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MÉLANCOLIE

Tandis que la mimique du maniaque est désordonnée, variable, fugitive, le mélancolique est au contraire caractérisé par la fixité des expressions, en particulier de celle du regard. Dans la mélancolie avec stupeur, l'immobilité est à peu près complète, le regard figé dans une direction unique, en général dirigé vers le sol. Leur immobilité, leur concentration résultent du profond sentiment de tristesse qui les accable, « La sensibilité, dit Esquirol, concentrée sur un objet, semble avoir abandonné tous les organes ; le corps est insensible à toute impression, tandis que l'esprit ne s'exerce plus sur un objet unique qui absorbe toute l'attention et suspend l'exercice de toutes les fonctions intellectuelles. L'immobilité du corps, la fixité des traits de la face, le silence obstiné trahissent la con-

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tention douloureuse de l'intelligence et des affections. Ce n'est pas une douleur qui s'agite, qui crie, qui pleure, c'est une douleur qui se tait, qui n'a plus de larmes, qui est impassible ».

La tête baissée, l'œil morne, éteint, caché par la paupière supérieure qui le recouvre, caractérisent cette mimique essentiellement centripète comme dans tous les états de concentration psychique. Enfin la mimique est particulièrement lente,

La douleur qui domine ces malades se traduit très souvent sur leur physionomie par la mise en jeu des muscles sourciliers. Darwin fait remarquer que les rides persistantes dües à la contraction habituelle des muscles de la douleur sont caractéristiques de la mimique appartenant à cette classe de malades. « Le D' Browne, dit-il, a bien voulu observer avec soin durant une période considérable, trois cas de mélancolie dans lesquels les muscles de la douleur demeuraient continuellement contractés. Dans l’un de ces cas, il s'agissait d’une veuve, âgée de 51 ans, qui se figurait avoir perdu tous ses viscères et croyait que son corps était entièrement vide ; elle avait une expression de profonde détresse et frappait l'une contre l'autre ses mains à demi fermées, par un mouvement rythmique qui durait des heures entières ; les muscles de la douleur étaient contractés d'une manière permanente et les paupières supérieures étaient arquées. Cet état dura plusieurs mois, après quoi la malade se rétablit et reprit son expression naturelle ».

Outre la contraction presque permanente des sourciliers, on observe chez ces malades une contraction

ee durable parfois pendant des heures, des muscles du front avec les rides horizontales qui l’accompagnent. L'action de ces muscles prédomine sur celle des muscles inférieurs du visage : c’est ce qui apparait très nettement dans les jeux de physionomie. Lorsque le malade est excité, lorsqu'il s’agite sous l'influence d'excitations extérieures ou autres, on observe une contraction plus ou moins énergique des muscles du front pendant que le reste de la musculature du visage reste immobile.

Sur la photographie V, on remarque bien cette prédominance de l'expression au niveau des yeux. De plus, il y a une dissociation manifeste entre les deux côtés. Le frontal, muscle de l'attention est contracté à droite, le sourcilier, muscle de la douleur est contracté à gauche.

La mélancolie anxieuse se distinguera toujours de la manie, avec laquelle elle présente quelque analogie. Mais si ces deux catégories de malades présentent de l'agitation, celle du lypémaniaque anxieux est plus uniforme. On retrouvera presque toujours cette persistance des rides frontales et de l’action du sourcilier. Au contraire, la mobilité et la variabilité des expressions du maniaque suflit à les caractériser.

DÉMENGE

Les affections mentales, quand elles n'aboutissent pas à la guérison, se terminent très souvent par la démence. Or celle-ci détermine des transformations

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plus où moins appréciables de la physionomie. Quand les malades sont arrivés à un état avancé de démence, ils sont à peu près privés de toute expression.

Mais ils n'atteignent ce stade que de façon progressive. Le premier indice de la démence est constitué par l’affaiblissement du muscle orbitaire inférieur. Nous avons vu quelle était l'importance de ce musele dans l'expression du rire franc, son rôle dans les délires mégalomaniaques.

Dans la démence, par suite de son affaiblissement, le limbe de la paupière ne s'applique plus aussi exactement sur le globe de l'œil et le sillon orbito-palpébral est effacé. De plus, si la peau est peu élastique, on peut remarquer des plis verticaux qui se dessinent légèrement en forme d'éventail et qui descendent de l'angle interne de l’œil en passant par la face latérale du nez et sur la joue.

L’affaiblissement du muscle orbitaire inférieur donne toujours au regard une expression de fatigue. C'est pour cela qu’on le constate non seulement dans la démence, mais à la suite d'excès physiques ou intellectuels ou après des émotions vives, laissant après elles un sentiment de lassitude.

En même temps que l’orbitaire inférieur, l'orbitaire supérieur peut être atteint à un degré plus ou moins avancé. Dans ce cas, le globe de l'œil est découvert, mais il est rare d'observer cette expression, car presque toujours survient l'affablissement du muscle élévateur de la paupière supérieure. La parésie de ce muscle se reconnait à ce que la paupière supérieure retombe sur le globe oculaire et en

JE — recouvre la moitié supérieure. La combinaison des parésies des deux muscles élévateurs de la paupière supérieureetorbitaireinférieur produitleregard éteint.

Le frontal est en général respecté. Il essaie de suppléer à la parésie de l’élévateur de la paupière supérieure et produit des rides transversales du front ainsique l'élévation du sourcil,comme dans l'ophtalmoplégie externe. On ne peut donc confondre cette chute de la paupière supérieure avec celle qui serait dûe à la contracture de l’orbiculaire, observée chez les hystériques. En effet, cette contracture détermine l'abaissement du sourcil etsa projection en dedans. La peau du front entraînée en bas est complètement dépourvue de rides. Le rétrécissement de la fente palpébrale donne dans ce cas une impression moqueuse et dédaigneuse. Il est analogue à celui des myopes qui font un effort visuel. Ceux-ci en effet contractent fortement leurs orbiculaires de façon à former devant leur globe oculaire un diaphragme qui arrête les rayons lumineux périphériques. Il eu résulte alors une expression presque impertinente.

À une période avancée de la démence, les muscles inférieurs de la face sont affaiblis, alors que les frontaux sont indemnes. 11 y a une dissociation manifeste entre le système facial supérieur et le système facial inférieur, c'est-à-dire entre l'œil et la bouche. On peut voir chez ces malades une contraction énergique des muscles frontaux et des soureiliers, avec formation de rides qui l'accompagnent, alors que la figure s'allonge à la suite de l’affaiblissement des muscles de la bouche.

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Plus tard apparait l’ophtalmoplégie interne. Les pupilles deviennentinégales et ne réagissent plus sous l'influence des émotions. Le visage prend la forme d'un masque et produit une impression de rudesse et de bestialité.

Une des photographies que M. le Prof. Pierret a bien voulu nous confier, représente très nettement l'affaiblissement du muscle orbitaire inférieur et du releveur de la paupière supérieure. La paupière supérieure retombe sur le globe oculaire qu’elle semble mouler. Les frontaux au contraire sont contractés, comme on peut l’apprécier par la présence des rides frontales et l'élévation des sourcils. Malheureusement la phototypie n’a pas pu nous en donner une reproduction satisfaisante.

Ces rides, chez le dément, sont dépourvues de toute valeur expressive; la déchéance psychique est complète. Le dément ne sent plus; il ne faut donc pas chercher sur son visage la base d'émotions agréables ou pénibles.

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