‹ L'oeil [electronic resource]Chapitre 27 sur 60 · La réfraction dynamique ou accommodation · texte numérisé non relu

La réfraction dynamique ou accommodation

2. La synergie des deux yeux dans l'acte de leur convergence mutuelle ;

3. La lumière sous le rapport de sa quantité et de sa qualité.

On comprendra que nous ne fassions pas figurer ici la réfraction statique que nous supposons nécessairement normale, ses anomalies ayant fait l'objet de chapitres spéciaux. Nous ne nous occupons donc que des éléments dynamiques dont la bonne harmonie est l'objet même de l'hygiène.

Une des premières lois qui régissent le dyna-

nisme musculaire est la suivante : Si pour être conservé en état de puissance et de bon usage, un muscle doit être soumis à un exercice régulier, • on doit cependant éviter de le maintenir sous des tensions trop prolongées ; il est nécessaire de lui procurer des alternatives fréquemment renouvelées d'activité et de repos.

Dans la mécanique animale, la locomotion a généralement pour organes des leviers solides (osseux) auxquels sont appliquées la puissance et la résistance. La simple ténacité de ces leviers suffit à supporter l'effort, et leur intégrité n'est généralement pas compromise par l'exercice des forces naturelles. Les leviers en jeu dans l'appareil de la vue sont de tout autre nature : ce sont des poches membraneuses remplies de liquides et dont le contenu réagit sur les enveloppes ; ces enveloppes, elles-mêmes, sont des trames vasculaires ou sensibles, particulièrement délicates. Il y a donc dans ces conditions nécessité de ménager les leviers tout autant, sinon plus, que les puissances qui leur sont appliquées. Seconde raison de poser ce principe absolu d'hygiène oculaire : point d'occupation prolongée qui ne soit coupée par de fréquents intervalles de repos, par exemple par la suspension du travail pendant quelques minutes toutes les demi-heures.

164 l'oeil

§ 135. Conséquences du trop grand rapprochement des objets. — Ce que produit l'application prolongée, bien plus énergiquement encore l'amènera l'occupation binoculaire sur des objets trop rapprochés. On a vu (§ 56 et 57) les eflets de la convergence mutuelle des axes optiques dans le cas d'insuffisance des droits internes. Eh bien, la simple convergence physiologique ellemême ne doit pas être tenue pour exempte de faits de cet ordre. Toute convergence amèiie un excès plus ou moins marqué de compression du globe, et cet excès est d'autant plus sensible que le plan des axes optiques s'écartera davantage du plan de l'horizon. D'où deux principes importants : tenir l'objet de l'application aussi éloigné des yeux que possible (30 à 45 centimètres) ; 2° le placer le plus qu'il se pourra dans le voisinage du plan horizontal des yeux.

La lecture dans le décubitus dorsal est particulièrement dangereuse à ce point de vue ; elle ne l'est pas moins sous le rapport des congestions passives que cette attitude entraîne dans les régions supérieures.

Or, nul organe n'est plus apte que cette éponge appelée la choroïde, à en ressentir les effets. Aussi convient-il, dans toutes les occupations, d'observer une attitude droite et dégagée. Ce qui ne veut pas dire qu'il faille tenir les yeux élevés au-dessus du

plan horizontal; le maintien de l'attention dans cette direction n'est pas moins défavorable sous le rapport de la pression oculaire. Une station plus ou moins prolongée dans un musée suffira pleinement à convaincre de cette vérité.

§ 136. De l'influence de la lumière au point * de vue de la quantité. — Comment fixer la question de quantité entre l'œil et la lumière? La mesure est ici une question de race et d'acclimatement. Quand un œil de Londres descend à Nice ou à Naples, il s'entoure de voiles verts, de parasols doublés de même couleur; en marchant, il cherche les abris et tient ses regards fixés plutôt sur l'ombre portée par son propre corps ou son « umbrella » qu'il ne les laisse errer sur le sol flamboyant qui l'environne. Or, à côté de lui son guide, sans autre protection qu'un large chapeau de paille, promène indifféremment ses yeux sur les objets qui l'entourent. La quantité de lumière normale n'est donc pas la même pour les acclimatés de latitudes différentes ; et il est convenable, lors des émigrations et des voyages, de tenir compte de ces différences. Dans ces circonstances, il sera donc sage de préparer graduellement l'organe à une acclimatation nouvelle au moyen de voiles protecteurs ou des conserves colorées. Mais hors ce cas et lorsque la lumière et l'organe sont dans des rapports harnio-

166 l'oeil

niques de climatologie, l'un est le stiuiulant né de l'autre et ils ne réclament pas d'intermédiaires.

La quantité de lumière, au lieu d'être en excès, peut se trouver en déficit; cette condition est des plus redoutables pour l'intégrité de l'organe, particulièrement chez les personnes astreintes à travailler sur des objets menus et délicats. L'insuffisance de l'éclairage ne peut être compensée que par une grandeur suffisante des images, et celle-ci ne peut être procurée qu'en se rapprochant beaucoup de l'objet de l'attention. Cette circonstance est un des éléments les plus actifs de la production de la myopie (voir les §§ 56 et 57). Les anciens l'avaient bien reconnu , car ils admettaient la myopie par insuffisance d'éclairage.

Dans les classes ouvrières, il n'est pas toujours possible de se procurer un éclairage suffisant : partant, de tristes conséquences suivent dans cet ordre de faits, comme dans tous les autres, la question de paupérisme. Mais dans les classes plus élevées, dans les établissements d'instruction secondaire par exemple, il serait inexcusable de tenir les enfants appUqués à leurs devoirs' dans des salles d'études mal éclairées , comme les nôtres il y a un demi-siècle.

§ 437. De la qualité de la lumière. — Ces

mêmes principes seront suivis dans l'application

au travail ; mais ici la qualité de la lumière n'a pas moins d'importance que la quantité. Gomme il n'est pas très-naturel de se mettre au soleil pour lire, nous ne nous occuperons ici que du degré de la lumière artificielle à employer.

La lumière artificielle la plus habituellement en usage (gaz — lampes — bougies) est généralement riche en rayons jaunes. Or, nous avons déjà signalé (§ 129) la qualité particuhèrement irritante des rayons jaunes. Aussi est-ce dans les travaux du soir que se décèlent le plus souvent les fatigues de l'organe. "Il sera donc de bonne hygiène de s'abstenir d'occupations rapprochées le soir, ou tout au moins de n'en pas abuser. Une seconde fois, et avec une nouvelle insistance, nous dirons donc encore : jamais, jamais de lecture au lit.

Il est une seconde espèce de lumière qui par occasion a été mise en usage : nous voulons parler de la lumière électrique. Or, d'après les expériences de MM. Foucault et Regnauld , la lumière électrique presque exclusivement composée de rayons violets, exercerait une action défavorable sur les milieux de l'œil ^ .

1. Nous devons à l'obligeance de M. Léon Foucault quelques détails précieux sur l'influence exercée sur l'œil (et non, comme nous l'avons répété plus haut après la plupart des auteurs, sur ses milieux) par la lumière électrique. Dans de nombreuses observations, puis dans des expériences expressément répétées ad hoc, M. Foucault a

m L'OEIL

Quant à la lumière produite par la combustion du magnésium, elle paraît se rapprocher beaucoup de la lumière blanche ou solaire.

Ces deux genres d'éclairage sont d'ailleurs si peu généralisés dans leur emploi que les observations pathologiques manquent à leur endroit.

§ 138. Rappel de quelques remarques antérieures. — Nombre de vues ne sont point normales et que l'on croit cependant être telles ; nombre d'yeux amétropes et dont les possesseurs, loin de se croire dans un état d'infériorité, se vantent au contraire, d'être particulièrement favorisés à cet égard .

acquis la démonstration des mauvais effets produits sur l'organe de la vue, et plus particulièrement sur son épiderme (épilhélium externe). Ce ne sont point les symptômes de la rétinite, de la choroïdite, ni de l'hypéres- Ihésie de la membrane sensible qu'on observe, après une exposition plus ou moins prolongée de l'organe à la lumière électrique. C'est une phlegmasie de la muqueuse (conjonctivite), douloureuse comme toute conjonctivite, et compliquée d'un trouble de la cornée qui perd son poli comme dans les kératites superficielles. Cet état s'accompagne d'une rougeur érysipélateuse de la peau de la face et surtout des paupières et du front, et a une durée variable qui peut se borner à quelques heures, quand l'observation à la lumière électrique n'a pas été prolongée outre mesure. Sous ce rapport, l'effet de la lumière électrique serait très- comparable à l'insolation, au trouble de la vue (snow-blindness) produit par une longue exposition à l'cclfit de la neige. Le verre coloré à l'oxyde d'urane est d'un effet merveilleux pour se garantir de ces troubles fâcheux.

Que le médecin ne s'y trompe pas et qu'il juge des faits par lui-même.

Quand une personne âgée de plus de 50 ans, se prévaut de n'avoir jamais ressenti le besoin de lunettes pour lire le soir; — quand des enfants nous disent : Mon père et ma mère lisaient encore sans lunettes à soixante-dix ans, concluez que ces excellents yeux étaient (à certain degré) myopes.

Quand un homme de cinquante ans a besoin de verres relativement forts pour la lecture (audessus du n" 20), quand il éloi^^ne son livre ou son journal d'une quantité supérieure (en pouces) au numéro ou foyer de ses verres, affirmez sans crainte d'erreur qu'il est hypermétrope.

Défiez-vous aussi, dans le cas de ces prétendues vues normales, des mouches volantes, des blépharites chroniques qui ne seraient pas justifiées d'ailleurs par une constitution ultia-lymphatique, de ces orgeolets à répétition constante, de la rougeur du bord palpébral, du larmoiement après la lecture ou les applications un peu soutenues, etc. Ces symptômes sont autant de signes de la congestion des membranes internes, consécutive à l'asthénopie soit musculaire, soit accommodative.

Du reste, tous ces points ont été traités avec des détails suffisants aux articles qui les concernent, et pour éviter des redites, nous y renvoyons le lecteur.

Page 1