ANOMALIES DANS LA VISION BINOCULAIRE
laire. Il précède, et souvent de plusieurs jours, le strabisme apparent, dénotant la simple parésie des muscles dès le premier moment de son existence. La position relative des images doubles suffit en outre à elle seule pour conduire au diagnostic différentiel de toutes les paralysies de ces muscles.
Les images sont-elles croisées, le strabisme est divergent ; aux images homonymes correspond, au contraire, le strabisme convergent absolu ou relatif; dans le regard associé en haut, si les doubles images sont d'inégale hauteur, la plus élevée ^ippartient à l'œil en retard sur le mouvement en haut; comme lors du regard associé en bas, l'image double la plus basse appartient à l'œil dont le mouvement en bas est insuffisant.
La paralysie de la troisième paire s'accompagne ordinairement de celle de l'accommodation (§ 41), €t donne lieu à tous les symptômes décrits sous ce dernier chef. Dans ce cas, dans lequel intervient la polyopie unioculaire, les images sont parfois multiples, les deux genres de diplopie se trouvant associés.
On voit par là que le médecin doit porter la plus grande attention aux images doubles quand elles se présentent chez un malade ; il peut presque à coup sûr y reconnaître le début ou l'accomplissement subit d'une paralysie musculaire.
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§ 113. Traitement de la diplopie binoculaire. — Il serait en dehors de notre cadre de parler in extenso des diverses méthodes thérapeutiques qui peuvent être dirigées contre la paralysie musculaire et son symptôme le plus saillant, la diplopie. Nous dirons seulement que la chirurgie a fait pour cet ordre de maladies une véritable conquête dans l'art de déplacer les insertions des muscles des yeux en avant de leur point premier d'implantation, au moyen de simples modifications de la ténotomie. Ajoutons enfin qu'au point de vue palliatif, les verres prismatiques sont souvent du plus précieux secours contre les troubles et la gêne extrême qui suivent la présence des images doubles.
LUNETTES. — INSTRUMENTS MODIFICATEURS DE LA RÉFRACTION, DE LA QUANTITÉ ET DE LA QUA- LITÉ DE LA LUMIÈRE. ■— DE LA NATURE ET DE l'usage des LUNETTES.
Des lunettes. Leur objet. — Des instruments qui modifient la quantité de réfraction. "Verres collectifs ou positifs, verres dispersifs ou négatifs. Ces verres agissent secondairement sur la quantité de lumière. — Leur influence sur la grandeur de l'image rétinienne. — Des verres de lunettes d'après la forme de leur surface. — Rapport de la longueur focale au rayon de courbure. Numérotage. — Verres périscopiques. — Influence des verres positifs sur la position du champ de l'accommodation. — Rapports du verre convexe avec la vision monoculaire. — Influence des verres négatifs sur la position du champ de l'accommodation. — Des verres cylindriques. — Des verres prismatiques. — De la matière servant à la confection des verres. — Des montures. — De l'écartement des verres dans ses rapports avec celui des yeux. — Des instruments modificateurs de la quantité de lumière. Lunettes sténopéiques. — Des conserves, ou verres colorés. — Les verres colorés sont-ils favorables à l'œil sain ? — De la jumelle d'opéra et de ses effets. — De l'usage des loupes dans l'amblyopie.
1 114. Des lunettes. — Nous ne ferons pas à nos lecteurs l'injure de définir ou plutôt de décrire ces instruments. Mais il nous sera permis de rappeler qu'ils ont, suivant leur forme ou leurs qualités, l'un des trois objets suivants à remplir.
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Modifier l'inclinaison des rayons lumineux à leur incidence sur la cornée ; modifier la quantité de lumière ; modifier sa couleur.
§ H5. De l'action des verres de lunettes comme modificateurs de la quantité de réfraction, verres collectifs ou positifs, verres dispersifs ou négatifs. — l" La modification apportée par l'interposition d'une lentille au-devant des rayons qui viennent frapper la cornée, sur leur inclinaison mutuelle produit, dans le mécanisme de la formation de l'image rétinienne, exactement le môme effet qu'un changement en plus ou en moins dans la force réfringente de l'appareil dioptrique oculaire. A ce point de vue, les verres qui diminuent la divergence ou inclinaison mutuelle des rayons incidents ajoutent à la réfraction du système ; ils sont dits collectifs ou positifs. Inversement, les verres qui augmentent cette divergence, diminuent la quantité de réfraction du système, on les nomme dispersifs ou négatifs, à cause de cette dernière propriété.
§ 116. Leur action sur la quantité de lumière. — En même temps qu'ils agissent en plus ou en moins sur la quantité de réfraction de l'appareil, les verres positifs et négatifs exercent aussi une certaine action sur la quantité de lumière ou
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de rayons qui, tout étant égal d'ailleurs, devront pénétrer dans l'œil. On en comprendra aisément la raison : plus le cône de rayons pénétrants est convergent, plus il contiendra de rayons pour une même surface d'ouverture de la pupille.
Il suit de là que les verres positifs, en ajoutant à la réfraction de l'œil, ajoutent également à la quantité de lumière qui y pénètre, eL qu'inversement, les verres négatifs, en diminuant la réfraction, diminuent en même temps la somme des rayons destinés à dessiner par leur réunion l'image de chaque point visible.
§ dl7. Leur action sur la grandeur de l'image. — En même temps qu'ils produisent ces deux effets, les verres positifs reportent quelque peu en avant le centre de réfraction du système, tandis qu'au contraire, les verres négatifs le repoussent en arrière. Ce mouvement du centre optique agrandit l'image, dans le premier cas, la réduit, la rend plus petite dans le second.
§ 118. Des verres de lunettes d'après la forme géométrique de leur surface. — Gliaeun sait que les verres ordinaires de lunettes appartiennent à la forme sphérique ou plano-sphériqne.
Dans les verres collectifs l'épaisseur décroît du
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centre à la circonférence. Elle suit la marche inverse dans les verres négatifs. AinsiJ quand nous parlerons d'un verre collectif ou positif, nous aurons en vue un verre (fig. 7) :
Fig. 7
1° Biconvexe, c'est-à-dire terminé de part et d'autre par une surface sphérique convexe, généralement la môme fBJ ;
2" Piano-convexe, dans lequel l'une des faces est plane (AJ ;
3° Gonvexo-concave , dans lequel la face de l'émergence est concave, mais moins courbe que la surface qui correspond à l'incidence (C).
De même, les verres négatifs peuvent être biconcaves (fig. 8), piano-concaves, ou encore concavoconvexes : dans ces derniers, la face qui correspond à l'émergence a une surface plus courbe que celle de l'incidence, de sorte que le verre est toujours plus épais à sa circonférence qu'en son milieu.
§ 119. Rapport de la longueur focale avec le rayon de courbure. — Dans le verre pianoconvexe ou piano-concave (crownglass), la longueur focale est sensiblement égale au double du rayon
Fig. 8.
de la surface sphérique, dans laquelle est taillée la lentille. (Tous les Traités de physique.)
Si l'on accole ensemble, par leur surface plane, deux lentilles piano-convexes de niême rayon de courbure ou de même longueur focale, on double évidemment la puissance réfringente de la première. On a alors la lentille biconvexe, dont la longueur focale est, par suite, égale à celle du rayon même de courbure de la surface sphérique. - Par contre, si l'on accole deux lentilles de môme courbure, l'une piano-convexe, l'autre piano-concave, on annule tout effet réfringent, on n'a plus en effet qu'une lame de verre à surfaces parallèles. On comprend dès lors que lentilles biconvexes et lentilles biconcaves portent les mômes numéros,
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quand elles ont le même rayon de courbure, puisqu'alors elles s'annulent mutuellement, et qu'on les distingue par un simple changement de signe emprunté à la géométrie : les unes portent le signe +> les autres le signe — .
Le numéro d'ordre a été choisi de façon à représenter la longueur focale elle-même. Les boites d'essai des oculistes se composent ainsi d'une double série de verres positifs et négatifs, s'étendant de 1 à 96 ou 100; c'est-à-dire comprenant depuis le verre de un pouce de longueur focale, jusqu'au verre de 96 ou 100 pouces de Paris.
§ 119 bis. Numération métrique. — Cet usage vient d'être changé ; depuis longtemps le besoin avait été généralement reconnu de réformer une échelle à intervalles irréguliers, exigeant l'emploi de termes fractionnaires et de plus variable avec chaque nationalité. Le projet était à l'étude de suIjstituer à la mesure des lentilles ou verres de lunettes basée sur la décroissance des longueurs focales, une série régulière, croissante, à termes équidistants et reposant sur les quantités de réfraction.
Les éléments pratiques de cette substitution ayant pu être réunis en France, en 1875, la révolution du système a été opérée la même année par le congrès médical international de Bruxelles, en conformité des décisions préparées par le congrès
ophthalmologique de Londres en 1872, et la société ôphthalmologique de Heidelberg. Le système métrique a été d'une voix unanime substitué à la division duo-décimale; l'unité de la série est la quantité de réfraction (ou la force) développée par la lentille de wn mètre de longueur focale ; la série elle-même se compose de termes équidistants, régulièrement croissants avec la suite naturelle des nombres entiers , avec la licence accordée, pour les nécessités de la pratique, d'y intercaler les fractions décimales, 0,25, 0,50, 0,75, quand besoin est.
Les numéros de 1 à 20 indiquent donc aujourd'hui la force uniformément croissante des verres de lunettes; le 1" étant une lentille de un mètre, le dernier (20) de 5 centimètres de foyer. Cette réforme apporte enfin à cette branche scientifique le lien qui lui manquait avec le grand et universel système métrique.
§ 120. Verres périscopiques. — Les verres positifs ou négatifs terminés par deux faces courbes dirigées dans le même sens, les convexo-concaves et concavo-con vexes (voy. fig. 7 et 8), sont encore appelés périscopiques (Trept (txotoTv), depuis Wollaston qui les a inventés.
Ce savant leur trouvait l'avantage, eu égard à la courbure de la face en rapport avec l'œil, de permettre au regard de se porter plus aisément dans
OIRAUD-TEULON. Q
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toutes les directions. Gela est vrai du verre négatif dans lequel le centre optique (du verre) est par là rapproché de l'œil, mais, pour le verre positif, le contraire a lieu, et dès lors l'avantage, s'il était bien de valeur, devient un inconvénient. Disons cependant que le verre négatif étant beaucoup plus souvent que le verre collectif employé pour la vision d'ensemble, il y aurait, sous le rapport de l'aberration de sphéricité latérale, balance en sa faveur. Maintenant cet avantage n'est-il point plus que compensé par l'inconvénierit provenant de la double réflexion, par les surfaces concaves du verre, des images lumineuses réfléchies par la cornée ellemême? Nous éviterons de nous prononcer péremptoirement à cet égard; nous dirons seulement que nous n'avons jamais été frappé par une différence sensible d'action, entre ces verres et les verres biconvexes ou biconcaves.
Quoi qu'il en soit, l'effet cherché de ces verres n'est en déhnitive que l'addition ou la soustraction d'une certaine quantité de réfraction à celle de l'appareil, et il importe de pouvoir mesurer rapidement l'effet réfringent produit par un verre donné. Or, dans leur construction, les verres périscopiques obéissent à une loi de fabrication empirique mal définie. Ils présentent en outre cet énorme inconvénient, que leur centre optique étant en dehors d'eux, la longueur focale n'est pas la
même, suivant que Ton oppose aux rayons incidents l'une ou l'autre lace. Ajoutons qu'à longueur focale égale, ces verres sont, et doivent être plus lourds, ce qui exclut l'usage des verres de numéros élevés. Or, c'est précisément pour les fortes réfractions que les avantages attribués aux verres périscopiques seraient plus particulièrement précieux, s'ils étaient aussi démontrés qu'ils le sont peu.
Disons enfin, pour terminer, qu'à raison sans doute de l'obscurité qui plane sur les règles de leur fabrication, les verres périscopiques sont plus chers que les autres.
§ 121. Modification apportée par les lentilles positives dans la position du champ antéro-postérieur des objets distinctement
vus. — Les verres collectifs ou positifs ou convergents ont, avons-nous dit, la propriété d'accroître, plus ou moins, les images dessinées sur la rétine,, en faisant avancer le centre optique du système. A cette propriété avantageuse, ils joignent malheureusement un effet qui l'est moins, celui de rapprocher en bloc de l'individu tout le champ de son accommodation, compris dorénavant entre le nouveau punctum proximum et le foyer antérieur de la lentille. Or, s'il est toujours avantageux de se procurer des images plus grandes, il n'est pas aussi
précieux d'être conduit à rapprocher, plus que de raison, les objets.
Ce rapprochement des objets dans la presbytie ■est assurément l'effet recherché ; mais jusqu'à une certaine limite seulement. En deçà de 8 à 10 pouces, la fonction binoculaire étant supposée normale, le rapprochement devient dangereux; il conduit à l'excès de pression intra-oculaire. C'est dans ces considérations que le médecin devra chercher la limite au-dessous de laquelle des verres, quoique réclamés par l'insuffisance de la dimension des images ou de la réfraction, doivent être jugés comme trop forts. Ils ne peuvent d'ailleurs être trop forts qu'au point de vue binoculaire.
§ 122. Un verre convexe ne peut pas être trop fort au point de vue de la vision monoculaire. — Quant à la vision uni-oculaire, il en est tout autrement; le rapprochement n'a plus d'effet directement regrettable, comme il a été reconnu par expérience dans les professions où un seul œil est habituellement en exercice, et s'applique à la loupe ou au microscope. Dans ces cir- ■constances, l'œil se place de lui-même dans la situation du plus grand relâchement possible de i'accommodalion.
§ 123. Modifications inverses apportées à
ces mêmes limites par les lentilles négatives.
— Il en est tout différemment des verres concaves. Déplaçant en arrière le centre optique du système, ils diminuent les images, effet fâcheux, mais absolument inévitable. Par voie de conséquence du même fait, ils déplacent en bloc le champ de& objets visibles, du côté de l'horizon, le restreignant ainsi du côté de l'individu. Ce dernier effet n'est assurément pas à regretter, au point de vue de la convergence binoculaire, par là soulagée, et c'est là le principe qui (§ 60) nous a conduit à prescrire aux myopes l'usage des verres concaves pour le travail. Mais la diminution notable des images dans le cas de verres forts n'est pas, dans les circonstances extrêmes, sans entraîner de sérieux inconvénients. Elle devient un empêchement , une entrave, professionnels, au même titre que la diminution de l'acuité de la presbytie élevée.
§ 124. Verres cylindriques. — Au nombre des verres destinés à modifier la quantité de réfraction, nous devons mentionner les verres plan-cylindriques qui, employés seuls, ou en combinaison entre eux, ou encore avec les verres sphériques, ont pour objet de modifier par addition ou soustraction (convexes ou concaves), la réfraction d'un méridien, en respectant celle du méridien perpendiculaire. Tout ce que nous avons dit des verres-
positifs ou négatifs, d'une manière générale, s'applique aux verres cylindriques, mais en limitant l'application au méridien unique, auquel ils sont destinés. C'est sur la construction spéciale de ces verres que repose le traitement de l'astigmatisme <§ 66).
§ 425. Verres prismatiques. — Nous devons encore mentionner les verres prismatiques, dont
Fig. 9.
l'emploi est d'un grand intérêt dans la diplopic et dans l'asthénopie musculaire. Ces verres, simples
prismes, ne modifient en rien la réfraction; ils n'ont d'autre effet que de déplacer les rayons qui les traversent, en les inclinant à l'émergence, du côté de leur base. Par là, la projection rétinienne ou sensorielle a lieu du côté de l'angle réfringent du verre. De sorte qu'à une position donnée (A) d'un objet, correspond, suivant le sens du prisme, un concours des axes optiques plus éloigné, B (dans la figure), ou au contraire, si l'on renverse le sens de l'angle réfringent, plus rapproché que celte position. Les prismes sont donc un moyen de faire voir un objet, ou plus près ou plus loin de l'individu, qu'il n'est réellement. Cette propriété, comme celle de faire coïncider des images doubles, est souvent d'une très-utile application.
§ 126. De la matière dont peuvent être composés les verres de lunettes. — La substance dont sont formés les verres de lunettes n'est pas une circonstance indifférente. Le flint et le cristal de roche sont plus durs que le crownglass, et pour cette raison leur surface ne se raye pas aussi aisément. Cette propriété n'est certainement pas à dédaigner, en ce qui concerne les verres convexes, que leur forme rend si sujets à cette cause de détérioration. Mais en regard de cet avantage offert par le flint ou le cristal de roche, il convient •de tenir compte du plus grand pouvoir dispersif
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de ces deux substances. Sous ce rapport, il semble que la préférence doive être donnée au crown, quand il s'agit de verres convexes ou concaves puissants; ajoutons enfin, que le prix des verres de crown est si peu élevé, qu'il n'y a rien de plus aisé que de les remplacer^ quand ils se trouvent rayés.
Quant aux verres achromatiques, ils ne sauraient être employés sous forme de lunettes. Dans les courts foyers, l'achromatisme entraîne une épaisseur, et conséquemment un poids trop grands ; et dans les verres faibles, le résultat n'est pas en rapport avec les frais.
§ 127. Des montures. — Il y a dans la pose des lunettes certaines conditions à remplir, et qui sont très-généralement négligées. Ainsi le plan des verres, parallèle au plan de la face dans la vision à distance, doit être incliné et demeurer perpendiculaire aux axes optiques, lorsque ceux-ci se baissent pour la vision appliquée. Les lunettes pour le travail doivent donc offrir un plan dirigé de haut en bas et d'avant en arrière.
Dans certaines circonstances l'artiste, le travailleur, doivent changer à chaque instant de point de mire. Le peintre, par exemple, après avoir jeté les yeux sur son modèle ou sur la perspective, doit les ramener rapidement sur son ouvrage. On a sou-
vent employé, pour réaliser dans un même instrument ce double objet, des lunettes (verres à double foyer ou lunettes de Franklin, leur inventeur) composées de deux demi- verres (pour chaque œil), mis en rapport par leur diamètre horizontal.
La moitié supérieure est destinée aux rayons parallèles, ou pour les objets distants, l'autre répond aux nécessités de la vision rapprochée.
§ 128. De la distance des verres dans ses rapports avec Técartement des yeux. — Il
convient aussi, d'une manière générale, que les centres des verres soient mis en rapport avec l'écartement des pupilles, lors de leur convergence la plus habituelle. Cette précaution est très-universellement néghgée. Les opticiens n'ayant pas généralement de montures répondant à tous les écartements des yeux : négligence impardonnable de l'industrie, et qui montre à quel degré d'imperfection en est encore aujourd'hui cet art.
La nécessité de ce rapport exact entre la distance des verres et celle des pupilles n'est d'ailleurs ici qu'un point de départ, ce rapport devant être modifié suivant les circonstances.
Dans nombre de cas il faut, en effet, s'écarter de cette loi et décentrer les verres, d'après certaines indications du ressort exclusif de l'ophthalmologiste. Suivant que le sujet a plus de facilité à ac-
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commoder qu'à converger, comme chez le myope en général, ou inversement comme chez l'hypermétrope, il y aura nécessité de donner aux verres un effet prismatique, dans un sens ou dans l'autre, par un écartement des verres, supérieur ou inférieur à celui des prunelles.
Ajoutons que parfois, comme dans les insuffisances réelles, cette décentration n'est pas toujours suffisante, et qu'il faut y joindre l'usage des prismes.
§ 129. Des instruments qui modifient la quantité de lumière. (Lunettes sténopéiques.) — Ces instruments sont de petits écrans opaques, percés de trous ou fentes, soit horizontales, soit verticales, et d'une largeur de 4 à 2 millimètres. Ils ont pour effet de ne laisser entrer dans l'œil que des quantités très-réduites de lumière (comme ferait la carte au trou d'épingle), ou de limiter les pinceaux lumineux à un seul des méridiens de l'œil.
Leur ohjet est de préserver la membrane sensible de l'éblouissement causé par la diffusion de la lumière à son passage sur le bord, ou au travers des taies cornéales, diffusion dont l'action est une des plus défavorables que puisse rencontrer la formation des images rétiniennes. On les utilise également après l'iridectomie, la création d'une pu-
pille artificielle, dans la mydriase, ou encore lorsqu'il existe plusieurs pupilles (polycorie) ou des synéchies.
On les applique encore avec avantage lors de l'exclusion d'un œil, et d'une manière générale dans la vision noonoculaire, en permettant un trèsgrand rapprochement des petits objets, propre à procurer de grandes images.
Pour la vision à distance, il est bon de remplacer le trou d'épingle par la fente horizontale, qui permet le mouvement des yeux et remplace très-avantageusement le clignement.
§ 130. Conserves. — On désigne sous ce nom des lunettes qui n'exercent sur la quantité de réfraction qu'une action nulle ou minime. Ce sont, soit des verres convexes très-faibles (de 96 à 72 pouces de foyer; 0,25 ou 0,50 de dioptrie métrique), qui sont, chez l'emmétrope même, d'un agréable usage le soir, ou quand la lumière est en déficit, soit des verres neutres d'une teinte destinée à modifier la qualité et la quantité de la lumière pénétrante.
Ces verres offrent à divers degrés les nuances vertes ou bleues ; on y ajoute quelquefois une partie de noir destiné à éteindre davantage la quantité de lumière : ils portent alors le nom de verres teinte fumée.
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Le vert a été très-longtemps en faveur ; on ne s'explique pas très-bien pourquoi. La teinte verte appartient à la partie moyenne du spectre; elle est donc riche en rayons jaunes, les plus irritants pour la membrane sensible et partant les moins favorables. Ce sont ces rayons qui dominent dans la lumière artificielle, et l'on sait combien elle est irritante.
La teinte bleue est aujourd'hui reconnue comme de beaucoup préférable. Cette nuance exclut l'orangé ; en outre, par son rang dans la série, riche en rayons chimiques ou photogéniques, elle élimine les rayons calorilîques. Eu égard à son pouvoir réfringent, elle agit en outre à un certain degré comme verre collectif.
Le gris fumée n'agit que sur la quantité, mais non sur la qualité de la lumière, qu'il éteint en masse, sans préférence pour l'une ou l'autre région du spectre. Il est très-bon quand on se propose d'employer la conserve colorée simplement comme écran et pour faire une sorte d'obscurité. Mais lorsqu'on a en vue de soulager directement la rétine, ou par voie réflexe la choroïde, sans nuire à la netteté de la vision, le bleu, plus riche en éléments photogéniques, doit être préféré.
§ 131. Les conserves ou verres colorés sontils favorables à l'œil sain? — On nous de-
mande souvent si les conserves bleues ou vertes sont des moyens de conservation applicables à l'œil sain. La réponse n'est pas douteuse. Un œil sain doit demeurer en rapport régulier avec son stimulant naturel, la lumière, élément le plus nécessaire à sa conservation. 11 n'y a donc lieu à faire usage des conserves teintées que dans des circonstances exceptionnelles où l'on pourrait avoir à subir pendant trop longtemps un éclat excessif, comme en pourrait présenter un voyage au désert ou dans les steppes neigés du Nord; des amblyopies, des irritations de la rétine ont été observées dans ces circonstances (insolation, — snow-blindness) . En dehors de ces cas rares, le verre coloré doit être considéré comme un remède, et réservé aux yeux dont les membranes sont en souffrance. C'est au médecin qu'il appartient de les prescrire. •
§ 132. De l'usage de la jumelle d'opéra. —
Il existe un instrument très-répandu et dont l'usage journalier, eu égard à l'indifFérence qui préside à sa construction, n'est pas sans amener souvent bien des inconvénients pour l'intégrité de la vue ; nous voulons parler de la jumelle d'opéra. Dans la jumelle d'opéra, deux images semblables sont offertes en parallélisme au-devant de chaque œil sur les axes de l'instrument. Lors du parallélisme des axes optiques, c'est-à-dire lorsque le regard
naturel se fixe sur un objet distant, la vision binoculaire simple a lieu sans effort, l'accommodation de chaque œil étant au maximum de relâchement. Si les tuyaux des jumelles ont un écarte ment parfaitement égal à celui des pupilles, lors du regard à l'horizon, les conditions de la vision régulière seront-réalisées, lorsque la jumelle est au point. Mais si cet écartement est différent, il y a production d'images doubles : homonymes, si l'écartement des tuyaux est supérieur à celui des yeux, croisées dans le cas contraire. Or, à partir du parallélisme des axes optiques, les yeux ont généralement beaucoup plus de peine à fusionner des images homonymes légèrement écartées, que des images croisées séparées par le même intervalle. Il est donc extrêmement important de ne se servir que de jumelles dont l'écartement soit au plus égal à celui des yeux, et, bien plutôt, un peu moindre que cette distance. Des jumelles plus écartées doivent être absolument proscrites. Sous ce rapport, nous devons recommander l'emploi de jumelles mobiles sur un axe intermédiaire, et qui peuvent être rapprochées l'une de l'autre, proportionnellement à l'écartement des yeux. L'emmétrope n'a alors d'autre règle à suivre, la lunette étant au point pour le parallélisme , qu'à faire coïncider entre eux les deux cercles lumineux, images des objectifs, en leur donnant pour centre
LUNETTES -iBS.
commun le point de mire ou d'attention. Gomme en général on se passe souvent l'instrument d'une personne à une autre, cette disposition doit être préconisée. Toute jumelle dont Técartement est supérieur à celui des pupilles est un instrument dangereux.
Voilà pour l'emmétrope : mais les conditions ne sont plus les mêmes dans les anomalies de la réfraction. Chez le myope, les axes optiques ont une tendance naturelle à diverger : les objets éloignés donnent donc lieu chez lui à des images légèrement croisées. Il serait bon dès lors, pour lui éviter toute fatigue, que les jumelles pussent lui offrir les images à un écartement moindre que celui des deux axes de l'instrument, ou des objectifs. Pour cela les oculaires devraient pouvoir être portés à un écartement un peu plus grand que -celui des objectifs, c'est-à-dire être plus ou moins mobiles de dedans en dehors.
Chez l'hypermétrope s'observe la prédisposition contraire : les oculaires devraient donc pouvoir être déplacés, de dehors en dedans, sur la ligne qui joint leurs centres.
Nous avons depuis longtemps (1860) réclamé en vain de l'industrie cette modification dans la construction des instruments à deux corps : la faculté de graduer à volonté l'écartement des centres des oculaires. Nous croyons que leur usage y gagne
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rait beaucoup au point de vue de la fatigue. Nombre de gens ne peuvent se servir de jumelle à raison des anomalies dans les rapports de leur convergence avec leur accommodation.
§ 133. De l'usage des loupes dans l'amblyopie. — Nous avons vu que lorsque l'acuité de la vision était réduite jusqu'aux proportions de l'amblyopie, il était souvent indiqué d'exclure, ou momentanément ou à jamais, l'un des yeux de la fonction , la convergence binoculaire devenant incompatible avec la distance à laquelle l'objet doit être placé pour fournir des images suffisamment grandes. Dans ces cas, on conseille à l'amblyope l'usage d'une loupe destinée à procurer l'accroissement désiré dans la dimension des images. Une des meilleures combinaisons à employer à cet effet, comme dans toute circonstance où il est utile de réveiller par l'exercice une rétine paresseuse, c'est la loupe de Fraûnhofer, reprise en ces derniers temps, par de Graefe. Cet instrument se compose de l'association de deux lentilles convexes, l'une de 4 pouces, l'autre de 6 pouces de longueur focale, lesquelles séparées par un intertervalle de 1 pouce, équivalent à peu près à une lentille de 2". Cette combinaison offre moins d'aberration de courbure qu'une lentille simple de même foyer, et a l'avantage de pouvoir être tenue
à une distance plus grande de l'objet et de l'œil. Les loupes bi-cylindriques , système Chamblant, sont très-avantageuses pour la lecture, en ce qu'elles permettent, eu égard à leur moindre aberration de sphéricité, d'embrasser à la fois, avec une suffisante netteté, plusieurs lignes d'un in-octavo.
CONCLUSION. — HYGIÈNE DE LA VUE NORMALE DANS LES APPLICATIONS A COURTE DISTANCE.
Hygiène de l'œil sain lors de la vision rapprochée. — Conséquences du grand rapprochement des objets. — De l'influence de la lumière au point de vue de .sa quantité. — De l'influence de la lumière au point de vue de sa qualité. — Rappel de quelques remarques antérieures.
§ 134. Hygiène de l'œil sain lors de la vision rapprochée. — Trois éléments actifs principaux entrent en jeu pour la réalisation de la fonction visuelle :