Thiers. Histoire de la Révolution fraçaise, t. VII
î Thiers. Révolution française, t. VII, pp. 56-57.
culièrement les salles de spectacles possédaient le buste ^) , le brisèrent et le remplacèrent aussitôt par celui de Rousseau. La police fit de vains efforts pour arrêter cette scène. Des applaudissements universels couvrirent l'action de ces jeunes gens. Des couronnes furent jetées sur le théâtre pour en couronner le buste de Rousseau ; des vers, préparés pour cette circonstance, furent débités. On cria : A bas les terroristes! à bas Marat! à bas le monstre sanguinaire qui demandait 300,000 têtes ! Vive l'auteur d'Emile^ du Contrat social, de la Nouvelle Héloïse ! »
Cette scène se répéta le lendemain dans d'autres spectacles. Aux Halles , on barbouilla de sang le buste de (( l'Ami du peuple » et on le traîna dans la boue. Dans le quartier Montmartre, des enfants firent une espèce de procession avec l'image de celui que, quatre mois auparavant, on avait mis au Panthéon à la place de Mirabeau, et la précipitèrent dans un égout.
Les malheureux comédiens du Théâtre de la Nation , persécutés, ruinés, suspectés, vexés, emprisonnés, assignés depuis 1789, allaient être encore les boucs émissaires de cette inutile réaction. Le Directoire, mécontent de ces tumultes, nota le Théâtre Feydeau comme un repaire d'aristocrates , et n'attendit plus qu'une occasion pour en ordonner la fermeture.
La première nouveauté donnée par le théâtre de la rue Feydeau fut, le 4 mars 1795, Agathine ou la Fille
4 . Od sait que le peintre David reproduisit alors « les traits chéris » de Marat et de Le Pelletier.
naturelle , comédie en cinq actes et en vers , de Lourdet de Santerre, qui n'eut que trois ou quatre représentations (Mole, Fleury, M"* Contât *)•
Elle fut suivie, le 17, du Bon Fermier , petit drame de Ségur jeune, fait historique de circonstance, en un acte et en prose.
Le 28 du même mois, succès de Pausanias % tragédie en cinq actes, en vers, de Trouvé, rédacteur du Moniteur , avec M"' Raucourt, Saint-Prix, Saint-Fal, Naudet et La Rive. Ce dernier joua à la même époque Spartacus. Le vieux Préville reparut aussi à cette date au milieu de ses anciens camarades, dans les cinq rôles du Mercure galant, l'un de ses triomphes. Il avait alors soixantequatorze ans.
Sageret , chargé d'opérer la réunion tant désirée des Comédiens-Français, prit, le 22 avril, la direction de Feydeau, et voulut s'attacher pour cinq ans les artistes qu'il trouvait installés à ce théâtre.
La première nouveauté donnée sous son administration fut, le 23 avril, le Tolérant ou la Tolérance morale et religieuse, comédie en cinq actes et en vers libres de Demoustier, avec MM. Mole, Fleury, Dazincourt, Saint- Fal, M"" Mars et Mézeray dans les principaux rôles. L*auteur fut redemandé et vivement applaudi.
4. Le 23 de ce mois de mars, une lettre de Louise Contai vint disculper Talroa, accusé par Topinion d'avoir été sous la Terreur Tun des persécuteurs du Théâtre de la Nation.
t. C'était, sous une enveloppe antique, le récit de la fameuse journée qui mit fin à la dictature de Robespierre. Peu après, on interdit L'An WoMle Tribunal révolutionnaire , de Ducancel.
Ije 31 mai, une tragédie en cinq actes et en vers de Petitot, PisoN, obtient peu de succès.
Viennent ensuite les reprises de l'Ami des lois (6*) et de Paméla (10*). Ces deux pièces, qui avaient fait tant de tapage et conduit leurs auteurs et leurs interprètes en prison, furent froidement accueUlies, les 6 juin et 5 août, tant les circonstances, et avec elles les idées, avaient changé depuis deux ans !
Le 20 octobre, les Conjectures , comédie-drame en cinq actes et en vers, obtint du succès (La Rochelle) , mais fut cependant retouchée. On la remit plus tard en trois actes, en retranchant deux rôles épisodiques; l'auteur lui-même en jugeait Taclion « faible et presque nulle ^ » .
Le 31 décembre, Myrrha, tragédie en trois actes et en vers de Souriguières *, l'auteur du Réveil du peuple.
Le 5 janvier 1796^ la Marseillaise , exécutée à Feydeau, conformément à un arrêté de la veille ', fut huée, et