PARALYSIE GÉNÉRALE
La mimique des paralytiques généraux est caractérisée par des dissociations multiples de l'expression, comme l'a bien montré Jourdin (thèse Lyon 1894). L'étude de ces dissociations peut nous donner un élément certain de diagnostic. Elles sont surtout apparentes, quand on cache alternativement avecune feuille de papier, comme l’a conseillé M. le P' Pierret l'une et l'autre moitié du visage. On se rend très bien compte que l'expression des deux moitiés du visage n'est pas la même. Mais il ne s’agit pas là de dissociation unilatérale, de latéralisme. Les désordres musculaires sont disséminés. L’affection touche ici un muscle laissant les voisins intacts et de là va en léser un second dans un autre point de la physionomie. C'est que le désaccord musculaire d’où provient la dissociation d'expression est la conséquence de lésions disséminées consistant dans la dégénérescence et ladestruction des éléments nerveux, fibres et cellules. Par conséquent, on observera chez ces malades ce que Laurent appelait le type de l’aliéné, la désharmonie
IST ROBE du centre d'action oculaire et du centre d'action buccal. La dissociation d'expression qui existe entre les deux côtés de la face, se retrouve donc entre les deux moitiés supérieure et inférieure du visage.
Sur une photographie de la thèse Jourdin, les rides transversales du front très marquées et l'élévation considérable des sourcils indiquent l’étonnement stupide. Maisla contraction surajoutée du sourcilier à droite exprime une douleur intense dont on ne retrouve pas la trace de l’autre côté. Chez une autre malade, l'expression générale est celle du sourire ; mais la contraction du pyramidal du côté gauche donne à cette moitié de la physionomie un air d’agression en discordance complète avec le côté droit.
Selon que le trouble moteur atteint tel ou tel muscle qu'il paralyse ou qu’il excite on peut voir des physionomies complexes et variées présentant un mélange bizarre d'expressions qui sont très souvent opposées les unes aux autres. Dans certains cas l'ataxie mimique est poussée si loin, que ce mélange de sentiments divers ne représente plus rien de réel ni de vraisemblable : le visage présente ce que l’on a qualifié à juste titre de « cacophonie expressive ».
On pourrait dire que la dissociation expressive atteint même la musculature interne de l'œil, puisque ces malades ont de l'inégalité pupillaire.
Mais bien que cette mimique présente beaucoup d'imperfections, elle reflète toujours plus où moins l'état mental du sujet. Or le délire expansif domine l'histoire de la paralysie générale, Le regard à donc le plus souvent une expression de joie et de satisfac-
tion. Le muscle orbitaire inférieur détermine au niveau du bord inférieur de l'orbite un sillon tres accusé et donne au visage une expression bienveillante. Ce sillon orbitaire inférieur et le tremblement des paupières sont des indices caractéristiques de la paralysie générale.
Le paralytique général n’est pas toujours mégalomane ; quelquefois il devient triste et mélancolique et fait du délire hypocondriaque. Dans ce cas, l'œil est mat, sans éclat. Les sourciliers contractés donnent au visage une expression douloureuse.
Enfin. à la période terminale de la maladie, quand la déchéance intellectuelle est complète, la physionomie prend un caractère d’apathie, d'indifférence que nous étudierons dans la démence.
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Dans la manie, il y a une excitation désordonnée des facultés avec défaut d'enchainement dans lesidées et suractivité de l'association automatique des représentations mentales.
La mimique de ces malades n'est pas adéquate aux émotions qui la mettent en jeu : elle est excessive. Ces mouvements rapides, violents, déréglés des muscles du visage lui donnent un aspect disgräcieux et produisent de véritables grimaces. D'autre part, elle est fugitive, comme dans tous les cas d’instabilité mentale.
Cette agitation générale de la musculature des muscles du visage se manifeste par une foule de plis
et de rides apparaissant chez des gens encore jeunes. Ces rides donnent à la physionomie des expressions qui ne concordent pas avec l’état émotionnel du malade. Ils sont particulièrement marqués autour de l'œil, comme on peut le voir sur les planches du traité d'Esquirol, où les frontaux, les sourciliers et les pyramidaux sont presque toujours fortement contractés.
On remarque souvent chez ces malades des plis radiés au niveau de l'angle externe de l'œil, qui accompagnent la contraction du grand zygomatique, le muscle du rire, En même temps, la contraction de l'orbiculaire inférieur vient compléter l'expression de plaisir dûe à ces différents muscles. Elle apparait très nettement dans la photographie (n° IID d'un mégalomaniaque. L'expression de son regard montre d'une façon très apparente ses idées délirantes de grandeur et de richesse. Le caractère de franchise et de vérité de cette mimique est du au sillon orbitaire inférieur déterminé par la contraction de l'orbiculaire inférieur. On peut cacher la partie inférieure du visage, l'expression ne subit ni modification, ni atténuation.
Quelquefois le pli horizontal situé au niveau de la racine du nez dù à la contraction du pyramidal donne l'expression de la colère, de la méchanceté et de l’excitation. Les traits sont crispés, dit Esquirol, souvent concentrés vers la racine du nez.
Enfin ce sont très souvent des rides frontales transversales très accusées avec élévation du soureil
qui donnent à la physionomie de ces malades l'expression de l’étonnement ou de l'admiration.
Mais ce qui est caractéristique chez le maniaque, c'est la succession rapide de ces diverses expressions. Le malade rit et pleure tour à tour. Il se montre successivement persécuté, négateur ou mégalomane. La variabilité et la multiplicité de ses conceptions empêche le malade de bâtir un délire systématisé.
Une de nos photographies (n° IV) représente une malade en proie à des idées érotiques. Chez cette malade on remarque l'expression grimaçante de Ja partie supérieure du visage dûe à la contraction désordonnée de presque tous les muscles périoculaires.