‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du second théâtre françaisChapitre 170 sur 221 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

une année sur le modèle de la Comédie-Française avec approbation du minisire et promesse de 60,000 francs de subvention.

Jusqu'au mois de septembre, on voit défiler tour à tour sur la belle scène de la rive gauche, dans des représentations extraordinaires, les chanteurs de l'Opéra, de TOpéra-Comique, les acteurs de l'Ambigu, du théâtre Beaumarchais, des Folies-Nouvelles, et les musiciens hongrois, « habitués aux voyages, » sans augmenter les recettes, hélas î Los plus clairs profits sont encore les relâches, à cause de la subvention ; aussi en fait-on le plus qu'on peut. De temps en temps, la première représentation d'un

4. Voici la liste des sociétaires, avec leur part dans l'exploitation : 4 sociétaires à part entière : L. Monrose, Ballande, Randoux,

Jourdain 4,600 »

2 — à 300 fr. par mois : Darcourt, Léon 600 h

2 — à 250 fr. : M*"» Frantzia et Michallet 500 »

5 — à demi-part : Baptiste, Lemaire, Lachèvre,

Roger; M m, Antheaumo 4,000 »

7 — à 450 fr. : Anselme, L. Bcauvallet, Harville,

Olivier; M mM Dupont mère, Laurentine,

Derouet 4,050 »

2 — à 425 fr. : Larochelle, Osmont 250 »

5 — à 400 fr. : M™' Alberie, Dupont fille, Antonio,

Durey, Letourncur 500 »

Les pensionnaires : Barbier, Husson, Forestier, M* 0 Talini, touchaient 75 fr. par mois. Bellanger, Berlin, Desroches, touchaient 50 fr. A ajouter : 6 choristes, l'orchestre , les employés, le contrôle, soit 3,869 66

Total : frais du mois 9,369 66

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petit acte insignifiant indique que l'Odéon à toute extrémité se cramponne encore à la vie.

En trois mois et demi, du 15 mars au 1 er juillet, les vingtsix sociétaires se partagent au prorata près de h ,000 francs : c'est la misère et la faim, comme on voit; une manne inespérée va permettre heureusement de sortir de cet état pitoyable. Après les terribles journées de juin, les recettes descendirent encore dans tous les théâtres; la faillite, que quelques directeurs avaient conjurée, se montrait menaçante ; l'Assemblée nationale eut souci de cet état. M. Senard, ministre de l'intérieur, demanda à la Chambre des députés une indemnité de 680,000 francs pour venir en aide aux directeurs et artistes parisiens ; celte intelligente et généreuse proposition, appuyée avec la plus grande chaleur par Victor Hugo 1 et Félix Pyat, fut votée à une grande majorité ; sur cette indemnité, les comédiens de l'Odéon touchèrent 45,000 francs ! la joie fut grande dans la petite république de la rive gauche. Le 1 er septembre, les appointements étaient payés, et l'on était tout à fait au pair.

C'était bien d'avoir pu franchir heureusement ces temps difficiles, mais la saison théâtrale commençait ; il fallait mieux. Des spectacles usés, des représentations à

4. « Les théâtres de Paris », dit le grand poète dont on est sûr de trouver le nom dans toutes les généreuses initiatives, « sont pour les « Parisiens, ce peuple éminemment sensible et intelligent, un calmant a efiicace et souverain. Pour ce peuple, qui a tant d'analogie avec le « peuple athénien, les joies de l'intelligence sont un besoin, et un besoin « tellement pressant, qu'on peut dire qu'un attroupement résisterait « difficilement à un spectacle gratis. »

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