CHAPITRE XIV. S
lide de la nouvelle troupe. Près de ces vétérans de l'Odéon venaient Blaisot, aujourd'hui au Gymnase, alors fringant comique; Henry qui, pour se distinguer de son camarade Victor Henry, prit le nom de Vannoy, sous lequel il se fit une réputation a la Porte Saint Martin (direction Marc-Fournier) ; Lueknow, Breton, Hubert, Panseron, Carie Ger main, Pirodon, Ernest (nous en passons, non des meilleurs), et enfin le plus charmant amoureux que la scène ait eu depuis Fleury, l'incomparable interprète de l'Ecole des femmes, du Menteur, du petit marquis du Misanthrope et de tous ces rôles adorables de l'ancien répertoire que personne de longtemps ne jouera comme lui : Delaunay, qui venait de débuter inaperçu au Gymnase dans les Deux Césars et qui se fit rapidement une réputation sur la rive gauche 4 . N'oublions pas : Ancessy, chef d'orchestre de talent ; Léon, régisseur général ; Lachèvre, comique, second régisseur; Nilot, souffleur.
Le sexe faible était représenté par: M lle Araldi, tragédienne douée de belles qualités; M m8 Moreau-Sainti, un peu marquée alors pour les grandes coquettes ; M" c Fitz- James; la charmante M ,u Planât, dite Naptal \ élève de Michelot, touchante comédienne en réputation déjà sous la direction précédente, sans contredit l'étoile fémi-
4. La Comédie-Française eut le bon esprit de s'attacher deux ans d'avance ce charmant comédien, aujourd'hui l'une des gloires de la rue de Richelieu.
2. M u> Naptal épousa son camarade Arnault et quitta avec lui, au bout d'un an. l'Odéon pour lo boulevard du Temple, où elle fut très appréciée.
nine de la troupe de Bocage; M Ue Fernand, une Espagnole de talent, qui eut plus tard aussi son heure de succès; la gentille M" 8 Marthe; M"" Briard, Langershausen, Lévêque, Edith Duffaud, Potel, Meignan, Rivais; Bonval, gaie et aimable soubrette, plus tard sociétaire de la Comédie- Française; M ,nM Neuville, Chaptal, Blonval, Dupont et sa fille, Ancet, Grand'homme, Marie Lambert, Duclos, Dunoyer,Thillèset Pré val. Troupe nombreuse, comme on voit, mais assez mal rétribuée. Tel amoureux touchait cinquante francs par mois; telle forte jeune première,quarante francs. Delaunay, favorisé, gagnait cent francs, mais devait fournir tous ses costumes du répertoire. « De la gloire et du pain » , disait Bocage avec emphase à sesjeunes comédiens ; c'était du pain, mais tout sec !
Le 17 novembre, réouverture avec un prologue à deux personnages, Le Véritable Saint-Genest et Un Bourgeois de Rome. Le prologue obligé, composé cette fois par Théophile Gautier, fut malicieusement spirituel. En voici le passage le plus saillant et le plus applaudi, où l'alexandrin classique et solennel est fréquemment pastiché :
l'es pu it cHAcnin (joué par Derosaelle)-
L'Odéon, qui ne peut ni vivre ni mourir,
N'est jamais plus fermé que lorsqu'il vient d'ouvrir.
lf. directeur (joué par Bocage).
On a fait là-dessus mille plaisanteries, le le sais. . . Il poussait de l'herbe au.\ paieries; Dix-sept variétés de champignons malsains Dans les loges tigraient la mousse des coussins, Une flore complète; — et plus d'un journaliste