MOUCHES VOLANTES
§ 80. Mouches volantes. — On nous demande, et même assez fréquemment, quelle signification doit être attachée aux phénomènes de vision entoptique connus sous le nom de mouches volantes.
Cette question a été récemment fort discutée, et les conclusions auxquelles on est arrivé en différents endroits ne nous ont pas paru exemptes de quelque exagération; les unes en un sens, les autres en un sens opposé. Nous avons, au § 94 de notre Précis de la réfraction, exposé brièvement l'état de la science à cet endroit. Les mouches volantes consistent en de petits corps plus ou moins pâles, ou, au contraire, plus ou moins accusés, qui se meuvent devant les yeux dans des conditions assez ordinairement semblables. Quand la personne qui en est tourmentée porte les yeux sur des surfaces assez étendues et uniformément éclairées, chaque mouvement de l'œil s'accompagne de l'apparition subite dans le champ de la vision de petits chapelets granuleux de la forme de perles grises ou blanchâtres, qui se déplacent avec l'organe ; puis, dès que celui-ci s'arrête, on voit ces petits corpuscules rétrograder, descendre, et revenir vers la position initiale qu'ils occupaient. Très-peu accusés, à peine perceptibles, ils prennent le nom de spectres perlés, qui les peint parfaitement.
Dans cette mesure, ils ne sont que le premier degré d'exagération de conditions physiologiques.
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On peut en effet les faire apparaître dans un œil sain en plaçant devant celui-ci une carte percée d'un très-petit trou d'épingle, et tenue à un centimètre environ de l'œil , en face d'une surface uniformément éclairée.
Réduites à ces proportions d'une légère exagération du phénomène physiologique, ces images entoptiques ne doivent nullement inquiéter; elles n'indiquent guère plus qu'un peu de plénitude choroïdienne, un peu de congestion de l'organe.
Mais lorsqu'elles deviennent persistantes, plus foncées, que le sujet les aperçoit constamment, et dans des conditions d'éclairage assez variables, que les chapelets, les rubans qu'elles dessinent augmentent en longueur, que leur teinte grise se prononce davantage, ce ne sont plus là des phénomènes seulement physiologiques; on y verra les signes d'une véritable congestion choroïdienne, et par suite, d'un léger ramollissement des couches postérieures du vitré. Ce qui n'est pas douteux, c'est que ce symptôme se rencontre presque constamment dans les hyperémies chroniques de la choroïde; il est constant dans les anomalies de la réfraction qui ont amené la turgescence de l'organe, dans la myopie progressive, par exemple, comme aussi dans l'asthénopie consécutive à l'hypermétropie ou à l'astigmatisme.
On considérera donc ce symptôme comme Fin-
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dice d'un état morbide, mais non pas terrifiant (en cela les malades s'en exagèrent l'importance), comme était l'interprétation sans fondement que lui avait attachée Maître -Jan (hallucination de la vue). Seulement le médecin devra y avoir égard pour la direction à donner à l'hygiène oculaire de ses malades.
Il existe enfin un troisième état dans lequel on ne trouve plus seulement de petits chapelets fins et déliés qui passent dans le champ de la vision, mais bien des corps plus étendus en surface et soumis, avec les mouvements de l'œil, à des déplacements bien autrement notables. Ces corps représentent des portions de membranes, des toiles d'araignée, de véritables corps opaques, traversant avec plus ou moins de régularité le champ de la vision.
Ici, il n'y a pas à s'endormir ; ces phénomènes répondent à la présence de véritables corps flottants dans l'humeur vitrée. Ils sont, ou l'exagération des degrés que nous venons de décrire, ou la manifestation du passage dans l'hyaloïde des détritus qui suivent un épanchement sanguin dans la rétine ou la choroïde. Le médecin y verra donc le signe d'un commencement de ramollissement du corps vitré, état des plus sérieux, et qui doit fixer sa préoccupation.
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§ 81. Mouches fixes (scotomés). — La mouche fixe (ou scotorae) a été déjà l'objet de notre attention sous le titre d' « interruption dans le champ visuel » (§ 71) ; seulement le scotome proprement dit est une interruption d'une petirte étendue.
Ses causes se rencontrent dans des épanchements sanguins, dans des exsudais choroïdiens ou rétiniens, dans des lacunes éprouvées par la sensibilité rétinienne, par suite de Tatrophie de ses propres éléments, ou de ceux sous-jacents de la choroïde. D'après cette étiologie générale, nous n'avons pas besoin dlnsister sur l'importance du symptôme au point de vue du pronostic.
§ 82. Images multiples. — Polyopie uni-oculaire. — La diplopie proprement dite peut être le fait d'un seul œil ou résulter d'une dissociation des deux yeux. Dans les deux circonstances, la signification du symptôme est très-différente et mérite d'être précisée. En fermant un œil, on s'assure promptement de la nature de la diplopie; si elle persiste après la fermeture de l'un des yeux, c'est qu'elle est un effet uni- oculaire. Dans ce cas, elle indique d'une manière absolue le désaccord entre la distance de l'objet et l'état de la réfraction chez le sujet. Si ce dernier est connu du médecin comme myope on hyperope, l'état anormal de la