CHAPITRE XVII
jour en jour, M. Baroche fut plus enchanlé de sévir contre le républicain que contre le directeur; la chose est possible, mais il faut convenir que Bocage fut maladroit de donner des armes pour se faire battre.
a toutes places, en payant un franc pour tout droit et amener des dames « et autres personnes de leur connaissance.
« Considérant que, malgré l'avis inséré sur ces billets qu'ils seraient « refusés au contrôle s'ils étaient achetés, plusieurs ont été vendus aux « abords du théâtre, et que, sur le refus fait par les employés du con- « trôle de recevoir ces billets, il s'est élevé des discussions qui ont « troublé l'ordre et nécessité l'intervention des agents de la force « publique.
a Considérant que, malgré le refus qui avait été fait au sieur Bocage a de l'autorisation do donner une représentJtion gratuite dans la soirée « du 4 mai dernier, il a éludé la défense qui lui avait été notifiée en «i faisant distribuer, soit directement, soit par l'intermédiaire de di- « verses personnes, un très grand nombre de billets gratuits pour « cette représentation dans les ateliers du quartier et jusque dans le « jardin du Luxembourg.
« Considérant en outre que le sieur Bocage, dans ses rapports avec « les agents de l'autorité et notamment avec le commissaire du goua vernement et les commissaires de police de son théâtre, a manqué a aux égards et aux bons procédés qui sont un devoir pour tout « citoyen et surtout pour le directeur d'un théâtre subventionné qui « reçoit de l'État aido et protection.
« Considérant enfin qu'il résulte de l'ensemble des faits et du choix « des pièces, de l'impulsion donnée à tous les employés sous ses ordres, « la prouvo que le sieur Bocage a, durant sa gestion, constamment « obéi à un esprit d'hostilité déclarée et employé dans un but poii- • tique les moyens d'action qu'il devait à sa position de directeur « d'une exploitation théâtrale autorisée par l'administration et subven- « tionnée par l'État. Arrête : Les arrêtés des \" avril et 10 août 1849, « qui ont nommé le sieur Bocage directeur du théâtre de l'Odéon, a sont rapportés. Le sieur Bocage cessera ses fonctions à partir de ce « jour. »
Paris, 27 juillet 1850.
Après sa révocation et les ennuis qui suivirent, car il dut payer des indemnités aux acteurs que son successeur ne voulut point réengager et faire un procès au ministère, le vieux comédien reprit sa vie errante d'acteur en représentation : on le vit successivement au théâtre de la Gaité dans le Molière de G. Sand, à la Porte Saint-Martin dans la Claudie du même auteur; au Vaudeville, dans le Marbrier d'Alex. Dumas; Paul Meurice lui confia en 1855 un rôle à travestissements dans Paris, et Paul Foucher l'amiral Bing, dansY Escadre bleue, au Théâtre du Cirque.
Le démon de la direction reprend Bocage, pour son malheur; mal conseillé, il sollicite un privilège, et quel? Celui du théâtre Saint-Marcel, une affreuse petite salle à l'extrémité de Paris, au bord de la Bièvre ; il veut, pure chimère, acclimater la littérature dans ce quartier excentrique. « La poésie rafraîchissante et les infusions de comédies séchées 1 » dont il avait médicamenté l'Odéon attirèrent peu le public de l'endroit, les dernières économies du pauvre homme s'y engloutirent, la faillite menaçait. M. Camille Doucet, alors directeur des théâtres, vint à son secours en priant Larochelle de joindre le théâtre Saint-Marcel à ses théâtres suburbains.
A partir de ce moment, ruiné, malade, le grand acteur n'est plus que l'ombre de lui-môme. Une reprise de la Tour de Xesle au Théâtre de Belleville, concurremment avec celle de la Porte Saint-Martin, remet un instant son nom en lumière; tout Paris courut applaudir sur cette