‹ L'Odéon: histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 4)Chapitre 62 sur 217 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

L'AMI DBS Lois. — Arrêté de la Commune interdisant la pièce comme contre-réTolutionnaire. — Le maire Chambon et le général Santcrre. — La Convention casse Tarrêté de la Commune. — Nouvel arrêté du Conseil général. — Discours de Dazincourt. — Tumulte h la Comédie. — L'auteur décrété d'accusation.

Charles IX diyzAi été l'œuvre d'un homme de parti. L'Ami des Lois, comédie en cinq actes et en vers, repré^. sentée avec un éclatant succès le 2 janvier 1793, fut celle d'un homme de cœur.

Dans cette pièce, composée avec précipitation comme toute pièce de circonstance, Jean-Louis Laya^ osait traîner sur la scène et livrer à l'indignation publique les anarchistes et les terroristes, au moment même où ils frappaient la royauté.

Pour démasquer ces « faux monnayeurs en patriotisme )) et flétrir ces nouveaux « tartuffes de la politique », comme il les appelle, il s'inspira de' Molière : l'éloquence virile du Cléante de V Imposteur, l'honnête persiflage du Clitandre des Femmes savantes, servirent

4. Né en 4764, à Paris, d'une famille originaire d'Espagne, il fut membre de l'Académie française et mourut en août 4 833. Léon Laya, Fauteur du Duc Job, était Tun do ses dis.

de modèles à certaines tirades de son Forlis, VAmi des LoiSy le Nomophile.

Le Théâtre de la Nation, fort mal noté déjà auprès du parti jacobin, était observé de très-près par la Commune, qui reconnut dans Nomophage et Duricrâne, Robespierre et Marat. S'attaquer à ces deux personnages, c'était risquer sa tête ; le jeune auteur le savait, et n'hésita pas*.

Le premier jour, ce fut comme pour la Folle journée : un nombre considérable de curieux s'était rendu la veille aux portes du Théâtre de la Nation et y avait passé la nuit; dès midi, on Gt queue aux bureaux et les billets furent mis à l'enchère.

Le succès fut très-grand, surtout pour Fleury (Forlis) et Larochelle (Duricrâne) ; on bissa le portrait des faux patriotes :

« Patriotes ! ce titre et saint et respecté A force do vertus veut ôtre mérité.

Patriotes!! Eh quoi! ces poltrons intrépides, Du fond d*un cabinet prêchant les homicides?

Ces Solons nés d*hier, enfants réformateurs, Qui, rédigeant en lois leurs rêves destructeurs,

\ . Voici les vers adressés à Laya par M«« Dufresnoy à l'occasion do sa pièce :

« Au sein do ces horreurs dont les sanglants récits De nos fils k Jamais glaceront les esprits,

Votre voix éloquente et sage.

De votre àmo empruntant son dangereux courage. Essayait do porter au fond do chaque cœur Ce salutaire effroi qui tient lieu de valeur : Vos vers, eu l'illustrant, exposaient votre vie ! »

(Le Retour, élégie).

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