INTRODUCTION
La nosologie et la thérapeutique oculaires, qui forment le sujet de cet ouvrage, constituent avec l'anatomie , la physiologie et I hyjjiène de l'œil, la science appelée oph' thalmologie. Cette branche importante de la médecine a depuis les temps les plus reculés été distraite de la science mère, et exercée par des hommes qui s'intitulaient exclusivement oculistes. Il y avait des oculistes non-seulement chez les anciens Egyptiens, chez lesquels chaque classe de maladies était traitée par une classe particulière de médecins ; mais les oculistes existaient aussi chez les aaciens Grecs et Romains, et ils se sont perpétués jusqu'à nos jours, au grand détriment de la science, dont ils ont retardé les progrès , plutôt qu'ils n'ont servi à la faire avancer.
Ce n'est que dans la première moitié du 18° siècle que l'oplithalmologie commença à attirer toute l'attention qu'elle mérite, et c'est aux médecins français et a l'Acadé-
mie de chirurgie qu'est principalement dû l'essor que prit alors cette partie de la médecine. Depuis la fin du dernier siècle cette branche a été de nouveau négligée en France, mais cultivée avec beaucoup de prédilection par les médecins alleniands , qui l'ont portée au point de perfection qu'elle a atteint de nos jours.
Les auteurs d'ouvrages ophthalmologiqnes ont diversement divisé les maladies des yeux. Les uns ont adopté dans leur exposition la marche anatomiqiie; d'antres ont pris pour base de leurs divisions tel ou tel système nosologique; d'autres enfin ont cru échapper aux défauts des classifications en suivant l'ordre alphabétique. Chacune de ces divisions a ses avantages et ses inconvéniens. Sans attacher h cette question plus d'importance qu'elle n'en mérite, j'ai cependant cru devoir, dans l'exposition des maladies des yeux, suivre l'ordre qui me paraissait le plus naturel; eiv conséquence j'ai divisé ces maladies en quatre grandes classes, suivant que TalTection réside dans les parties accessoires de l'organe de la vision, savoir : les voies lacrymales, l'orbite, les paupières, ou dans le globe de l'œil luimême. La première classe, qui comprend les maladies des organes lacrymaux, présente quatre subdivisions, suivant que la maladie a son siège dans la glande lacrymale, la caroncule lacrymale, les points et conduits lacrymaux, le sac lacrymal et le canal nasal.
Dans toutes les classes et dans les subdivisions de la première, j'ai toujours commencé par l'inflammation des parties; puis j'ai parlé des lésions organiques, qui le plus souvent sont la suite de l'inflammation ; viennent ensuite les lésions dynamiques, ou du moins les maladies qui ne présentent aucune lésion organique appréciable pendant la vie; après celles-ci j'ai exposé les vices de confornjation , et enfin les lésions mécaniques. Dans la classe des
maladies du ^lohf. de l'œil, j'ai fait une section particulière de chacune de ces espèces de lésions; je ne l'ai pas fait pour les trois premières classes, parce que le nombre plus restreint de maladies rend inutile cette subdivision.
Pour éviter des répétitions fastidieuses, j'ai dû rassembler et renvover à la fin de l'ouvrage toutes les considérations que j'avais h présenter sur la manière d'appliquer aux yeux les moyens médicamenteux et sur les doses de ces remèdes.
Avant de pouvoir reconnaitre et traiter les maladies des yeux, il faut savoir examiner ces organes. Dans l'examen de l'œil, on doit surtout faire attention à l'état des parties environnantes, principalement des paupières, des cils, des voies lacrymales; à la couleur des différentes parties qui entrent dans la composition du globe de 1 œil ; à la disposition des vaisseaux sanguins qu'on aperçoit dans cet organe; au degré de transparence des humeurs de lœil et des tissus transparents; à la contractilité et à la position de l'iris ; à la dimension et h la forme du globe oculaire ; à sa mobilité; h sa consistance; à l'état dans lequel se trouve la faculté visuelle; à la plus Ori moins grande sensibilité h la lumière; aux sensations du malade. Pour examiner le globe de l'œil, on se borne le pins souvent k écarter les paupières avec deux doigts, et à regarder l'œil d'abord en face, puis en profil ; cette dernière précaution est surtout nécessaire pour bien distinguer les maladies de la conjonctive, de la cornée et de la chambre antérieure. Mais quand il s'agit d'examiner toute l'étendue de la conjonctive, on est obligé de s'y prendre autrement; on abaisse la paupière inférieure avec le doigt, et l'on fait tourner le globe de l'œil en haut, ce qui permet d'examiner la partie inférieure de l'organe ; ensuite on soulève la paupière supérieure en saisissant un pli de la peau près du bord pal-
pébral. et en éloig;nant la paupière du globe de l'œil, qii"on fait tourner en bas, ce qui fait paraître la partie supérieure de l'œil. Quelquefois, cependant, pour mieux voir la partie supérieure ^e la conjonctive, on est obligé de renverser la paupière, ce qui se pratique, soit avec les doigts seuls, soit ati moyen d'une sonde ou de tout autre corps mince et allongé, qu'on applique au-dessus du bord supérieur du cartilage tarse, tandis qu'avec les doigts on saisit le bord de la paupière, qu'on renverse alors avec le cartilage tarse. Cette opération est quelquefois douloureuse . et lorsque les paupières sont courtes, elle n'est pas toujours praticable.
Une précaution h prendre en examinant l'œil , c'est de placer le malade dans une situation convenable par rapport à la lumière, afin que l'œil ne réfléchisse pas l'image de l'observateur ; à cet effet il est surtout essentiel que la lumière ne frappe l œil que dans une seule direction. La lumière du jour suffît le plus souvent, quelquefois cependant on est obligé d'examiner l'œil à une lumière plus intense; nous employons alors les rayons du soleil ou le reflet d'une glace; mais ces moyens irritent j'œil et ne sont par conséquent pas sans inconvénients. On peut s'en passer dans la plupart des cas où l'on est appelé h examiuer le fond de l'œil, en se servant d'une loupe ou de lunettes, et en ayynt soin de dilater préalablement la pupille au moyen des préparations de belladone ou de jusquiame, et surtout des dernières, qui dans ces cas méritent la préférence, parce que leur action est moins violente et moins prolongée (voyez, pour la manière d'employer ces moyens, les articles Belladone et Jusquiame, dans les considérations sur les médicaments ophthalmiqucs , à la fin de l'ouvrage).
Il est des cas où, loin d'avoir recours h une lumière artificielle, nous sommes même obligés de modérer la
clarté du jour; il y a des yeux (ceux affectés d'ophthalmie scrofuleuse, par exemple) qui sont tellentent sensibles à la lumière, que nous ne pouvons les examiner qu'à un demi-jour; d'autres, où le spasme des paupières est si fort que, lorsqu'il est essentiel d'examiner l'œil , nous ne pouvons le faire qu'après avoir combattu ce spasme par les moyens que j'indiquerai en parlant du spasme des paupières et de l'opbthalmie scrofuleuse; d'autres, enfin, dont l'examen est empêcbé par un gonllement inflammatoire ou œdémateux des paupières , qui doit d'abord être combattu (1).
Avant de terminer ces généralités sur les maladies des yeux, j'indiquerai les principaux traités d'ophthalmologie, et surtout ceux publiés dans ces derniers temps. Je renvoie, pour la liste complète des ouvrages d'ophthalmologie, à la Bibliothèque ophtbalmique de Beer (Bibliotheca ophthalmica, in qua scripta ad morbos oculornrn fac. a rerum initiis usque ad finem anni 1797, breviler recens, etc. Fiejmœ, 1799, 3 vol.), aux bibliographies médicales et journaux de médecine des dernières années.
G, Bartisch , Ophthalmoduleia oder Augendienat. Dresden, 1583. — 2/e Aufll. Mrtiberg , 1686.
J. GciLiEMEAu , Traité des maladies de l'œil, qui sont au nombre de cent treize, etc. Paris, 1585.
De la HiRE, Traité des accidents de la vue. Paris , 1694.
(l) I.e professeur Himlt , de GœtUngue , a consacré à l'exploration des yeux un chapitre très-détaillé de son Introduction à Pophiba\mo\og\e (^Einleitung zur Augenheilkundej 3te Aujl.^ Gœll.j 1830). Ce chapitre, qui est ce qu'on a de plus complet sur ce sujet, a été traduit en français par M. Bauth, et InsCré dans le» Archives gOnérales de mûdecine de 1832, t. 31), p. 378.
A. MAriaE- JAM , Traité des maladies de l'œil , et des remèdes propres pour leur giiérison. Paris, 1707.
De Saint-Yves , Nouveau traité des maladies deî yeux. Paris, 1722. — Amsterdam, 1736.
H. BoERiiAAVE, Prœlectiones de morhis oculorum. Gœtting, 1746.
GtÉaiN , Traité sur les maladies des yeux. Lyon. 1769.
L. F. Deshais Gendron , Traité des maladies des yeux Paris, 1770 ,"2 vol.
J. Janin. Mémoires et observations anatomiques, physiologiques et physiques sur Tceil et sur les maladies qui afTectent cet organe. Lyon , 1772.
J. .T. Plenk, Doctrina de morhis oculorum. Viennœ, 1777.
G. CttA»DLER, A trealise on Ihe diseuses oftheeyp and their remédies. London, 1780.
Peiuer de Quengst, Recueil de mémoires et d'observations, tant sur les maladies qui attaquent l'œil, etc^ Montpellier, 1783.
Desmonceabx , Traité des maladies des yeux et des oreilles. Paris, 1786,2 vol. — 2". étiit. , Paris, 1806.
Gleize, Observations sur les maladies de l'œil. Paris ,^ 1786. — 2" édit. Orléans, 1812.
Pellier de Qbengsy, Précis ou cours d'opérations sur la chirurgie des yeux, accompagné de 33 planches, etc. Paris^l789, 2 vol.
K. G. T. Kortum , Medicinisch-chirurgisches Handhuch der Augenhranitheilen. Lemgo, 1791-1793 r 2 vol.
G. J. Bker, Lehrbuch der Auge7ikranklieile7i. Jfien, 1792, 2 vol.
G. J. BEER,2/e7ire von den Augenhranhheiten. JFien, 1813-
1817 , 2 vol. avec fig.
A. ScARPA, Saggio di osservazioni et. di esperienze sulle
princpalii malatlie degli occhi. Pavia, 1801.
La 5* édition de cet ouvrage parut sons le titre de Trallato délie principali malattie degli occhi. Pavia, I8I6, 2 vol. avec fig. Il existe trois traductions fran- (;aises de ce traité : la première, par Leveillé, a eu deux éditions, en 1802 et 181 1 ; les deux autres ont parn en 1821 ; l'une est due à MM. Bellanger et Bousquet,
. l'autre à MM. Bégin et Fournier-Pescay. L'ouvrage de ScARPA a égaferaent été traduit en allemand et en anglais.
DeAVenzel, Manuel de l'oculiste, ou Dictionnaire ophthalmologique. Paris, 1808, 2 vol. avec fig.
J. C. Saunders, Treatise on some practical points relating to the diseuses of the eye. London, 18II. — 2' édit. Lond. , i816, avec fig.
A. P. Democrs, Traité des maladies des yeux. Paris, 18l8, 3 vol. de texte et un vol. de planches.
J. Wardrop, Essays on the morbid anatomy oftlie human ère. Edink, 1818-1819 , 2 vol. avec fig. G. Baratta, Osservazioni praiiche sulle principali malattie degli occhi. Milano , 1818 , 2 vol. avec fig.
G. QoADRi, jinnolazioni praiiche sulle malattie degli occhi. lYapol. , 1819 — 1827 , 3 vol. avec fig.
C. H. Weller. Die Krankheilen des mensch lichen Auges. ^eWm, 1819, avec fig. — 3te Aufl. 1826.
Cet ouvrage a été traduit en français par MM. RiES- TER et Jallat , sous le titre de : Traité théorique et pratique des maladies des yeux. Paris, 1828, 2 vol. avec fig.
J. Vetcr, a pratical treatise on the disiases of the eye. London, 1820.
B. Travers, A synopsis of the diseases of the eye and their treatment, to which are prefixed a short anatomi' cal description and a sketsch of the physiulogy of that organ. London, 1820. — 3« édit. 1827, avec fig.
F. Delahce, Cours complet des maladies des yeux. Paris , 1820. — 2° édit. Paris, 1823.
A. P. Demouhs, Précis théorique et pratique sur les maladies des veux. Paris, 1821.
G. L. Hklling , Pratisches Handhneh der AugenTirankheiten, nach alphabetischer Ordmivtj. Berlin^ 1821 — 1822, 2 vol. avec Gg.
T. W. G. Benedict, Haudbuch der praktischcn Aayen-
heilkunde. Leipzig, 1822 — 1825, 5 vol. G. J. GxJTHRiE, Lectures on the operative surgery of the • eye. London, 1823,
J. T. Fabini, Doctrina de morbis oculorum. Peslhini ^
1823. — 2« édit. Pcsth, 1831.
K. J. Beck , Haudbuch der Aagenheilkunde. Ileidelbcrg , > 1823. — 2le Aufl. , Heidelberg , 1 832. C. F. Gondret, Observations sur les maladies des yeux.
Paris, 1823.
M. J. A. ScHOEN, Ilandbuch der pathologischen Aualomie des menschlichen Auges ; mit Vorrede von Doct.' Meckel. Hamburg , 1828.
J. G. JiÏNGKE», Die Lèhre von den Augenoperationen.
Berlin, 1829 , avec fig.
A. BosAS, Haudbuch der theoretischen nnd praktischcn
Augenheilkunde. Wieii , 1829 ■ — 1830, 3 v. avec fijj. W. Mackenzie, a practical treatise on the diseuses of the
eye. London, 1830.
Cet ouvrage a été traduit en allemand en 1832. W. Lawrence, Traité pratique sur les maladies des yeux,
ou leçons données h l'infirmerie oplithalmique de Lond. ;
trad. de l'angl. , par C. Billard. Paris, 1830.
Les leçons de M. Lawrence sont contenues dans The
Lancct, vol. 9 et 10. année 1825 à 1826.
J. C. JiiNGKEN , Die Lehre von den Jvgenkranicheiten. Berlin , 1 832.
J. N. Fischer, Klinischer TJnterricht in der Augenheil-
Tiunde. Prag , 1832, avec fi^f.
W. Lawrence, A treatise on the diseases of the eye.
London , 1833.
J. H. CuRTis , A treatise on the physioloçjy and diseuses of
the eye. London. 1833.
Les collections ou ouvrages périodiques suivants, consacrés h l'ophtlialmologie , méritent d'être cités. C. Himi.ï undJ. A. ScHMiDT , Ophthalmologiscke Bibliothek. Jena,
1803 — 1807, 3 vol.