ASSOCIATION DES DEUX YEUX DANS LA VISION SIMPLE
§ 20. Infériorité, à cet égard, de la vision uni-oculaire. — Dans la vision au moyen d'un seul œil, il n'en est pas ainsi : la rétine d'un seul œil n'accuse exactement que des directions. L'expérience de l'anneau de Malebranche, celle de l'illusion procurée par le moule creux d'une médaille qui, vu monoculairement, prend spontanément l'apparence de la médaille elle-même et fait saillie, mille antres illusions, nous démontrent le rôle d'action composante exercé par chaque œil, et l'infériorité de cette composante sur la résultante ou action commune.
§ 21. Doctrine des points identiques. — On
a longtemps expliqué la fusion sensorielle des deux tableaux en un seul , par celte hypothèse que chaque élément rétinien d'un œil avait, avec l'élément géométriquement homologue dans l'autre œil, un même et unique fil conducteur nerveux, dédoublé, qui les reliait au sensorium. Dès lors le même objet se dessinant sur les deux rétines, en des points homologues, devait donner lieu à une sensation unique. C'est là ce qu'on a appelé la doctrine des points identiques, sur laquelle fut établie ensuite la célèbre théorie de l'horoptre ou horoptère.
§ 21 bis. De l'horoptre. — La première diffi-
^8 l'oeil culté rencontrée par la théorie des points identiques ou homologues fut offerte par la géométrie. Gomment deux systèmes sphériques centrés pouvaient-ils présenter des images ayant môme latitude et même longitude pour des points extérieurs situés par rapport à leurs axes de façon asymétrique ? Nécessairement, en ces cas- là, la correspondance ou l'identité devaient faire défaut, et ces points, dès lors, être vus doubles. Pour parer à cette difficulté on imagina que les corps vus simples devaient satisfaire à certames conditions géométriques, et l'on chercha l'ensemble ou le lieu des points répondant, dans les deux hémisphères rétiniens, à des parallaxes égales ; avant d'avoir déterminé la surface courbe satisfaisant à cette condition géodésique, on la nomma horoptre ou lieu géométrique des points vus simples.
Quand le travail géométrique fut terminé on reconnut que cette surface affectait la forme d'un tore.
D'oti l'on devait tirer la conséquence nécessaire qu'un corps à trois dimensions, placé dans l'espace, devait, pour être vu simple, affecter la ligure d'un tore.
Eh bien! ce que pareille conclusion présente de contradictoire avec l'observation de tous les instants n'a choqué personne. On ne remarqua pas qu'une table à quatre pieds, une chaise, placés