CHAPITRE VU
théâtres d'éviter la représentation des pièces qui, jusqu'à ce jour, ont occasionné quelque trouble, a reconnu sans doute la légitimité des motifs qui ont fait suspendre les représentations de VAmi des Lois;
(( Déclare qu'il persiste dans son précédent arrêté , mande et ordonne au commandant général de prendre toutes les mesures convenables pour assurer son entière exécution. »
Le public, cependant, ne se tenait point pour battu. Le bruit ayant couru qu'on devait donner une représentation de FAmi des LoiSj, dont le produit serait (( destiné aux frais de la guerre » , le parterre renouvela ses instances pour qu'on fixât le jour de cette représentation , couvrit pour la seconde fois Santerre de huées et d'injures, et ne voulut pas laisser commencer V Avare,
Les Comédiens, placés entre le vœu du public et leur soumission aux autorités constituées, chargèrent Dazincourt d'annoncer leur regret de ne pouvoir satisfaire à la demande qui leur était faite. L'excellent comique improvisa cette petite annonce :
(( Citoyens, ce théâtre, le plus ancien et le plus perce sécuté de tous, dont on calomnie même les actes de (( bienfaisance, ne peut être garant que de sa soumission (( à la loi et de son entier dévouement à vos moindres (( désirs. Nous sommes informés que des réclamations « s'élèvent contre la prochaine représentation de VAmi « des Lois. L'emploi que nous avons annoncé du produit « de la recette ne peut laisser aucun doute sur la pureté « de nos intentions; si vous consentez à nous continuer
(( les bontés dont vous nous comblez tous les jours. (( n'exigez pas les représentations dont les suites pource raient nous devenir funestes. »
Le parti des factieux était plus fort que celui des honnêtes gens; les Comédiens ne pouvant contrevenir à une défense formelle et représenter une pièce qui n'était pas affichée, on dut rendre l'argent après beaucoup de bruit et de pourparlers. Des jeunes gens escaladent l'orchestre et se partagent sur la scène la lecture des rôles. LAmi des Lois ne peut être joué; il est lu sur le Théâtre aux acclamations de toute l'assistance. A neuf heures, le public se retire sans incidents fâcheux. Gomme l'avantveille, des troupes et des canons cernaient le Théâtre.
En vain l'auteur dédia-t-il sa pièce aux Représentants de là Nation : décrété d'accusation, mis hors la loi, Laya n'osa plus se montrer à son domicile et ne fut sauvé qu'au 9 thermidor. Danton avait été lié avec lui : lorsqu'il connut le décret qui envoyait son ancien ami en jugement, il se présenta chez M"'' Laya : « Citoyenne, lui dit-il, si ton mari n'a pas d'asile, qu'il en accepte un chez moi, on ne viendra pas l'y chercher ! » Ces paroles font honneur à Danton ; mais peu de temps après, lui-même n'avait pas d'autre asile que la tombe \
L Ami des Lois disparut de l'affiche^ et ne fut repris que le 6 juin 4 795, au théâtre de la rue Feydeau, comme