CHAPITRE XII. SU
Le i<2 novembre, Une Aventure suédoise 1 , drame en un acte, en vers, d'Hippolyte Lucas, faillit être compromis par le costume ridicule dont était affublé l'acteur Roussel: dès qu'il paraissait en scène, le rire éclatait avec une telle intensité que le malheureux ne put tenir son sérieux et fit comme le public.
Le iS décembre, M. Camille Doucet obtient un franc succès avec: les Derniers Valets* ou le Baron de Lafleur, comédie en trois actes, en vers : imbroglio amusant, intrigue légère mais ingénieuse, des vers étincelants d'esprit; sorte de pastiche des pièces en honneur au xvin* siècle (L. Monrose, Saint-Léon, Pierron; M 11 ** Berthault, Weiss et Volet) .
Le 24 décembre, La Main droite et la Main gauche, drame en cinq actes, eu prose, de Léon Gozlan, qui abordait pour la première fois le théâtre. Celte pièce, intitulée primitivement : Hélait un roi et une reine, avait été affichée le 9 janvier 18H au théâtre de la Renaissance, sous la direction Anténor Joly, avec Bocage dans le principal rôle; à 5 heures du soir, une bande portant ces mois : Relâche par ordre, fut apposée sur l'affiche, la pièce était interdite; la censure avait pourtant donné son visa, d'où venait cette interdiction imprévue? On dit qu'en haut lieu on avait trouvé cette comédie non seulement dangereuse, mais encore pleine d'allusions blessantes à l'adresse de la reine Victoria, et, par conséquent, de
C'est Hedwige d'Eriestal. {Caractères et portraits de femmes, <836, t. IL)
i. Passe à la Comédie-Française le I" août 1851.
nature à brouiller ia France avec l'Angleterre 1 , etc., etc. Cette interdiction peu justifiée fit un tapage énorme; l'opposition dauba sur le gouvernement qui tremblait ainsi devant une injonction de l'étranger: « Une main mysté- « rieuse alla même jusqu'à gratter les deux premières « lettres du mot relâche, comme dans Lucrèce Borgia, et « l'on put lire sur l'affiche ainsi mutilée : Lâche par « ordre*. »
Léon Gozlan se défendit des pensées que la censure lui prêtait, il changea le titre primitif de son drame, transporta le lieu de l'action en Suède, fit quelques modifications de détails, et l'interdit fut levé 3 . Sur ces entrefaites, le théâtre de la Renaissance ayant dû fermer ses portes, Gozlan porta sa pièce à Lireux, qui l'accueillit à bras ouverts.
Une œuvre à sensation et à allusions probables, Bocage et M"* Dorval dans deux grands rôles, on corn-