CHAPITRE VII
« Citoyens! je ne vois que vous, que la loi que vous dictez au nom du peuple, et je me sens plus libre et plus grand en lui soumettant ma volonté, que ces misérables esclaves qui prêchent la désobéissance à vos décrets ^ »
L'un des secrétaires de l'Assemblée lit à la Convention cette éloquente réclamation de Laya. Le député Kersaint présente un rapport demandant l'ordre du jour, motivé sur ce qu'il n'existe point de loi qui autorise la municipalité à violer la liberté des théâtres.
Voici le texte du décret rendu par la Convention sous la présidence de Yergniaud :
«La Convention nationale,
(( Sur la lecture donnée d'une lettre du maire de Paris, qui annonce qu'il y a un rassemblement autour de la salle du Théâtre de la Nation qui demande que la Convention nationale prenne en considération une députation dont le peuple attend l'effet avec impatience, et dont l'objet est d'obtenir une décision favorable , afin que la pièce de VAmi des lois soit représentée nonobstant l'arrêté du Corps municipal de Paris, qui en défend la représentation ;
Qui punit les brigands ne s'en rend pas complice. Ce peuple — je dis plus — des fautes qu'il consent, Des excès qu'il commet est encore innocent. 11 faut tromper son bras avant qu'il serve au crime; Revenu de l'erreur, il pleure sa victime ! »
\ . Les mômes idées sont exprimées dans la préface de la première édition deVAmi des Loix, imprimée peu après la première représentation.
m L'ODÉON.
« Passe à V ordre du jour^ motivé sur ce qu'il n'y a point de loi qui autorise les corps municipaux à censurer les pièces de théâtre. »
Ce décret, provoqué par Guadet, Pétion et la faction royaliste, éprouva beaucoup d'opposition de la part de la Montagne. On incidenta sur la rédaction après avoir disputé sur le fond. Il fut porté sur-le-champ à la Comédie et lu au public, qui l'accueillit par des tonnerres d'applaudissements et en réclama l'exécution immédiate. Les comédiens donnèrent donc la cinquième représentation de VAini des LoiSj, qui ne fut troublée, jusqu'à une heure du matin, que par le bruit des bravos. Ce devait être la dernière.
Le lendemain 13, on donnait Sémiramis et la Matinée d'une jolie femme. Entre les deux pièces, le public demande l'œuvre de Laya. Dazincourt s'empresse de venir l'annoncer pour le lendemain. Mais sur l'invitation du pouvoir exécutif provisoire, on dut afficher, au lieu de la sixième de V Ami des Lois ^ V Avare et le Médecin malgré lui,
La Commune avait rendu le même jour (H janvier), un arrêté ainsi conçu :
(( Le Conseil général, informé que les comédiens français, au mépris de l'arrêté général qui suspendait la représentation de VAmi des LoiXj, se proposent de la continuer; considérant que le Conseil exécutif, qui, dans son arrêté de ce jour \ a enjoint aux directeurs des différents
1 . Proclamation du Conseil exécutif provisoire, concernant la représentation des pièces de théâtre, M janvier 1793 (Y Histoire par le théâtre. Th. Muret, 1. 1, p. 316.)