À MES AMIS
MM. Les Docreurs M. RACINE, GENÉVRIER, CHAUMEIL
A MME ET M. GiBertr FLEURY
Considérations générales et plan.
Le prodigieux développement de la circulation automobile au cours de ces dernières années et parallèlement le nombre croissant des accidents donnent un intérêt considérable à la question de l'aptitude physique à la conduite des automobiles. À ;
Les pouvoirs publics se sont émus et de nombreux règlements ont été mis en application. Des modifications incessantes ont été apportées tant aux codes de la route qu'aux automobiles elles-mêmes.
Les acciderts ont fait l'objet d’études, de discussions, d’expertises devant les tribunaux.
Les sociétés savantes, elles aussi, ont étudié la question des aptitudes physiques nécessaires à la conduite des automobiles.
De nombreuses communications ont été faites à ce sujet au Congrès de la Route, à la Société d’ophtalmologie de Paris, à la Société française d’ophtalmologie, à la Société de médecine légale et même à l’Ac: démie de médecine. Enfin, l'aptitude visuelle à la conduite des automobiles a été l’objet d’un rapport au Congrès international d’ophtalmologie d'Amsterdam en 1929, et de discussions à celui de Madrid, en 1935.
Parmi tous les sens dont l’automobiliste doit faire usage pour conduire son véhicule, le sens visuel est de loin Île plus important : il est même indispensable.
Il existe une multitude de règlements, variables selon les pays, pour des risques qui sont cependant identiques; mais
AT DPI
il ne semble pas exister de travail d'ensemble sur ce sujet: aussi, sur les conseils de mon maître le D" Coutela, ai-je rédigé le présent travail.
Nous allons étudier dans cette thèse les différentes conditions visuelles que nécessite la conduite d’une automobile.
Il nous paraît auparavant nécessaire de préciser en quelques lignes ce qu'est la conduite d’une voiture automobile.
Assis au volant de sa voiture, le conducteur se doit d’en assurer la direction tout en en réglant la vitesse.
Au milieu de circonstances extrêmement variables et toujours inattendues, l’automobiliste va parcourir une distance donnée.
Il va diriger sa voiture et en modifier constamment l'allure. Cette allure n’est d’ailleurs pas réglementée et sera variabie, proportionnnée à la force de la voiture, aux qualités et aux désirs du conducteur.
La sécurité est alors intimement liée à la direction et à la possibilité d'arrêt rapide et sûr que nécessite la grande fréquence des obtacles : cette sécurité dépend aussi de l'habitude de conduire et d'une certaine faculté acquise par une expérience plus ou moins longue, que nous appelons «le sens de la route » et sur laquelle nous aurons à revenir plus tard.
L'automobiliste se lance donc à une vitesse plus ou moins grande, vitesse qui n'est pas dangereuse par son chiffre plus ou moins élevé, mais par la voiture qui la réalise. Nous voulons dire par là que le quatre-vingts à l'heure réalisé par une voiture légère ne possédant pas d'excédant de puissance et une grande sûreté de freinage est une allure infiniment plus risquée que le cent-vingts d'une grosse voiture à l'excellente tenue de route et au freinage stable et puissant.
Maintenant, pour quelque voiture que ce soit, les conditions de roulage sur le même parcours donné présentent les mêmes inconvénients quand il s’agit de considérer les obtacles rencontrés.
La route elle-même va être variable et dans sa largeur et dans la qualité de son sol. De plus, le temps va jouer le rôle d’un facteur puissant : la pluie rend certaines chaussées glissantes et extrêmement dangereuses, outre qu’elle constitue une gêne à la visibilité malgré les essuie-glace automatiques. Le brouillard est le pire ennemi de l’automobiliste etle verglas est aussi redoutable.
Sur la route surgissent les obstacles ; les uns sont fixes et prévus, annoncés, tels que les virages, les passages à niveau, les ponts, les cassis, les dos d’âne ; les autres sont infiniment plus dangereux, parce que mobiles et imprévus. Ce sont d’abord les autres voitures... Tel qui est sûr de soi sur la route n’est jamais sûr des autres. On double, on croise les autres voitures dans des conditions extrêmement variables, les unes banales, les autres critiques, soit par une mauvaise observation du code de la route, soit par l’inattendu d’une situation qui demande une solution extrêmement rapide.
Tous les usagers de la route constituent un obstacle. Le cycliste est très gênant, surtout dans certains pays où il pullule tels que la Hollande, et le piéton lui-même à la tombée de la nuit par exemple est un danger. L'enfant, de par ses réactions imprévues et inattendues, est souvent cause d'accidents.
Quant aux animaux, ils constituent un obstacle infiniment dangereux, car jamais on ne peut prévoir ce qu'ils vont faire. Il est un fait curieux à noter à ce propos, c'est que certaines espèces se font plus facilement écraser que d’autres : les poules et les chiens par exemple sont plus souvent victimes que les oies et les chats.
Laissant la route pour la ville, le conducteur va voir là