHAPITRE PREMIER
cléments jetés plus bas, — à peu près au carrefour actuel de rOdéon , — pour les faire servir au nouveau monument. Les architectes, craignant, non sans raison, de nouveaux obstacles, accélèrent le moment de la pose de la première pierre, persuadés qu'après cette cérémonie il n'y aura plus à se dédire , et que leur entreprise , protégée par Monsieur, n'échouera plus comme les précédentes.
Le traité définitif conclu avec Machet de Yélye, prêtenom de Monsieur, est ratifié le 40 août suivant par des Lettres Patentes registrées au Parlement le 7 septembre, et dont voici le texte ^ dans ses principales dispositions :
« Parce qu'en même temps qu'il nous a paru plus convenable qu'un monument destiné particulièrement à la conservation et au progrès de la littérature et des beaux-arts dans la capitale et dans notre royaume, et dont la propriété doit nom demeurer ^ fût exécuté sous les ordres du directeur et ordonnateur général de nos bâtiments, arts et manufactures ; nous avons trouvé juste d'adopter différents changements , tant relatifs à la construction, décoration et embellissement de cette salle, qu'à sa situation. Nous avons pensé aussi qu'au lieu de faire construire cette salle dans le bas de l'hôtel de Condé , il était plus convenable de la placer dans la partie la plus voisine du Luxembourg, afin que, plus rapprochée du palais que nous avons donné à notre très -cher et amé frère Monsieur^ pour son habitation et celle de notre trèschère et amée sœur Madame^ elle soit un nouvel agré-
1. Archives nationales, lettres patentes de 1664 à 1790 (X"' 8994- 9086).
ment pour leur habitation, en même temps que pour nos sujets qui, avant d'entrer ou en sortant du spectacle de la Comédie française, auront a proximité une promenade dans les jardins du Luxembourg ; mais pour que cet établissement ne soit pas , dans les circonstances actuelles , h charge à nos finances , nous avons cru devoir écouter les propositions qui nous ont été faites de la part du sieur Pierre-Charles Machet de Vélye, officier du point d'honneur, et G'% de faire faire à ses frais la construction de ladite salle et hôtel de la Comédie française , sous les ordres du sieur comte d'Angivilliers , directeur et ordonnateur général de nos bâtiments , et sous la conduite et d'après les plans et devis des sieurs de Wailly (Charles) et Peyre aîné (Marie-Joseph), par nous approuvés, et de faire tous les frais nécessaires à ce sujet, etc., etc. »
Monsieur prend possession du Luxembourg et pose, en octobre 1780, la première pierre du nouveau monument, qui s'élève aussitôt avec rapidité. Cependant, au mois d'avril 1781 il n'était pas encore absolument décidé si les comédiens viendraient à la salle qu'on leur faisait construire : ils y répugnaient toujours, continuaient de cabaler et de demander la restauration de leur ancien théâtre ^ De son vivant, Le Kain avait été l'adversaire
1. La salle de l'Ancienne-Comédie appartenait aux comédiens, joropriétaires de l'hôtel de la rue des Fossés. En 1768, Louis Charpentier écrivait dans ses Causes de la décadence du théâtre : « Un théâtre bâti par la ville de Paris ferait un ornement de plus à la capitale. La propriété acquise aux comédiens de leur salle de spectacle est la première cause du despotisme qu'ils y exercent dans l'administration intérieure (t. TI, p. 17). »