‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du second théâtre françaisChapitre 57 sur 221 · La Réunion, journal dos spectacles · texte numérisé non relu

La Réunion, journal dos spectacles

m L'ODÉON.

La représentation, qui dura près de cinq heures, fut des plus orageuses. La façon bourgeoise dont M Ue Charton représentait le personnage d'Êlisabelh, certaines phrases un peu trop romantiques provoquèrent des rires et des sifflets : « Le lutin en cage avec la colombe tombée dans la serre du vautour, la brebis lancée dans la fosse aux loups , le tigre se donnant tout entier, sang et cervelle, etc., etc. »

Amy Robsart, attribué d'abord à Victor Hugo et signé par Paul Foucher, était en réalité de tous les deux. Victor Hugo avait commencé sa pièce en collaboration avec Soumet; la pension de Louis XVIII étant venue le dispenser des spéculations littéraires indignes de son génie, il avait jeté son manuscrit au fond d'un tiroir. En 1828, Paul Foucher, qui sortnit du collège et qui se sentait entraîné vers la littérature dramatique, demanda ce manuscrit à son beau-frère. « Une pièce pareille m'ouvrirait le théâtre, lui dit-il, et m'improviserait un nom! »

— Ma foi, répondit Victor Hugo, je ne regarde pas cela comme une pièce de moi. Fais-en ce que lu voudras, Walter Scott t'appartient autant qu'à moi. »

« Amy liobsart, port,' immédiatement à l'Odéon, fut reçu facilement et distribué aux meilleurs comédiens de l'endroit. M. Eug. Delacroix voulut bien dessiner les costumes. II était convenu que le nom de Victor Hugo ne serait pas prononcé, mais quelques phrases et quelques indiscrétions le trahirent, et le directeur, enchanté, s'empressa de répandre le bruit que le drame était de l'auteur de Cromtcell.ùl. Victor Hugo eut beau s'y pro-

Page 1