‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du second théâtre françaisChapitre 143 sur 221 · CHAPITRE XIV. J · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. J

sa devise; autant vaut dire, ne jamais réussir 1 .» Avec cela trop en faveur auprès du public pour renoncer en plein succès, à cinquante ans, à l'exercice de son art, il crut possible d'être à la fois directeur et acteur. Ce double labeur, excusable seulement dans une ville de province, était au-dessus de ses forces ; au bout de deux années théâtrales, fatigué, épuisé, il dut, pour cause de santé, abandonner un privilège qu'il avait tant désiré. Sa direction fut plus heureuse que celle de son prédécesseur, puisqu'il eut la bonne fortune de voir sa subvention augmentée sans raison au bout d'un an de 40,000 francs; cependant elle fut moins active et partant moins utile.

La salle fut restaurée avec goût par M. de Gisors, le prix des pinces fut diminué. Bocage comprit le premier que le second Théâtre-Français doit être, avant tout, un théâtre à bon marché. 11 y avait aussi un inconvénient dont il avait pu apprécier le danger sous les précédentes directions, c'était l'entr'acte. Le public n'était pas alors aussi calme, aussi indifférent qu'aujourd'hui ; l'étudiant qui va disparaissant, surtout dans son type* original, aimait à aller gaminer à l'Odéon ; c'étaient, pendant les entr'actes, des cris d'animaux en fureur, des grêles de flèches en papier, des appels bruyanlsde place à place ; ce vacarme se continuait souvent le rideau levé et nuisait à bien des pièces. Pour conjurer ce danger permanent, Bocage créa au foyer du public un musée, pour la grande

^ . Édouard Thierry, feuilleton théâtral du Messager.

joie des spectateurs et des habitués. Les plus grands peintres envoyèrent à cette exposition permanente et renouvelable : Delacroix, un Christ crucifié, un Saint Gérome, Hamlet devant le spectre ; Diaz, quelques-uns de ses paysages ensoleillés ; Corot, Charlet, Isabey, C. Roqueplan, Wattier, Ad. Leleux, Court, Th. Fragonard, Chassériau, Jeanron, Dubufle, L. Boulanger, Philippoteaux, Abel de Pujol, Granet, Rosa Bonheur, A. Bonheur, etc. Eugène Sue y donna une Marine et Th. Gautier une Pandore que Jules Janin plaisanta dans les Débats et qu'il appela la déesse Torticoli. Cette peinture « littéraire » fut très vite retirée.

La nouvelle troupe était composée ainsi : Bocage (à tout seigneur, tout honneur); Arnault, lauréat du Conservatoire, comédien très utile dans les traîtres etdans les troisièmes rôles, qui fit plus tard partie de la Gaité, auteur des Cosaques et de quelques mélodrames estimés ; Randoux, dont les débuts avaient été très appréciés; Clément-Just, un Bocage au petit pied, artiste de talent qu'il est regrettable devoir, encore aujourd'hui, errer de théâtre en théâtre ; le père noble Darcourt ; Monjauze, alors jeune premier de comédie, plus tard premier ténor au Théâtre- Lyrique; Honoré Morel, Harville, AiméGibert; Husson, aujourd'hui directeur de province; Dornay, l'auteur-acleur, le Dennery de Belleville ; Montet; l'excellent Roger, qui vient de mourir directeur du Vaudeville, un bon comédien ne manquant ni de comique ni de bonhomie ; Alex. Mauzin, Derosselle, Barré et Jourdain restaient de l'ancienne direction et formaient le quatuor le plusso-

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