‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du second théâtre françaisChapitre 171 sur 221 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

bénéfice, de temps en temps un petit acte sans intérêt ne justifiaient pas suffisamment les 60,000 francs de subvention ; il fallait absolument donner du nouveau, et pour décider les auteurs à franchir les ponts, une direction unique, une administration responsable étaient de première nécessité; le ministre le comprit : Alexandre Mauzin l 9 commissaire du gouvernement depuis le mois de mai 1848, fut mis à la tête des comédiens associés.

Entré en fonctions en juillet, le nouvel administrateur entreprit avec le zèle le plus louable la galvanisation de l'Odéon ; il alla frapper aux portes des plus illustres auteurs dramatiques contemporains et leur offrit jusqu'à 6,000 fr. de prime et un bénéfice sur toute recette dépassant i ,000 francs ; peine perdue. Victor Hugo répondit qu'il <Hait trop absorbé par la politique; Alex. Dumas, à qui il demandait un Faust d'après Goethe, proposa de le faire faire par son fils ; Balzac, pressé d'argent, accepta et commença un Richard Sauvage qui ne se composa jamais que d'un monologue; E. Deschamps seul tira de ses cartons sa traduction de Macbeth, qui sommeillait là depuis près de vingt ans. Cette œuvre intéressante, montée itnmé-

4 . Cet excellent acteur, qui eut l'honneur de créer avec un grand succès le don Salluste de Ruy-Dla$, au théâtre de la Renaissance, avait débute" à la Comédie-Française, en 4830, dans les premiers rôles. Au théâtre de Rouen, à la Porte-Saint-Martin, à l'Ambigu, où il passa tour à tour, il fit remarquer ses hautes qualités dramatiques. De 4837 à 4838, il rentre à la Comédie-Française; nous le retrouvons à l'Odéon de 1842 à 4847. Après avoir été commissaire du gouvernement, avec 5,000 fr. de traitement, de mai 4848 jusqu'en 4853, il fut remplacé à cette époque. Aujourd'hui, le vieux comédien est employé supérieur à la préfecture de la Seine.

diatement et avec un certain éclat, Gt des recettes très honorables pendant deux mois ; ce fut la seule pièce saillante de l'année théâtrale m 8-1849.

Les étranges animaux à conduire que les comédiens ! disait Molière, qui devait bien les connaître ; malheureux on se soutenait, heureux l'on se disputait tous les jours ; le ministre était assailli de réclamations et de plaintes. Quand le privilège d'une année concédé à la société fut expiré ou sur le point de l'être, comme les grenouilles de la fable, les comédiens de l'Odéon demandèrent un roi ; les uns étaient pour Ballande, les autres pour Léon, d'autres pour le père de Rachel qui se présentait aussi ; deux ou trois, mieux avisés, demandaient de continuer en société ; Bocage profita de cette discorde pour poser de nouveau sa candidature. Entre Ballande 1 et lui le ministre n'hésita pas. Le \" avril 1849, la société du second Théâtre- Français avait vécu.

Signalons à l'avoir de cette petite république dramatique que, sous elle, dans des temps sans précédents comme misère, l'Odéon resta ouvert toute l'année. Ainsi en 1848 seulement, on n'eut point cette triste fermeture annuelle qui détruit tous les ans la troupe et le répertoire, et qui fait ressembler l'Odéon, avec ses galeries désertes, à quelque cloître abandonné. Cette innovation et la pièce d'Emile Deschamps, voilà ce qu'il convient d'applaudir sans réserve dans cette période intérimaire.

1 . En mars, Ballande sollicita la direction à ses risques et péril*, avec un apport de 25,000 fr. (Voir son Mémoire, 4 p. in-4°.) — Un arrêté ministériel du 4" avril 1 849 nomma Bocage directeur.

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