‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du second théâtre françaisChapitre 197 sur 221 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Le 2 septembre, La Tante Ursule, comédie en deux actes, en prose, de Moléri. Cette pièce n'avait qu'un tort, celui d'être en deux actes; quoique trop longue, elle fut accueillie avec faveur. 2/i représentations. (Kime, Fleuret, Néroud, Benjamin; M"" Grassau, Lafont.)

Le W octobre, Richelieu, drame en cinq acles, en vers, début de M. Félix Peillon. Le défaut des œuvres des « jeunes » est souvent l'imiiation; on trouva que cette pièce était inspirée de la Marion Delorme d'Hugo et de la Diane d'Emile Augier. L'action roule sur une double conspiration : celle de Raoul d'Arqués contre Richelieu et celle de Gaston d'Orléans contre le roi. Succès littéraire complet. Le cinquième acte, excellent de tous points, fut accueilli par des acclamations. D'où vient qu'après un début si brillant Ton n'a plus entendu parler de M. Peillon? (Pierron, Bouchet, Fillion, Kime, Néroud. Ferville; M' ncs Briard, Daubrun, Marie Leroux) 30 représentations.

Le 7 novembre, Les Quatre Coiiss, comédie en un acte, en prose, de Léon Battu. Donnée inspirée du jeu d'enfants : un amoureux, plus adroit que les trois autres, ne laisse point conquérir son coin. Agréable bluette. J 5 représentations. (Télard, Néroud, Harville ; M- Roger-Solié.)

Le 23, Grandeur et décadence de Monsieur Joseph Pruduojime, comédie en cinq actes, en prose, de MM. Henry Monnier et Gustave Vaëz. Dès 1831, avec la Famille improvisée, le personnage de Joseph Prud homme parut sur la scène. Dans les ateliers, où Henry

Monnier était si populaire, dans les caricatures, dans les journaux, on s'était familiarisé avec ce type que l'auteur-acteur personnifiait d'une façon si plaisante et si parfaite. Altaroche avait pu apprécier mieux que personne dans le Charivari combien cette création humoristique était goûtée du public; en la transportant agrandie sur la scène, on avait déjà un grand élément de curiosité, la moitié d'un succès. Quelques mots sur le sujet : Au premier acte, nous sommes avant i8û8, M. Prudhomme est capitaine de la garde nationale. Quel désespoir quand, après la réforme, il apprend que les bonnets à poil sont supprimés! Du moins il en conservera à jamais le souvenir, grâce à l'habile pinceau de M. Marteau, qui l'a peint en pied dans son uniforme, le chef coiffé du fameux et si regretté bonnet. Après la révolution de 1848, M. Prudhomme se retire à la campagne, non pour soigner ses laitues comme Dioclétien, mais pour y planter des choux. L'ambition le saisit encore; au milieu des champs il songe à la dépuiation. On lui fait même accroire qu'il est ministre; cette illusion s'évanouit vite. Les auteurs ont plaqué sur cette donnée simple les mots célèbres de l'élève de Brard et Saint-Omer, professeur d'écriture patenté. Henry Monnier dans le rôle de Prudhomme fut étonnant de fantaisie ; M me Grassau, qui représentait sa femme, M. Télard, la charmante M ,l ° Valérie, MM. Talbot, Boudeville, Métrème, M 11 ' Bilhaut contribuèrent au succès de cette gaie comédie bourgeoise. 98 représentations.

Le 19 décembre y Le Loup dans la Bergerie, comédie

Page 1