CHAPITRE XVII
Théâtre-Français avec 100,000 francs de subvention, sous la condition expresse qu'il ne paraîtrait plus sur les planches.
Pour ne pas faire de clôture trop prolongée, Bocage engagea sur parole, pour deux mois, les comédiens associés et prit, le 1 er avril, la place d'Alexandre Mauzin, qui redevint, comme devant, commissaire du gouvernement.
Cette fois encore, il est difficile de louer le grand acteur de sa direction; s'il monta admirablement une ou deux pièces, il eut le tort d'introduire, hors de propos, la politique dans son administration, de faire représenter sur son beau théâtre des spectacles de mauvais goût, de créer des billets de famille qui permettaient avec vingt sous d'entrer à toutes les places comme dans les théâtres de banlieue, de se passer de son comité de lecture; enfin, de considérer l'Odéon comme un pachalick et son cahier des charges comme une plaisanterie.
A partir du grand succès de François le Chanipi, sa vanité ne connaît plus de bornes; l'Odéon, c'est lui! Il semble ne plus se douter de ce qu'exige la maison qu'il a l'honneur de diriger: il donne des ballets grotesques 1 dans lesquels on voit Lambert Thiboust, alors comédien, faire sa partie; une opérette enfantine, paroles et musique d'Hervé, une fantaisie satirique farcie d'allusions contre le gouvernement.
Un incident tout politique met au comble le mécon-
•I. Le cahier des charges du second Théâtre-Français autorisait les ballets et les opéras -comiques, mais seulement commd faisant corps ave: les pièces.
tentement du ministre et le décide à arrêter enfin les fantaisies de l'autocrate directeur.
Le li mai, pour l'anniversaire de la République, Bocage veut donner une représentation gratuite; le ministre lui en ayant refusé l'autorisation, il passe outre, et, avec des billets imprimés pour la circonstance, distribués dans les ateliers du quartier et jusque dans le jardin du Luxembourg, il emplit sa salle, en ayant soin d'ouvrir les bureaux et d'annoncer, pour la forme, une recelte de Iftl fr. 75; on représenta : Planète et Satellites, François le Champi,et pendant les entr'actes on chanta : la Marseillaise *, le Chant du Départ et les Girondins. Cette représentation, extrêmement bruyante, ne fut pas du goût du commissaire du gouvernement ; il fit au ministre un rapport, à la suite duquel M. Baroche frappa Bocage d'une amende de 2,000 francs. L'allier directeur, en apprenant cette mesure, entra dans une violente colère; il écrivit une lettre tout à fait cavalière à M. Alexandre Mauzin; la réponse ne se fit pas attendre : le 27 juillet, le Moniteur Universel publiait la révocation immédiate du directeur del'Odéon*. On dit alors que, la réaction se dessinant de
1. La claque avait ordre du directeur de demander la Marseillaise tous les soirs.
2. « Considérant que le sieur Bocage a, dans le courant des années « 1849 et 1850, contrairement à l'article 31 de l'arrêté du 10 août 1849, « modifié le prix des billets et des locations à la soirée, sans autorisa- « tion préalable : 1° en distribuant dans Paris des billets, dits de « famille, en nombro considérable et sur la présentation desquels on « était admis à toutes places, moyennant un prix de beaucoup infé- « rieur à celui du bureau ; 2° en délivrant des billets destinés aux « élèves de l'École polytechnique, avec lesquels ils pouvaient aller à