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CHAPITRE PREMIER

MALA.DIES DES ORGANES LACRYMAUX (î). SECTION ire,

GLAXDE LACRYMALE.

1° Inflammation de la glande lacrymale (dacryadenitis ).

Cette maladie, qui affecte principalement les jeunes sujets d'une constitution scrofnieuse, par suite d'un refroidissement de la tête, d'un courant d'air qui a frappé les tempes, se manifeste par les symptômes suivanta: pression et douleurs lancinantes dans la région de la glande lacrymale, augmentées par les mouvements du- globe de l'œil vers en haut et en dehors, ainsi que par les mouvements de la paupière supérieure ; diminution on suppression de la sécrétion lacrymale , d'oii résulte la sécheresse de l'œil (le scheroma, xeroma, xerohpthalmos des anciens); photophobie (2) , injection de la conjonctive vers l'angle externe de l'œil, légère tuméfaction de la paupière supérieure, céphalalgie, fièvre. Peu h peu les douleurs deviennent plus intenses, les mouvements de l'œil plus difiiciles ; la vision se trouble et se perd ; le globe de l œil est poussé

(1) J. A. ScnMiDT, Ueber die Krankheiten des Thriinenorganes. fVierif 18o3.

(a) Ce terme , presque généralement employé par les médecins étrangers, ayant été adopté par quelques médecins français (GciLtlé, ctc.)î je m'en servirai également pour éviter la répétition fréquente de cette longue phrase : difficulté à supporter L'impression de la lumière.

eu avant et vers l'angle interne; la paupière supérieure devient rouge, tuméliée, tendue. Au bout de quelques jours les douleurs deviennent pulsatives, le malade a de fréquens frissons, ce qui annonce la suppuration : bientôt on sent une fluctuation obscure, puis on voit paraître un point jaune, soit à la face extérieure de la paupière supérieure, soit à la conjonctive qui en revêt la face interne; ce point jaune s'ouvre et donne issue à du pus souvent mêlé de larmes, après quoi le globe de l'œil rentre dans l'orbite. Si la maladie a été bénigne et le malade d'une bonne constitution, les restes d'inflammation se dissipent, et tout revient à l'état normal, h l'exception de la vue, qui reste presque constamment un peu alTaiblie. Mais la marcbe de la maladie n'est pas toujours aussi bénigne ; l'inflammation peut s'étendre au périoste et même aux méninges ; elle peut aussi entraîner après elle une suppuration de mauvaise nature, occasionner des trajets fistuleux d'autant plus difliciles a guérir, que le malade est d'une constitution plus détériorée, et que ces trajets fistuleux aboutissent a une portion dos cariée, ou communiquent avec un des conduits excréteurs de la glande lacrymale : dans ce dernier cas il arrive qu'après la résolution complète de l'inflammation et la cicatrisation presque complète de l'ouverture de l'abcès , il ne reste à la paupière supérieure qu'un point presque imperceptible qui communique avec la glande lacrymale, et par lequel sort de temps en temps une goutte d liumeur lacrymale ; c'est ce qu'on a nommé fistule lacrymale, ou mieux, fistule de la glande lacrymale.

L'inflammation de la glande lacrymale ne se termine pas toujours par suppuration : on est quelquefois assez heureux pour amener la résolution ; chez les scrofuleux, par contre, elle a de la tendance h se terminer par induration et

par le squirrhe de la glande lacrymale, qui sont faciles à reconnaître h la persistance de tous les symptômes qui dépendent de la pression du globe de l'œil et de l'absence de la sécrétion lacrymale, et à la présence d'une tiunear immobile, dure, inégale et indolore à l'angle externe de l'orbite.

L'intlammation peut aussi donner lieu à l'atrésîe des canaux excréteurs de la glande et au dacryops.

11 résulte de tout ce que nous venons de dire, que l'inflammation de la glande lacrymale est une maladie trèsgrave , et qui doit être combattue par les moyens les plus énergiques. Les saignées générales et locales sont indiquées au commencement de la maladie, ainsi que les applications froides ; ces dernières cependant ne doivent pas être continuées longtemps, et ne doivent même pas être employées du tout cbez les scrofuleux, chez lesquels elles favoriseraient la tendance à l'induration : on les remplace par l'application de compresses sèches cbauiTées et par des frictions avec de l'onguent mercuriel au front et à 1» dose d'un a deux scrupules par jour. Â l'intérieur on donne soit du calomel, soit des sels neutres, et le malade est mis à la diète.

Lorsqu'on voit qu'il n'est plus possible d'obtenir la résolution de l'inflamniation, on favorise la suppuration en remplaçant l'application de compresses sèches par celle de cataplasmes émollieuts ou narcotico-émollients , qu'on a soin de renouveler souvent; lorsque ce fréquent renouvellement ne peut pas avoir lieu , comme par exemple la nuit, il vaut mieux couvrir la tumeur d'un emplâtre de diachjlon ou mercuriel, que de laisser les cataplasmes se refroidir et se dessécher sur la tumeur. L'ouverture de l'abcès est abandonnée à la nature : on amène ensuite sa cicatrisation en continuant l'usage des cataplasmes, si la

suppuration est bonne ; si elle est mauvaise, on tàclie. par des remèdes généraux, d'améliorer la constitution du malade, et on panse la plaie avec des substances stimulantes., l'onguent digestif, l'onguent de styrax, le baume d'Arcœus ;. mais d'abord on s'assure au moyen d'un stylet si la suppuration n'est pas entretenue par la carie de l'orbite : si cela était, on se conduirait comme il sera dit à l'article Inflammation du tissu cellulaire cl du périoste de Vorhite.

S'il restait une fistule de la glande lacrymale, il faudrait la cautériser soit avec la pierre infernale, soit avec le beurre d antimoine, soit, enfin, avec une aiguille chauffée à blanc, et qu'on introduit dans le conduit fistuleux. On répète celte cautérisation lorsqu'après la chute de la petite eschare , la fistule n'est pas encore fermée.

L'induration de la glande lacrymale, qui termine quelquefois rinflammatiou, ne peut être dissipée que très-lentement, au moyen de frictions mcrcurielles et d'un emplâtre mercuriel , que le malade portera pendant des mois entiers.

2° Squirrhe et carcinome de la glande lacrymale.

Nous avons dit dans le précédent article que l'iiillammation delà glande lacrymale se terminait quelquefois, et surtout chez les scrofuleux, par le squirrhe de cet organe. On sent alors à la partie supérieure et externe de l'orbite une tumeur immobile, dure . bosselée et indolore, qui gêne plus ou moins les mouvements du globe de l'reil , qu'elle peut même comprimer et pousser hors de l'orbite: la sécrétion lacrymale est en même temps siqjprimée.

Ce squirrhe. après avoir acquis une certaine étendue, reste ordinairement stntionnaire , et a peu de tendnnce à passer à l'état carcinomaleux : aussi fait-on bien de l aban-

donner à lui-ménïe, et de n'employer que !es moyens généraux, réclamés par la constitution le plus souvent détériorée dii malade. Si cependant le squirrhe était assez volumineux pour comprimer l'œil et causer des accidents, ou s'il menaçait de s"ulcérer et par conséquent de se changer en cancer, il faudrait recourir a son extirpation.

On croyait autrefois qu'en extirpant la glande lacrymale, il fallait enlever aussi le globe de l'œil; mais des observations plus récentes ayant prouvé que ce dernier pouvait continuer h remplir ses fonctions sans l'assistance de la glande lacrymale, on se borne de nos jours à extirper cette glande seule, lorsqu'elle est seule malade.

L'opération se fait avec une érigne, une pince, un bistouri et des ciseaux courbes sur le plat. On incise la peau qui recouvre la tumeur; on fait écarter les lèvres de la plaie par un aide; puis, après avoir saisi la tumeur avec l'érigne, ou la pince, on la dissèque avec les doigts, le bistouri ou les ciseaux , eu ayant soin de ne pas blesser l'œil. Pour les tumeurs peu étendues, on peut aussi, comme le conseille M. Velpeau (1) , inciser la commissure externe de manière à pouvoir renverser les paupières et pénétrer jusqu'à la tumeur, en incisant la conjonctive. Après l'opération on introduit dans la plaie une mèche de charpie enduite de cérat; par-dessus on met un plumasseau et une compresse, et on fixe le tout par un bandeau ou le bandage appelé monocle. Dès que la suppuration commence à sv faire, on panse tous les jours soit avec du cérat, lorsque la cicatrisation avance, soit avec de l'onguent digestif, lorsque les granulations tardent h se développer.

(1) A. A !.. M. Velpeau, Nouveaux Cléments de mCducinc opératoire. Paris, 1832, t. 1", pag. 683.

3", Atrêsie des canaux excréteurs de la glande lacrymale.

L'inflammation de la glande lacrymale, les blessures et les brûlures de cet organe et de la conjonctive, peuvent occasionner l'atrésie d'un ou de plusieurs des canaux excréteurs de la glande. Il en résulte pour le malade la sensation de sécheresse de l'œil, ou de poussière sur cet organe; relevant la paupière supérieure , on aperçoit quelquefois une petite cicatrice.

Cette incommodité n'est ordinairement que passagère, l'occlusion affectant rarement tous les canaux excréteurs, et ceux qui restent libres se dilatant alors peu à peu pour remplacer ceux qui sont fermés.

On modère la sensation de sécheresse de l'œil en humectant souvent cet organe avec des collyres mucilagineux : la décoction de racine de guimauve , le mucilage de gomme arabique, la décoction de saicp, etc.

4°. Dacryops (dacryops palpebrae superioris).

Maladie rare, qui consiste dans une tumeur sise dang la région de la glande lacrymale, et contenant du fluide lacrymal.

On attribue cette tumeur soit à la dilatation d'un des canaux excréteurs de la glande lacrymale, dont l'ouverture extérieure serait fermée , soit h l'ouverture d'un de ces canaux dans une cellule de tissu cellulaire, et à l'épanchement lacrymal qui en résulterait. Quoi qu'il en soit, cette maladie est caractérisée par une tumeur ronde ou ovale, de la grosseur d'une noisette à celle d'un œuf de pigeon, indolore, fluctuante et mobile sous la peau, qui n est pas altérée. Quand on renverse la paupière supérieure.

on voit la tumeur faire saillie en dedans, recouverte par la conjonctive. L'œil est habituellement un peu plus sec que dans l'état normal; et lorsque le malade pleure, la tumeur grossit et ne diminue ensuite que très-lentement au bout de quelques heures. Un dacryops un peu considérable gêne les mouvements de l'œil et de la paupière supérieure.

Cette maladie n'est nullement dangereuse, mais trèsdilHcile à guérir ; on n'y parvient que par une opération, qui encore ne réussit pas toujours. Cette opération consiste dans l'extirpation de la tumeur, qu'on pratique comme celle des tumeurs cystiques des paupières (v. cet article) ; mais de préférence par en dedans , c'est-à-dire qu'on fait renverser la paupière supérieure par un aide, et qu'on incise la conjonctive pour extraire la tumeur par la , et ne donner lieu par conséquent ni ù une cicatrice extérieure, ni à une flstule de la glande lacrymale.

De quelque manière qu'on ait opéré, il arrive fréquemment que, la plaie s'étant fermée, la tumeur se forme de nouveau , et que celle-ci se reproduise quoique la plaie ne se soit fermée qu'incomplètement, et qu il soit resté une ouverture capillaire, mais trop étroite pour laisser écouler continuellement I humenr lacrvmale; dans ce dernier cas, qu'on a nommé Dacryops fistule ux , en pressant sur la tumeur, ou fait sortir de l'ouverture listuletise un jet d humeur lacrymale. Dans les deux cas on est obligé de recourir de nouveau h 1 opération pour guérir le malade, h moins qu'on ne préfère s'en tenir à une cure palliative, qui consiste à vider la tumeur aussi souvent qu'elle est remplie, moyennant une ponction faite avecutie lancette à travers la conjonclive . on bien à passer a travers la tumeur un lîl de soie, qu'on y laisse à demeure en guise de séton et dont ou fait sortir les deux bonis d entie les paupières à leur commissure externe. Cette dernière me-

tbodea l'avantage de procurer un écoulement continuel à riiumeur lacrymale; mais elle occasionne et entretient l'inflammation de la conjonctive.

5°. Hydatide de la glande lacrymale (glandula lacrymalis bydatoïdea).

Maladie terrible et beureusement très-rare, mais par cette raison aussi peu connue. Les auteurs l attribnent à l'épanchement de l'humeur lacrymale dans une cellule du tissu cellulaire, qui joint ensemble les grains de la glande lacrymale; cette cellule augmente peu à peu de volume, perd ses adhérences avec les parties environnantes , et forme comme un corps étranger au milieu de la glande lacrymale. Au commencement l'hydatide ne s'accompagne que de douleurs sourdes dans la région lacrymale, d'bcmicranie et de sécheresse de l'œil ; mais à mesure que la maladie se développe, elle comprime le globe de l'oeil, le pousse hors de l'orbite, détruit la vue, occasionne de l'insomnie et de la fièvre. Elle se termine alors tantôt promptement par une apoplexie , tantôt plus lentement, en occasionnant l'inflammation et la suppuration du glabe de l'œil, et par suite une fièvre lente.

Nous ignorons complètement les causes qui peuvent donner lieu à cette maladie, qui marche rapidement et acquiert dans l'espace de quelques semaines sa plus grande intensité.

On parvient quelquefois à arrêter Ja marche de celte maladie , mais rarement h la guérir.. On fait à cet effet l'extirpation de la vésicule ou sa ponction. Celle-ci se pratique au moyen d'une lancette sous la paupière supérieure, près de la commissure externe. Après avoir laissé écouler humeur contenue, on introduit dans l'ouverture une.

petite mèche de charpie, enduite de cérat ou imprégnée d'eau de Goulard, ou bien une corde à boyaux ; on renouvelle cette mèche ou cette corde aussi souvent que cela est nécessaire, jusqu'à ce que l'ouverture de l'bydatide soit devenue calleuse, et par conséquent toute nouvelle accumulation de larmes dans son intérieur rendue impossible. II arrive quelquefois que l'bydatide se détache complètement, et peut être extraite, avec des pinces : dans ce dernier cas seul la guérison est radicale. L'extirpation se pratique comme pour le dacryops. De nouvelles recherches sont d'ailleurs nécessaires pour bien établir la difTérence de ce dernier et de l'bydatide.

G'.Epiphora [larmoiement, dacryorrhœa, dacryorrhysis, dacryostagon, dacryoma).

Cette incommodité , qui consiste dans l'écoulement des larmes sur les joues, et qui dépend soit de la sécrétion trop abondante de l'humeur lacrymale , soit du ralentissement ou de l'interception de son cours pas les voies lacrymales, peut accompagner un grand nombre de maladies, telles que différentes ophthalmies. la variole, la rougeole, la scarlatine, l'obstruction des points lacrymaux, du sac lacrymal , du canal nasal.

L'épiphora disparait communément avec la maladie, dont il n'est qu'un symptôme, quelquefois cependant il persiste après la cessation de la maladie qui lui a donné naissance. Il dépend alors d'une irritation ou d'une atonie de la glande lacrymale.

Dans le premier cas , qui s'accompagne toujours d'irritation de la conjonctive, on combat l'épiphora par l'usage des collyres opiacé», rendus plus tard légèrement astrin-

gents par l'acétate de plomb , la pierre divine, l'alun, le sulfate de zinc.

Lorsque l'épiphora dépend de Vatonie de la glande lacryviale ( dacryadenatonia ) , qui s'observe quelquefois a la suite de contusions de la glande et d'ophthalmics violentes , et s'accompagne parfois de relâchement de la paupière supérieure , il augmente toujours quand le malade fatigue ses yeux , ou les expose h une vive lumière. Les douches froides sur la paupière supérieure, répétées plusieurs fois par jour, les frictions spiritueuses avec les huiles essentielles ou l'ammoniaque , l'application sur la paupière supérieure d'une compresse camphrée , l'usage d'un collyre légèrement astringent , du sulfate de zinc, par exemple, sont les moyens qu'on oppose avec le plus de succès a l'atonie de la glande lacrymale, et par conséquent a l'épiphora qu'elle occasionne.

Observation. Chez les scorbutiques il y a quelquefois un larmoiement sanguinolent, auquel on a donné le nom de dacryohœmorrhysis ou dacryœmorrhysis. Le même terme a été appliquée! l'écoulement du sang par les yeùx, de quelque cause qu'il provienne. On a appelé dacryopyorrhœa, l'écoulement de pus mêlé aux larmes ; dacryoblennorhœa , l'écoulement de mucosités mêlées aux larmes; dacryallœosis, la dyscrasie ou mauvaise composition des larmes, qui sont acres, irritantes dans certaines ophthalmies, el semblent être altérées dans les cas où il se dépose des concrétions calculeuses dans les voies lacrymales; enfin, on a nommé dacryadenalgia , la douleur dans la glande lacrymale. Toutes ces dénominations, n'indiquant que des symptômes , sont au moins superflues.

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