‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 3)Chapitre 71 sur 204 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

juré la destruction entière du Théâtre de la Nalion. l.e redoutable décemvir lui répondit : « Dans un iDois, il ne sera plus question des Comédiens-Français, ce sont des contre-révolutionnaires trop dangereux; la tete ira ii lechafaud, et la queue sera déportée. Quoiqu'il y en ait de libres maintenant, on saura bien les avoir tous; ainsi, ne m'en parle plus pour ta propre sûreté. »

La tête, c'étaient Dazincourt et Fleury, les deux sœurs Contât, M'"' Raucourt et Lange, considérés comme les ^\\X^ dmigereux ou tout au moins les plus suspects d'attachement à l'ancien régime :

Dazincourt, comme professeur de la reine Marie- Antoinette et directeur de son théâtre particulier ;

Fleury, comme régisseur des spectacles de Trianon et familier des grands seigneurs, Fleury dont la sœur^ Félicité Sainville, avait appris à Vienne l'art de la déclamation à la future épouse de Louis XVI ; M"^ Lange, c'est-à-dire Paméla, la principale complice de la pièce contre-révolutionnaire ; les sœurs Contât, deux patriciennes; Raucourt, une reine tragique, aristocrate et royaliste.

Dans l'espoir de sauver son frère, M'"' Sainville alla trouver Coliot-d'Herbois, dont elle avait été la camarade au théâtre de Bordeaux, mais sa visite ne rappela à l 'excomédien sifflé que des souvenirs peu flatteurs. Elle ne fut pas plus heureuse auprès de Danton et de Robespierre; ce dernier avait appelé le Théâtre de la Nation « le repaire dégoûtant de l'aristocratie de tout genre, l'insulteur de la Révolution ». Lady Mantz et la com-

tesse de X*** s'occupèrent aussi de Fleury, qui refusa de fuir sans ses camarades; il ne voulait pas déserterai

Cependant le printemps était venu; les comédiens furent transférés par trois, en fiacres, des Magdelonnettes à l'ex-couvent de Picpus, prison plus aérée et d'un régime plus doux. Chacun y a sa cellule, et peut y recevoir des visites ; Trouvé, attaché à la partie littéraire du Moniteur^ et qui fit plus tard la tragédie de Pausanias, y partage leur captivité ^

A la fin de mai, la Commission divise les comédiens prisonniers en catégories : les dossiers marqués à l'encre rouge de la lettre R indiquaient que le détenu serait relâché; D, déporté; G, guillotiné.

Six dossiers portaient le G fatal, ceux des six coupables dont nous avons parlé plus haut : Dazincourt et Fleury, M'^'' Louise et Emilie Contât, Raucourt et Lange, désignés nominativement pour marcher les premiers à l'échafaud.

Ce post-scripturn du minutieux Collot à l'accusateur public, Fouquier-Tin ville, devait hâter leur mise en jugement :

(( Le Comité t'envoie, citoyen, les pièces concernant une partie des ci-devant Comédiens-Français, Tu sais, ainsi que tous les patriotes, combien ces gens-là sont contre-révolutionnaires ; tu les mettras en jugement le 13 messidor.

Page 1