‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du second théâtre françaisChapitre 181 sur 221 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

petite scène la façon hautaine et superbe dont ce vieillard jouait encore le capitaine Buridan.

En août 1862, au moment où la pioche du démolisseur attaquait ce qu'on appelait alors le boulevard du Crime, celui qui fut une des illustrations de ce coin si vivant et si curieux, terminait sa glorieuse carrière sur un grand succès, les Beaux Messieurs de Bois-doré, de G. Sand et Paul Meurice, qu'il joua plus de cent fois à l'Ambigu et où il fut admirable de puissance et de vérité.

Nous avons dit plus haut que Bocage finit la saison théâtrale avec les comédiens en société ; voici les pièces qui furent représentées pendant ces deux mois:

Le i9 avril, après dix-huit jours de relâche, représentation au bénéfice d'un artiste, trois premières :

io Sans le vouloir ou V Antipathie, comédie en un acte, en prose, de MM. Marc Michel et Ch. Delacour. De l'esprit, de la gaieté. Succès (Anselme, Moreau-Sainti, Olivier ; M— Roger-Solié, Vallée) ;

2° Le Guérilla, drame en trois actes, en prose, de MM. Léonce et Eug. Nus. Scènes de la vie espagnole, de l'intérêt, entente du théâtre, encore un succès (Jourdain, Robert Drouvi lie, Moreau-Sainti; M n,e9 Roger- Solié, Dupont) ;

3° Une Orientale, comédie en deux actes, en vers libres, de MM. Jules Barbier et Faustin (Éd. Poussier), fantaisie macaronique pleine de talent et de verve, qui n'obtint qu'un demi-succès. (L. Monrose, Roger, Harville, Larochelle, Anselme; M Ue * Vallée et Avenel.)

Le 3 mai, La Famille, comédie-drame en cinq acles, en prose, de Moléri. Pièce décousue; quelques jolies scènes furent remarquées et applaudies. (Jourdain, Baptiste, Gaudé, Moreau-Sainti, Anselme, Montet; M mes Roger-Sol ié, Avenel.)

Le /5 mai, Le Bourgeois des Métiers ou le Martyr de la Pairie, drame en cinq actes et dix tableaux, en prose, de Gustave Vaëz 1 . Agneessens, simple tourneur de chaises, à la tele de ses compagnons organise légalement la résistance aux volontés de l'empereur d'Autriche. Dans un moment de réaction, abandonné des siens, il continue seul à réclamer les franchises de Bruxelles. Attiré dans un piège, condamné sur un semblant de procès, il marche au supplice la tête haute, sentant que son martyre aidera à secouer le joug de Kélranger. Voilà, à peu près, la donnée de ce drame intéressant transplanté de Belgique, où il avait été représenté un grand nombre de fois avec le plus grand succès. Les mots : Patrie et Liberté, dont cette pièce était remplie, ne pouvaient laisser indifférent le public de l'Odéon; aussi dans la scène où le peuple révolté criait : « A bas les Autrichiens ! » le parterre s'identifia tellement avec les personnages qu'il répéta ce cri avec eux. Après une scène d'audience dans laquelle on présentait l'amnistie comme le plus sûr moyen de gouvernement, la Marseillaise fut demandée : les acteurs se mirent sur deux files et

h. Cetle pièce de Gustave Van-Nieuwenlmisen, dit Vdëz, avait été représentée h Bruxelles le 29 décembre 1848 et imprimée sous le titre (V Agneessens, dramo national précédé d'un prologue.

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